Professeurs de musique

Le chanoine Stanislas RONCIN

Ce fut le Chanoine Stanislas RONCIN qui me mit le premier les doigts sur un clavier. Il était alors aumônier du Carmel d’Alençon. Ma mère, qui avait su découvrir mon goût pour la musique, me faisait lui servir la messe. Pour me remercier, il me proposa de m’apprendre l’harmonium. Ce que je fis avec plaisir malgré mes petites jambes. Je garde de lui un souvenir ému et reconnaissant. C’était un saint homme et un très fin musicien. On trouvera quelques-uns de ses cantiques et un recueil de chansons « La gaieté française » sous l’onglet « Partitions gratuites ».

Ceux qui se souviennent de lui sont sans doute peu nombreux. Je remercie vivement le Père Henri Leturcq et Jean Marie Godard de m’avoir transmis quelques éléments d’information. Né à La Chapelle Montligeon en 1873 et décédé à La Chapelle près Sées en 1962, Stanislas Roncin consacra toute sa vie aux autres et en particulier au « peuple » et aux « petits », comme le titre l’un de ses recueils de cantiques. N’oublions pas que l’une de ses chansons « Sois fier ouvrier » devint l’hymne national de la JOC. Pour l’entendre, copiez/collez ce lien dans votre navigateur ou sélectionnez le et faites Ctrl+clic : http://www.youtube.com/watch?v=O4weOW8uSQo Les paroles sont dans le recueil de chansons cité plus haut.

Ordonné prêtre en 1897, il fut d’abord vicaire à St Martin d’Argentan, puis curé à St Germain de Clairefeuille où il rédigea et imprima un bulletin paroissial ‘Le petit semeur ».
En 1910, il fut nommé Chapelain de l’œuvre Expiatoire de Montligeon où il retrouva Mgr Buguet qui avait été le curé de son enfance. Il fit du secrétariat, anima la chorale paroissiale, fonda une société de gymnastique et chercha toujours à distraire et éduquer les jeunes. Une dizaine d’années plus tard, il fut nommé curé de Soligny la Trappe, puis du Sap. Il devint ensuite aumônier du Carmel d’Alençon et après une très grave maladie dont il sortit presque miraculeusement, il entra à la Maison d’Accueil Saint Martin de La Chapelle près Séez en 1958.

Le 7 Juin 1962, il y célébra son jubilé de rubis (65 ans de sacerdoce) en la Chapelle de l’Institut St Joseph sous la présidence de Mgr Pioger. Je dois à l’obligeance des sœurs du Carmel d’Alençon de disposer de l’image souvenir de cet événement et des paroles du cantique composé à cette occasion par le jubilaire.

Le Père Paul QUEINNEC

Même s’il ne me donna pas de « cours particuliers », je dois mentionner ici le Père Paul Queinnec que je connus lorsqu’il était vicaire à Notre Dame d’Alençon. C’est certainement à lui que je dois mes émotions musicales de jeunesse les plus intenses. Me mélangeant peut-être dans les dates, je me souviens en particulier de « Nicolas de Flue » d’Arthur Honegger dont je me fis un plaisir de transcrire quelques chœurs pour l’orgue. Plus tard, c’est au Père Queinnec que je devrai ma découverte de l’orgue baroque français lorsqu’il m’envoya en stage à St Maximin de Provence en 1963, frais pris en charge par le diocèse, et me prêta une soutane pour faire plus facilement le trajet en stop! Retour sur l’enfance avec quelques photos souvenirs.

Et voici les petits chanteurs de Notre Dame d’Alençon. Le petit joufflu que j’étais alors se trouvait toujours au premier rang à cause de sa petite taille.

Mais on ne peut pas évoquer le Père Queinnec, qui mériterait bien d’avoir son propre site, en se limitant à quelques souvenirs d’enfance. Mr Yves Sauvegrain, ancien Directeur de l’Orne Combattante a bien voulu m’autoriser à reproduire l’article qu’il publia sur la vie du Père Queinnec lorsque celui-ci transmit à Bernadette Barré la baguette de la Schola Cantorum.

Le Père Alexandre LETELLIER

Je dois mentionner aussi le Père Alexandre Letellier qui continua à me faire travailler l’harmonium pendant les deux années que je passai au Pré-Séminaire de La Chapelle près Séez. Je garde avec émotion le volume II des Heures Mystiques de Boëllmann dont il me fit cadeau avec mon nom écrit de sa main. Il avait ses « tubes », en particulier de cet auteur, l’Offertoire en sol majeur et le Menuet de la Suite gothique.

Sauf lorsqu’il était en croisière, – il adorait les voyages organisés, je crois, par la Procure et les racontait avec délectation -, il venait toujours aux concerts que je donnai notamment à Tessé la Madeleine. Il aimait beaucoup le Choral de la Cantate 147 de Jean Sébastien Bach « Jésus que ma joie demeure » dont il demanda qu’il soit joué à son inhumation. J’en fis pour lui un arrangement de mon goût que l’on trouvera dans les « Partitions gratuites ».

Toute sa vie fut consacrée à l’éducation et à la formation des jeunes. Je dois au Père Joseph Courteille, « mémoire » des Anciens du Petit Séminaire, le résumé de sa vie. Né à Carentan le 2 Mai 1920, il fut ordonné prêtre le 3 Juin 1944 et nommé au pré Séminaire de La Chapelle près Séez en Septembre 1944. Il muta en 1955 au Petit Séminaire de Séez où je le retrouvai comme professeur en 3ème et comme directeur de conscience. Une promotion méritée le vit arriver au poste de Directeur du Sacré Cœur de Domfront de Juillet 1962 au 1er Septembre 1990, date de sa retraite. Décédé le 16 Janvier 2003 sans que, emménagé à Juvigny sous Andaine fin 2002, j’eus pris le temps d’aller le voir, il fut inhumé à Domfront le 22 Janvier.

Il laisse un ouvrage posthume : « Le personnage du pédagogue dans le théâtre comique du XVe et du XVIe siècle », imprimé à Flers (Mouturat) et disponible à l’évêché de Sées. Sur la dernière page de couverture, on peut lire : « L’imaginaire et la poésie qui, de tout temps ont habité le Domfrontais et les rapports étroits que la ville de Séez a entretenu avec la vie des Collèges et des Séminaires, nous valent cette magnifique galerie de tableaux mettant en scène le Pédant de notre ancienne comédie. L’entreprise est menée avec grande érudition, la sérénité provinciale devant l’affirmation de toute valeur sûre et la force du rire inhérente à toutes retrouvailles avec le Moyen-âge. L’ouvrage s’adresse aux hommes et aux femmes passionnés d’histoire, de littérature et d’anthropologie. »

Monsieur Georges TROUVÉ

Voila le Maître des maîtres, organiste de la Cathédrale de Séez, avec qui je travaillai pendant 9 ans, de Septembre 1955 à Juin 1964.

Au petit séminaire, ce fut d’abord l’harmonium où je succédais à Claude Martin pour l’accompagnement des offices. Le répertoire pour cet instrument était des plus classiques :

  • Les « Heures Mystiques » de Boëllmann,
  • « L’Organiste » de César Franck,
  • « Au pied de l’autel » de Guy Ropartz,
  • Les « 24 pièces en style libre » de Louis Vierne,
  • Les « 24 pièces modales » de Jean Langlais,
  • Les « Préludes liturgiques » de Gaston Litaize …

Il aimait bien aussi qu’on lui fasse découvrir de nouvelles pièces. La collection de « L’organiste liturgique » en publiait régulièrement. Je me rappelle par exemple qu’il avait bien aimé « l’intermezzo » de la Suite de Georges Robert.

Mais les leçons sur l’harmonium pédalier du Maître vinrent rapidement avec les Petits Préludes et Fugues attribués à Bach, ainsi que ses Chorals authentiques du Petit Livre d’Orgue … Élève d’André Marchal, Mr Trouvé s’inscrivait comme lui dans le mouvement néo-classique avec retour partiel à la tradition des 17ème et 18ème siècles. Les deux Messes de François Couperin et les deux Suites de Clérambault figuraient au programme d’études de ses élèves. Je me rappelle avoir souvent, lors des offices importants, tenu le petit orgue de la Cathédrale. Il ne s’agissait que d’accompagner les chants, mais j’en étais bien fier. Pour travailler les morceaux d’orgue, j’avais accès à Séez à l’instrument du grand séminaire et à Alençon aux deux orgues de Notre Dame, surtout celui qui était alors au fond de l’arrière chœur, où j’ai souvent joué des inhumations, mais aussi au grand orgue encore jouable à l’époque.

Je me souviens du jour où j’avais tenu les claviers du grand orgue pour une messe basse du Dimanche soir célébrée par le Père Théon. Je m’étais lancé dans le Choral dorien de Jehan Alain. Il fallait presque que je sois debout sur le pédalier pour arriver à jouer à la fois des pieds et des mains. Mais j’avais à peu près réussi. Après la messe, j’avais eu droit aux félicitations du célébrant. J’étais fier comme « bar tabac ». Le fait qu’un prêtre aussi éminent prenne la peine de m’encourager m’avait ému et profondément marqué. Mr Trouvé me faisait aussi parfois jouer au Grand orgue de la Cathédrale de Séez. C’était évidemment une récompense et un encouragement. Il n’avait pas besoin de moi! (sauf les rares fois où il fallait accompagner un chœur qu’il ne connaissait pas par cœur). Je me souviens très bien par exemple avoir joué lors d’un office « l’Antienne » de l »Hommage à Frescobaldi » de Jean Langlais. Si ma mémoire est bonne, il ne connaissait pas cette pièce, mais l’avait bien appréciée.

Il inscrivait ses meilleurs élèves à l’Institut Jehan Titelouze de Rouen, baptisé ainsi en l’honneur du grand musicien qui tint l’orgue de la Cathédrale de cette ville pendant 45 ans de 1588 à 1633. Cet Institut de Musique Sacrée, créé dans l’orbite de la Maîtrise Saint Evode, délivra des diplômes d’orgue de différents niveaux pendant une vingtaine d’années. Pour en savoir un peu plus sur Mr Trouvé, reportez-vous :

  • A la longue interview qu’il avait bien voulu m’accorder sur ses souvenirs en 2001 et qui avait été publiée dans le Bulletin des Amis de l’Orgue de Versailles.

Les « Partitions« , rares chants que j’ai pu retrouver de lui et qu’il n’avait déclarés ni à la SACEM, ni au SECLI, n’ayant en tête que la louange du Seigneur et, en aucune façon, un quelconque profit personnel (beaucoup de soi-disant compositeurs actuels feraient bien d’en prendre de la graine). Figure également dans cet article la reconstitution de la dernière improvisation qu’il donna à l’église Sainte Madeleine de Bagnoles de l’Orne.

Les Académies d’orgue

Les Académies d’orgue furent pour moi une occasion magnifique de découvrir ou de redécouvrir certains aspects de la musique d’orgue. J’y reviendrai plus longuement car la chose peut intéresser les connaisseurs. Mais ce fut pour moi un grand privilège de pouvoir travailler un peu :

  • Le baroque français à Saint Maximin de Provence en 1963 avec Pierre Cochereau, René Saorgin et Marcel Prévost
  • Jean Sébastien Bach à Saint Donat en 1986 avec Marie Claire Alain.
  • A nouveau le baroque français à Saint Bertrand de Comminges en 1987 avec Michel Chapuis et Jean Saint Arroman
  • Le baroque italien aux Andelys en 1988 avec Andrea Marcon
  • Le baroque nordique à Falaise et Argentan en 1988 et 2005 avec Willem Poot
  • L’improvisation à Romainmôtier (CH) en 2004 avec Rudolf Lutz et Emmanuel Le Divellec
  • Le baroque espagnol en un cours particulier avec Guy Bovet la même année.

Michel Trique

Je ne peux pas dire que j’ai été l’élève de Michel Trique, organiste de la Cathédrale de Laval. Mais il est indéniable que j’ai travaillé avec lui pendant des heures :

  • Tout d’abord pour préparer les œuvres à 2 ou 3 orgues dans lesquelles nous nous sommes produits en maintes occasions – Ses outils de travail favoris étaient le métronome et surtout le chronomètre; il m’a certainement donné le sens d’une grande rigueur que je n’avais sans doute pas assez spontanément.
  • Plus particulièrement encore pour apprendre son « Livre d’orgue dans la tradition classique française » qu’il me dédia et me fit jouer pour la première fois à Bagnoles de l’Orne – Un véritable enseignement était ici obligatoire; même si les titres des différentes pièces du Livre indiquent clairement la registration, il est beaucoup de nuances d’interprétation qui ne figurent pas sur la partition.

Merci à ma chère maman qui fut la première à découvrir chez moi une certaine appétence pour les sons harmonieux. Merci à tous ces initiateurs et ces professeurs qui m’ont transmis l’amour de la musique et de l’orgue en particulier.

Mise à jour : mardi 28 août 2012

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Ville de Laval (1983 – 2002)

Monsieur André PINÇON, Maire de Laval, me nomma donc Directeur des Services Administratifs de cette ville à compter du 1er Novembre 1983.

Vous trouverez quelques renseignements sur lui sur les sites suivants :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pin%C3%A7on
http://suite101.fr/article/laval-sous-andre-pinon–la-salle-polyvalente-le-tgv-a13615
Le second, plus détaillé, est dû à Jean Christophe Gruau.

André Pinçon fut Maire de Laval pendant plus de 20 ans de 1973, après le décès de Robert Buron, à 1994, année où il laissa sa place à Yves Patoux, son Adjoint aux Finances.
Pour se cantonner au domaine des équipements et de l’urbanisme, on lui doit une série impressionnante de réalisations et d’interventions qui façonnèrent la ville de Laval pour des générations :

  • Ouverture du nouvel hôpital dans le quartier des Fourches,
  • Destruction du Grand Séminaire et construction des immeubles des Horizons, rue Jean Macé,
  • Construction d’un nouveau quartier de plusieurs milliers d’habitants
  • Soutien du « Stade Lavallois » qui passe en première division pendant 13 ans de 1976 à 1989,
  • Modification du plan de circulation en centre ville et aménagement de la place principale devant la mairie autour d’une fontaine fort irrévérencieusement surnommée la « pissette à Pinçon », en remplacement des « fesses à Gonnet » qu’évoquait la configuration précédente de la place,
  • Construction d’une vaste Salle polyvalente à la place de l’ancien Palais de l’Industrie,
  • Également place de Hercé, réalisation d’une nouvelle Bibliothèque municipale,
  • Ouverture d’un Centre de droit et d’économie à la Maillarderie, prémices de la Fac de droit,
  • Aménagement de la gare pour l’accueil en 1989 du premier TGV qui met Paris à 1 h ½ de trajet,
  • Aménagement des Allées de la Résistance,
  • Restructuration des anciennes Halles place du 11 Novembre pour l’accueil du nouveau bureau de poste, de l’Office de Tourisme et d’un bureau des « Transports Urbains Lavallois »,
  • Aménagement dans l’ancienne poste de la place du 11 Novembre de bureaux administratifs pour l’accueil des services municipaux, l’Hôtel de Ville étant réservé aux salles du Conseil municipal et des Mariages, ainsi qu’aux bureaux des élus,
  • Acquisition d’immeubles rue Souchu-Servinière pour dégager la vue sur les remparts et permettre la remise en valeur de ces vestiges historiques du vieux Laval,
  • Et beaucoup d’autres que j’oublie forcément … ,

Des quatre postes de Directeur de Services Administratifs créés par la Ville de Laval, celui de l’Administration générale et du Personnel me fut dévolu.
J’eus ainsi la chance de travailler de 1983 à 1989 en liaison étroite avec Mr Victor Robin, adjoint au Maire, syndicaliste FO et attaché administratif à l’Équipement, et Mr Francis Malle, Secrétaire Général, ancien fonctionnaire préfectoral, tous deux très humanistes et familiers du statut des fonctionnaires et des négociations salariales.

On doit à la municipalité d’André Pinçon, soutenu par son Adjoint et son Secrétaire général :

  • La signature et la mise en oeuvre d’un contrat de solidarité qui permit la réduction à 35 heures au 1er Janvier 1984 de la durée hebdomadaire de travail du personnel communal, des départs en retraite anticipée, des créations de postes de fonctionnaires et l’embauche de « TUC »,
  • Une concertation soutenue avec les organisations syndicales et la création d’un Comité Technique Paritaire régulièrement consulté,
  • La consolidation d’un système de recrutements, examens et concours d’une impartialité absolue ainsi que d’avancements à l’ancienneté quasiment automatiques et de « coups de chapeau » avant le départ en retraite,
  • L’accentuation de la politique de formation pour les personnels afin de leur permettre d’améliorer leurs connaissances professionnelles et leur culture générale,
  • Une politique généreuse au profit des œuvres sociales du personnel communal …

Mr Victor Robin ne se représenta pas aux élections municipales de 1989 et Mr Francis Malle cessa ses fonctions à Laval pour aller siéger à la Chambre Régionale des Comptes de Caen (Bénouville).

Un journal interne fut créé en Octobre 1988.
Il vivra quelques 10 années jusqu’à ce que « Services compris » le remplace.

SOUVENIRS, SOUVENIRS … LA DRH EN NOVEMBRE 1988

Avec une pensée émue pour Josiane ROUX et nos amitiés aux anciens …

Après le départ de Francis Malle, ce fut Pierre Triquet, ancien Directeur financier, qui fut chargé de le remplacer. Pour ma part, je serai nommé Secrétaire Général Adjoint avec effet du 15 Avril 1989.
Les élections municipales ayant eu lieu les 12 et 19 Mars 1989, le Maire et les adjoints furent élus le 11 Avril. Sans surprise, Mr André Pinçon, tête de liste, fut réélu Maire.

Pierre TRIQUET qui avait remplacé Francis MALLE
comme Secrétaire Général

En tant que responsables de l’Administration générale, furent désignés :

  • Mr Roland Dumet, adjoint au Personnel, ancien gendarme en Outre-mer, grand boxeur et arbitre dans ce sport, Inspecteur principal des permis de conduire, Président de la CAF,
  • Mr Robert Le Gallic, conseiller municipal délégué, ancien chef de gare à la SNCF, Président du Comité Hygiène et Sécurité, chargé des locaux aux associations et de la Salle Polyvalente.

Roland DUMET, élu en
1989, Adjoint au personnel

Robert LE GALLIC, élu en
1989, Conseiller délégué à
l’Hygiène et la Sécurité

De cette période, je me souviens de la réorganisation de la DRH en 1990 : poursuite de l’informatisation, fusion gestion et paye, service concours, formation et sécurité …

Des séminaires furent organisés pour les cadres :

  • En Octobre 1990, au « Bas Mont » près de Moulay, autour de MM Dumet et Le Gallic, pour réfléchir au fonctionnement des services municipaux Lavallois,
  • En Avril 1991, à La Pommeraye, avec le concours du CNFPT, autour de Mr André Pinçon, Maire, et de dix de ses adjoints, pour rechercher une meilleure coordination entre les élus et les fonctionnaires.

C’est de cette époque aussi que date la mise en oeuvre et la montée en puissance des « CES » (20 heures/semaine payées au SMIC pour les jeunes, certains demandeurs d’emploi et les personnes en grande difficulté).

Événement important le 1er Novembre 1991 : le départ de Pierre Triquet, Secrétaire Général.

Dans une interview accordée à « Mairie Info » en Janvier 1992, Mr André Pinçon, Maire, explique en toute transparence la procédure adoptée pour son remplacement.
Il attend du nouveau Secrétaire Général qu’il soit le seul responsable du personnel et des chefs de services. Il devra « diriger l’entreprise Mairie, s’appuyant en cela sur un solide staff d’encadrement » et « appliquer la politique votée par le Conseil Municipal ».

L’heureux élu sera Patrick Ayache, Administrateur, précédemment Secrétaire Général Adjoint de la ville d’Argenteuil depuis 1987, après avoir été enseignant, puis Directeur administratif à Franconville en 1978 et Secrétaire Général à St Maur des Fossés en 1983.

Dans l’interview qu’il accorde à « Mairie Info » en Avril 1992, il annonce une nouvelle organisation des services, une réorganisation des structures et la création d’une direction générale.

NOUVEL ORGANIGRAMME DES SERVICES

Ce nouvel organigramme présenté à l’automne 1992 vise des objectifs de développement de services et des objectifs de gestion : faire mieux avec moins, produire plus et moins cher, mieux gérer les ressources humaines, augmenter les marges de manœuvre budgétaire, mieux répondre aux besoins des usagers, mieux conseiller les élus.
Pour maîtriser la masse salariale, la DRH doit s’organiser : freiner l’évolution des effectifs, améliorer les reclassements, optimiser l’outil informatique, développer des tableaux de bord. Il en résulte pour la DRH un nouveau projet d’organigramme. On commence à parler gestion prévisionnelle.

La manifestation des vœux du Maire de Janvier 1993 fut déstabilisée par une manifestation syndicale contre la privatisation du service de l’eau et de l’assainissement. Cette hypothèque sera complètement levée par la municipalité au printemps suivant.

Dans des réunions de chefs de service organisées à l’époque, on aborde la question de la gestion prévisionnelle des ressources humaines dans un climat oscillant entre l’indifférence et la méfiance.
On fait appel à un cabinet privé qui propose une méthodologie assez complexe à base de grilles et de questionnaires mettant en rapport les prestations effectuées, les ressources humaines mobilisées, les dépenses gérées et les bénéficiaires et d’analyser la qualité du service assuré et les possibilités de son amélioration. Les chefs de services sont parfois sceptiques sur la méthodologie appliquée. Ils se plaignent de n’avoir pas été assistés par le cabinet conseil et de se trouver pris dans une usine à gaz aux résultats hétéroclites qu’il sera bien difficile de consolider. Ils reconnaissent que le fait d’avoir été obligés de réfléchir à leur fonctionnement a déjà été utile en soi et les aide à tout moment à réorganiser leur service et à optimiser ses prestations.
Du côté de la DRH, il apparaît rapidement que les moyens sont insuffisants pour constituer une base de données informatique homogène. Au début de l’année 1995, il est décidé de créer un poste d’attaché qui ne sera recruté qu’au printemps. Mais il aurait fallu remettre sur le métier tout le travail réalisé en 1993. Entre temps, d’autres événements étaient intervenus.

A la suite de la démission prévue de Mr André Pinçon, Mr Yves Patoux, ancien adjoint aux finances, est élu Maire de Laval le 28 Janvier 1994.
Il entend bien « mener à terme les grands chantiers en cours » (l’aménagement de la poste et de la rue Souchu Servinière par exemple) et « engager de nouveaux projets ».

Il réaffirme son « attachement au Service public » et considère que « celui de Laval est de qualité ». S’il a « la volonté d’être un homme de terrain et d’aller à la rencontre des Lavalloises et des Lavallois », il « restera aussi disponible pour travailler avec (les personnels municipaux) ».

Les plans d’installation des services municipaux dans l’ancienne poste sont publiés dans le « Services compris » de Septembre 1994. La DRH n’y figure pas. Et pour cause, elle doit émigrer place St Tugal. Le déménagement interviendra en Juin 1995.

La gestion administrative, paye comprise, accapare presque tout le rez de chaussée des deux bâtiments. L’assistante sociale y loge aussi son bureau.
L’étage du bâtiment plus récent (grandes baies vitrées) est dévolu à mon bureau et à ceux de la gestion financière.
Le 1er étage du bâtiment ancien (fenêtres traditionnelles) loge le service « Recrutement, formation et sécurité ».
Quant au 2ème étage du même bâtiment, il accueille une grande salle de formation tout à fait bienvenue et le bureau de l’attachée recrutée pour superviser la « gestion prévisionnelle ».
Les personnels sont satisfaits de pouvoir stationner les voitures.
Mais les contacts avec les services ne sont pas facilités. Les allées et venues entre la place St Tugal et le Centre administratif sont fréquentes.

Aux élections municipales des 11 et 18 Juin 1995, la liste conduite par l’UDF François d’Aubert devance celle menée par le socialiste Yves Patoux.
Magistrat à la Cour des Comptes, ENA, député, Conseiller Régional et à l’époque Secrétaire d’État au Budget, François d’Aubert est aussi l’auteur de plusieurs livres (lutte contre les paradis fiscaux, Colbert).

Vous trouverez son parcours : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_d’Aubert

Dans la lettre qu’il adresse aux personnels communaux dans le « Services compris » de Juin 1995, il promeut :

  • Une gestion transparente pour l’ensemble des élus, la population et le personnel communal,
  • Une municipalité impartiale sans parti pris, préférence partisane ni règlements de comptes,
  • Le respect permanent de la moralité publique, notamment dans la gestion des deniers publics,
  • Le maintien intégral des situations et des droits acquis de l’ensemble du personnel communal.

Conseiller municipal d’opposition depuis 1983, Roger Grandière, ancien responsable administratif des Nouvelles Galeries, membre du Conseil des Prud’hommes, devient Adjoint au personnel.
Il se dit très attaché au respect des droits acquis et manifeste sa volonté d’écoute à l’égard de toutes les catégories de personnel. Il souhaite porter une attention plus grande aux organisations syndicales et milite pour une communication interne où les agents soient davantage associés.

On apprend que Patrick Ayache, Secrétaire Général, va quitter Laval pour Arles le 28 Octobre 1995. Sa plus grande satisfaction est d’avoir piloté avec André Pinçon la mise en place de la communauté de communes. Il s’honore aussi de la réorganisation des services municipaux (séparation services techniques et urbanisme, regroupement des ateliers au CTM, développement culturel, direction des SIC, nouveau centre administratif), mais ne s’est pas suffisamment impliqué dans la communication interne. Pour lui, le taux d’encadrement des services municipaux est encore trop faible et il conseille à son successeur de travailler sur le secteur Jeunesse et Vie de Quartier.

Son successeur, ce sera Jean Pierre Bonet, nommé le 1er Décembre 1995.
J’avais fait le Centre Supérieur de Fontainebleau dans la même promotion que lui, la troisième, Nous n’avions ni sympathisé, ni travaillé sur le même projet en fin de formation (pour moi, il s’était agi de l’organisation des services municipaux d’Orléans).
Il se présente longuement dans le « Services compris » de Décembre 1995.

Je dois avouer que je n’ai jamais eu affaire de ma vie à quelqu’un d’aussi loquace, que ce soit en réunion officielle ou informelle, ou en entretien privé. Certains se demandent si c’est une tactique pour lasser son monde et finir par avoir raison. D’autres supposent que c’est sa petite taille qui l’aurait formaté dans sa jeunesse à s’imposer par la parole faute d’autres atouts. Je ne suis pas qualifié pour me prononcer sur le pourquoi. Mais le résultat est là. Et je peux témoigner qu’il n’est vraiment pas facile de travailler efficacement avec un tel chef !

Jean Pierre Bonet n’aimait pas la contradiction orale incisive de certains syndicalistes. Il semble qu’il ne l’aimait pas non plus écrite. Il avait, a-t-on dit, « censuré » un article du syndicat FO dans le « Services compris » N° 31 de Mars 1996 en raison d’une mise en cause nominative. Le N° 32 d’Avril 1996 sera le dernier. Jean Christophe Gruau, journaliste, y espère encore « Que vive Services Compris » et relate la dernière réunion du comité de rédaction. Mais il n’y aura pas de N° 33. Un « Vecteur libre et indépendant » sera créé et diffusé par le syndicat FO.

Pour ce qui la concerne, la DRH joindra des informations aux bulletins de salaire de Février à Octobre 1997 : le congé de fin d’activité, le rapport du groupe de travail constitué par le Secrétaire Général pour réfléchir au journal interne, la médecine du travail, le plan de titularisation, la création d’une filière animation, les avantages sociaux, la formation et le plan de formation.

En Novembre 1997, Jean Pierre Bonet fait paraître son nouveau journal interne.
La présentation graphique du titre prête aux quolibets syndicaux. Le « vague à L’AMe », le « caLAMiteux », « LA M ». Le « LAM », comme on l’appelle en abrégé, sort habillé pour l’hiver.

Au printemps 1998, vient l’éclosion du grand oeuvre de Jean Pierre Bonet, l’organigramme des services municipaux. Le Maire François d’Aubert veut démanteler l' »armée mexicaine » de l’organigramme de 1992. Il faut reconnaître que ce document fournissait des armes pour se faire battre, avec sa profusion de directions rattachées directement (ou via le DGST) au Secrétaire général des services. Mais beaucoup de Lavallois ont supposé qu’on en a profité pour supprimer au passage quelques Directeurs gênants.

Ce furent en effet les suppressions (ou décharges) de postes qui mirent le feu aux poudres avec les organisations syndicales et le personnel lui –même. Plusieurs manifestations rassemblèrent de 150 à 400 personnes. 4 Secrétaires généraux adjoints étaient « déchargés de fonction ». 2 avaient senti le vent venir et étaient partis avant. Les 2 autres, dont votre serviteur, furent réintégrés dans le grade de Directeur.

Trop âgé pour rechercher une mutation et n’ayant pas les moyens de démissionner, j’essayai de prendre les choses avec humour et philosophie.

Mais le pire, et de loin, concernait les suppressions de postes, avec « mises en surnombre » à la clé : un Attaché principal, un Directeur et deux Ingénieurs en chef. Parmi les quatre agents visés, on compte deux élus du personnel, dont l’un est par ailleurs Secrétaire Départemental du RPR. (Les mânes d’Alfred Jarry et du Père Ubu ne sont pas loin) ! Si le projet avait été mené à bonne fin, quel gâchis ! Heureusement, on s’y est pris de telle façon que la manœuvre a échoué. Le Conseil municipal n’est pas informé de l’avis du CTP. On modifie la délibération après coup ! Les intéressés sont priés de quitter leurs lieux de travail. La Préfecture demande au Maire de convoquer à nouveau le Conseil Municipal.

Il y a aussi du rififi au sein de la municipalité. Le 21 Avril 1998, Roger Grandière se voit retirer sa délégation au personnel et à la communication interne. Il avait osé reprocher au Maire son soutien aux Présidents de région élus avec les voix d’extrême droite. Il ne retrouvera sa délégation que le 18 Janvier 2000.

Quand le « nouvel organigramme » fut rendu public, Jean Pierre Bonet m’avait dit : « Je n’avais pas pu t’en parler puisque tu étais concerné ! » Dieu, merci. Je ne peux pas imaginer comment j’aurais pu appliquer une telle politique !
Le 10 Septembre 1998, après avoir saisi le Maire antérieurement, j’adresse une lettre aux Conseillers Municipaux de la majorité pour attirer leur attention sur les irrégularités commises et le risque de détournement de procédure.
Jean Pierre Bonet se fait menaçant. Parmi les reproches qu’il formule, j’avoue me souvenir seulement que je n’aurais pas dû utiliser les enveloppes à entête de la Mairie de Laval. Comme si ce n’était pas en tant que fonctionnaire de la Ville de Laval que j’écrivais !

Cette lettre me valut les honneurs du « Vecteur Libre et Indépendant » (FO) en un ton grave peu commun. Après les jugements du Tribunal Administratif, on parlera encore de moi, mais sur un ton blagueur plus habituel.

Après la lettre du 10 Septembre 1998 :

C’est dans l’adversité et les situations exceptionnelles que se révèlent le plus souvent les hommes de conviction qui ne transigent pas avec leur éthique professionnelle et personnelle.
C’est le cas pour Jean Claude Duval, Secrétaire Général Adjoint et Directeur des Ressources Humaines.

Jean Claude Duval vient d’accomplir un acte exceptionnel qui l’honore et qui témoigne d’un grand courage face au système qui se met en place depuis le mois de juin 1998.

Le 10 septembre 1998, Jean Claude Duval prenait sa plume en sa qualité de Directeur des Ressources Humaines et adressait un document de 11 pages à l’ensemble des Conseillers Municipaux de la majorité municipale.

Son propos porte sur la réorganisation entreprise par le Maire; il vise à informer les Conseillers Municipaux sur la réalité des objectifs de cette opération et la légalité des moyens mis en oeuvre.

Il précise sa démarche en ces termes en se fondant sur son devoir de fonctionnaire

Il indique qu’il a averti à deux reprises le Maire, les 7 août et 10 septembre, sur la méthode employée et ses objectifs.

Il résume les arguments qu’il a produit en 4 points

Voilà une attitude claire, exemplaire et sans équivoque qui devrait interpeller et susciter la réflexion de l’ensemble des fonctionnaires de la Mairie de Laval.

N’en jetez plus ! La cour est pleine.

Après les jugements du Tribunal Administratif :

Je préfère ce style satirique !

Nous en étions donc au 10 Septembre 1998. Je ne suis pas capable de relater ici tous les errements qui furent commis en matière d’organisation des services pendant les années qui suivirent. Je suis parti en cessation anticipée d’activité en Août 2002. Le dernier organigramme général que j’ai conservé est daté du 1er Mars 2001. Sauf erreur, ce devait être le 6ème depuis 1995.

On ne compte pas le nombre de réunions de CTP et de CAP qui furent organisées sur le sujet, le nombre de délibérations qui furent prises, le nombre d’arrêtés qui furent signés (et parfois, qui plus est, sans concordance avec la délibération votée par le Conseil Municipal, ou un jour férié), le nombre des jugements désavouant la Ville de Laval qui furent prononcés par le Tribunal administratif …

Même le successeur de Jean Pierre Bonet, Jean Jacques Delory aura à en subir les conséquences. Ainsi le 7 Février 2002, le Tribunal administratif accordera réparation financière à un Directeur mis en surnombre. Le 7 Février 2003, il annulera une note de service relative aux fonctions d’un Ingénieur en chef. Le 21 Juillet 2004, l’organigramme des Services techniques sera annulé pour détournement de pouvoir concernant les fonctions du même Ingénieur en chef …

Comment un organisme comme la Ville de Laval a-t-il pu continuer à fonctionner dans une telle ambiance de désorganisation, pour ne pas dire plus ? Ce n’est que grâce à l’expérience et à la conscience professionnelle des personnels que les services purent continuer à donner malgré tout satisfaction à la population.

A compter du 1er Décembre 1998, il fut donc mis fin à mon détachement sur l’emploi fonctionnel de Secrétaire Général Adjoint chargé des Ressources Humaines et je fus réintégré dans l’emploi de Directeur, tout en conservant les fonctions de Directeur des Ressources Humaines. Il est bien évident que je fus encore moins qu’avant informé des orientations ou des décisions importantes relatives au personnel.

En fait, je restai le coordonnateur des services de la DRH, transmettant les instructions du Secrétaire Général, organisant des réunions régulières avec l’Adjoint au personnel et faisant moi-même les comptes-rendus de ces réunions pour en décharger Sylvie, la secrétaire, qui avait beaucoup d’autres tâches à assumer.

Je ne m’en souvenais plus, mais en feuilletant le LAM je vois que je rédigeais des articles de fond sur les grands principes ou les institutions de la Fonction publique territoriale. De certains d’entre eux, je ne rougis pas aujourd’hui. Mais je dois avouer que j’en trouve plusieurs autres beaucoup trop compliqués. Je m’étais laissé embarquer dans le plaisir de la recherche jurisprudentielle, inintéressante pour le plus grand nombre. J’en demande pardon.

Bien entendu, je m’entretenais aussi autant qu’ils (ou elles) le voulaient avec les chefs de service de la DRH. Combien de fois ai-je remarqué qu’il suffisait de les écouter et de les encourager dans leur réflexion pour qu’ils trouvent eux mêmes les solutions à leurs interrogations ?
Il m’arrivait également de recevoir d’autres chefs de service (qui parfois étaient pris d’un long fou rire quand ils voyaient sur la table à côté les « trophées confisqués à l’armée mexicaine ») ou des représentants syndicaux qui me demandaient mon avis sur tel ou tel point. Je reconnais avoir quelquefois fait monter des larmes aux yeux de certaines représentantes syndicales, mais c’étaient des larmes de compassion dans un cas, de joie dans l’autre.

Aux élections municipales des 11 et 18 Mars 2001, la liste de François d’Aubert l’emporta.
André Troadec devint Adjoint au personnel. Je lui demandai un entretien et lui expliquai l’état d’esprit qui était le mien compte tenu des circonstances. Il fut tout à fait correct avec moi. Je travaillai avec lui en toute loyauté, sans pour autant constituer une force de proposition sur les grandes orientations concernant la politique du personnel. Telle était bien, sauf erreur, l’esprit et l’objet de ma décharge de fonction.

Un recrutement décisif intervient le 1er Juin 2001 : Catherine Delage, détachée de Météo
France, devient chargée de mission Communication Interne à la Ville de Laval. Arrivée en Mayenne en 2000, elle n’y a pas fait « la pluie et le beau temps » et n’entend pas les faire non plus à la Ville de Laval. Elle ne dépend pas de moi, mais j’ai grand plaisir à travailler avec elle.
Je trouve ses jugements très pertinents et fins. Je ne connais pas sa marge de manœuvre sur la communication interne, mais les articles de la DRH deviennent lisibles ! Et puis elle fera un reportage taquin mais amical sur mon pot de départ ! (voir plus loin)

Jean Pierre Bonet étant parti à la Communauté d’Agglomération de Laval, Jean Jacques Delory le remplace à la Ville de Laval le 1er Juin 2002. Agé de 45 ans et père de trois enfants, il a fait carrière à Albert (Somme), Champagne sur Oise, Soisy sous Montmorency, Saint Chamond et Saint Etienne. Il a obtenu une Licence en Droit et
un DESS en administration et gestion des Collectivités Locales. Dans le LAM de Mai 2002, Jean Pierre Bonet lui souhaite la bienvenue.

L’année 2002 fut pour la DRH une année de changement. Après avoir été brinqueballée en maints lieux divers, elle est enfin jugée digne d’être intégrée au Centre Administratif Municipal (ancienne Poste).

LAM de Mai 2002
LAM de Juillet Août 2002

En effet, je fus placé à ma demande en congé de fin d’activité à partir du 1er Août 2002 avant d’être admis à la retraite un an plus tard, premier jour du mois suivant mes 60 ans.
Mes collègues, chefs de service de la DRH, vinrent me dire au revoir dans mon nouveau et beau bureau du Centre administratif. Il y eut quelque gorge nouée, quelques yeux humides, y compris chez moi.
Les deux collègues représentants syndicaux mis en surnombre en 1998, et dont j’avais, il faut bien le reconnaître, défendu la cause, vinrent sympathiquement sabler le champagne sous l’objectif malin de Catherine Delage.

Je ne me rappelle pas que la Ville m’ait proposé d’organiser un pot pour mon départ. Grand bien me fit. De toute façon, la période n’était pas vraiment favorable.
Mais des amis m’avaient prévenu. Une collecte était organisée parmi le personnel pour m’offrir un cadeau. Je décidai de programmer une petite cérémonie d’au revoir le 26 Septembre 2002 à la maison de quartier du Pavement. J’avais bien l’intention de payer la location de la salle, mais Melle Cécile Guineheux m’en offrit la gratuité. Merci à elle.

Catherine Delage avait préparé un petit discours.
J’en ai pris pour mon compte !

« Mon révérend comme se plaisent à vous saluer quelques collègues.
Il m’a été donné de me pencher sur votre carrière, mot d’origine italienne carriera « chemin de chars », qui vient du latin populaire carraria, de carras. Tantôt char de la renommée, tantôt chemin semé d’embûches …0ui mais le problème avec vous c’est que pour faire votre portrait il faut faire attention à tout, aux mots, au style, à l’orthographe… et non vous n’aurez pas mon papier !
Le latin et le grec, comme Obélix, vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit. Tout comme lui, de votre enfance rien ! Vos collègues ne vous connaissent que « grand ». Dans tous les sens du terme, vos balbutiements dans la fonction publique territoriale, vous les avez effectués ailleurs. Successivement, vous avez gravi les marches. La première a été franchie à Paramé près de St Malo, puis à St Malo, à Senonches en Eure et Loir, à Ballancourt dans l’Essonne et enfin à Couéron en Loire-Atlantique. Comme l’araignée qui tisse sa toile; Jean-Claude a tourné pendant seize ans autour de Laval. Il faut dire que la dentelle, il connaît, il est né à Alençon !

De vaillant capitaine du navire « mairie de Laval », vous êtes devenu en 1998 flibustier. C’est peut être Surcouf le fameux pirate malouin qui vous a inspiré le vent de la révolte. Pour faire ce papier, j’en ai appris de belles sur vous…
Vous avez été fumeur de pipe sous la gauche et peut être sous l’influence de Jean- Pierre qui sait ? Vous avez goûté du Havane. Enfin le temps de la disette étant venu en 1996, vous avez décidé d’arrêter de fumer.
Quelle idée ! votre tempérament bouillonnant, devient colérique. Il paraît qu’on vous entendait hurler, et pester sur vos collaborateurs de l’autre bout du bâtiment.

Certaines ont même versé quelques larmes… Vous semiez la terreur dans les rangs de la DRH. J’ose à peine y croire, je vous pensais plutôt prévenant et protecteur.
C’est là que je pense qu’un homme peut en cacher un autre tel Dr Jekyll et M. Hyde.
Vous êtes un véritable kaléidoscope, ou plutôt homme orchestre, le terme conviendrait mieux ici. Parce que la musique et vous ne faites qu’un. Eh ! Oui pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Jean-Claude est titulaire …encore le statut …de l’orgue de Bagnoles de l’Orne. Et votre dernier dada, l’informatique, y est intimement lié. C’est que des partitions, il en a … des centaines, les placards en sont pleins. Maintenant, Word, Excel… n’ont plus de secret pour vous. Il paraît que vous êtes une vraie petite secrétaire… Alors il faudra voir avec le prochain DRH de la Ville de Laval, s’il n’y aurait pas un poste de secrétaire à pourvoir ?
En tout cas, merci pour votre écoute, pour votre soutien et bonne installation au pays natal et profitez bien de votre temps pour vous et votre famille. »

Si j’avais été en état de prendre la parole ensuite, je ne me serais pas contenté de souhaiter, comme je l’ai fait, « bon courage » à ceux qui restaient. J’aurais essayé de dire que :

  • J’avais commencé ma carrière par le bas de l’échelle et je me rappelais l’époque où, secrétaire général à Senonches, je regardais le tableau des indices dans le statut en pensant ne jamais arriver en haut,
  • La formation professionnelle et les concours restent la clé de toute progression, même si les emplois de direction sont de plus en plus politisés dans les villes importantes,
  • J’étais arrivé à la Ville de Laval dans des conditions très satisfaisantes et les choses s’étaient progressivement détériorées ensuite pour des raisons soi disant managériales, mais sans doute surtout politiques,
  • Le coup de masse que j’avais reçu sur la tête en 1998 m’avait profondément déstabilisé parce qu’injuste, même si je restais conscient d’où venaient les coups,
  • Je m’étais senti déshonoré de n’accomplir plus guère ensuite que des tâches subalternes, alors que mes collègues se donnaient tant de mal à la DRH pour faire tourner la boutique jusqu’à mettre en cause leur santé,
  • Je demandais pardon aux femmes que j’avais pu faire pleurer dans mon bureau, sauf si c’était pour la bonne cause, ce qui était quand même le cas souvent,
  • J’avais toujours été hypersensible au bruit (raisons physiques ? ou psychologiques ? ou peut-être les deux ?) et j’étais profondément désolé d’avoir été si intolérant avec mes collègues, et notamment Sylvie, à ce sujet,
  • J’étais véritablement convaincu que si les services de la Ville de Laval continuaient à fonctionner dans des conditions satisfaisantes pour la population, c’était grâce à son personnel et ses chefs de service,
  • Je leur souhaitais à tous des jours meilleurs et un véritable épanouissement dans leur travail qui ressemble fort à un perpétuel dévouement.

On me remit mon cadeau, un superbe appareil photo numérique dont je fis grand usage, et on passa aux réjouissances

A qui doivent aller les droits d’auteur ?

Mon épouse avait préparé des amuse-gueules pour l’occasion. Ils furent bien appréciés.
Je lui dois un grand merci, non seulement pour ces amuse-gueules, mais surtout pour le soutien qu’elle m’a apporté dans mes années professionnelles difficiles.

Le bouquet était pour elle, elle l’avait bien mérité !

Jean Claude Duval – 17 Novembre 2013 et 2 Septembre 2020

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De Saint Malo (1967) à Couëron (1983)

Cet article, comme beaucoup d’autres, est d’abord destiné à me rafraîchir la mémoire qui me fait défaut plus souvent qu’à son tour, même si cela n’a heureusement jamais eu de conséquence grave. Ce sont les moments les moins heureux de ma vie, y compris professionnelle, qui se sont effacés de ma mémoire. Besoin de résilience ?

Le titre global « Vous avez dit fonctionnaire territorial ? » est très légèrement approximatif :

  1. Avant de travailler en mairie, j’ai œuvré quelque peu dans le privé
  2. Pendant mes premières années de travail en mairie, les salariés n’étaient pas fonctionnaires, mais « assimilés »; il y avait un « Statut du personnel communal » (ça, c’est juste pour ramener ma science !).

Fonction publique territoriale

Je n’ai comme formation de base que le Baccalauréat obtenu le 30 Juin 1960 pour la première partie et laborieusement le 7 Juillet 1962 (!) pour la deuxième partie avec la mention Passable. C’est grâce à lui que je réussis glorieusement le concours de commis. Les autres candidats n’avaient au plus qu’un niveau BEPC. A l’oral, je n’avais répondu que très lamentablement à une question pourtant des plus basiques sur le rôle du Conseil Municipal ! Mais, s’il vous plait, ne le dites pas à tout le monde !

Après cette entrée acrobatique dans ce qui était à l’époque le « statut du personnel communal », ma carrière se poursuivit heureusement sous des auspices moins indignes, essentiellement à base de concours administratifs, de formation professionnelle, et d’avancements au choix.

  • Centre Universitaire Régional d’Études Administratives Municipales de Rennes : Diplôme d’études administratives municipales, mention Assez bien, 20 Juin 1969.
  • Université de Paris XI et Centre de Formation des Personnels Communaux : Diplôme d’études supérieures d’administration municipales, note moyenne de 14/20, 21 Juin 1979.
  • Centre Supérieur de Fontainebleau (Centre National de la Fonction Publique Territoriale) : Cycle de formation au management public territorial, promotion n°3, 24 Avril 1989.

Sans compter un très grand nombre de formations spécialisées, comme par exemple les sessions de « Formation de formateurs » à Andorre la Vieille.

Villes de Paramé et Saint Malo

20 Décembre 1966 : admission au concours de commis organisé par la ville de Paramé

1er Janvier 1967 : recrutement commis stagiaire à la ville de Paramé (Maire : Georges Coudray, Secrétaire général : Charles Kerguenou). Affectation au service des affaires administratives.

Fusion des villes de Saint Malo, Saint Servan et Paramé par décret ministériel du 26 Octobre 1967.

1er Janvier 1968 : nomination comme commis titulaire à la ville de Saint Malo (Maire : Marcel Planchet, Secrétaire général adjoint : François Le Moigne).

1er Janvier 1968 : affectation au service État civil de la mairie de Saint Malo

23 Décembre 1968 : changement d’affectation : « rédacteur spécialement chargé des problèmes économiques et de la gestion de la zone industrielle dans le Syndicat mixte pour l’expansion et l’industrialisation de l’agglomération malouine INDUSMA ».

4 Novembre 1969 : inscription sur la liste nationale d’aptitude au grade de Secrétaire de mairie

10 Avril 1970 : mutation acceptée par Monsieur le Maire de la Ville de St Malo

L’Hôtel de Ville de Saint-Malo

Ville de Senonches

Dépliant touristique d’époque

Nomination le 10 Avril 1970 par Mr Jean GRANDON, Maire, au poste de Secrétaire général titulaire de Senonches (3000 habitants) avec attribution d’un logement de fonction.

  • Fonctions accessoires : secrétariats de syndicats intercommunaux :
    • 1er Juillet 1970 : regroupement pédagogique et transport scolaire (SIRPTS)
    • 1er Juillet 1972 : ramassage et traitement des ordures ménagères (SIRTOM)
    • 1er Octobre 1975 : distribution d’eau potable (SIDEP)
  • Fonctions bénévoles : secrétariat du Syndicat d’Initiative et du Comité des Fêtes

Je ne dirai jamais assez la chance que j’ai eue de commencer ma carrière dans des postes de direction de la fonction publique territoriale avec un homme comme Jean GRANDON, Conseiller général Maire de Senonches.

Il fut Maire de Senonches pendant 33 ans

Consultez le site sur ses activités de Sénateur et sur sa vie : http://www.senat.fr/senateur/grandon_jean89031p.html

Les mots qui me viennent à l’esprit quand je pense à lui sont ceux :

D’une grande délicatesse naturelle

Pour mon entretien d’embauche, le rendez-vous était à 15 h en mairie de Senonches. J’habitais St Malo et avais calculé un délai très large. Mais je ne savais pas qu’il y avait 10 à 20 centimètres de neige sur la route. Après un magnifique tête-à-queue et une visite à un fossé, j’arrivai vers 16 h. Je fus accueilli avec humour et gentillesse. Il m’avait retenu parce qu’il avait eu de bons renseignements sur moi. (J’ai pensé au Chanoine Aubry de Mortagne ou à Mr Le Moigne de St Malo). Plus tard, lors de l’inauguration des Grandes Orgues de la Cathédrale de Chartres, il m’obtint, grâce à son mandat de Conseiller Général, une invitation fort appréciée.

D’un grand respect des personnes

J’étais logé (et chauffé) par la Ville de Senonches dans une maison Phénix à l’orée du bourg pour un loyer d’un montant vraiment symbolique. On aurait pu penser que le Maire pouvait faire appel à moi à n’importe quel moment de la soirée ou du week-end. Il y avait bien entendu les réunions du Conseil Municipal le soir et du bénévolat certains week-ends. Mais je n’ai pas souvenir que pendant mes 7 ans à Senonches le Maire soit venu à la maison ou m’y ait seulement téléphoné une seule fois pour le travail. Il respectait trop la vie familiale et privée.

D’une compétence, d’une habileté et d’une efficacité sans égales

Il l’était pour sa ville et son canton. Il avait une vision d’avenir. La fusion-association de Senonches, La Ville aux Nonains et Tardais au 1er Janvier 1973 fut son oeuvre ainsi que de nombreux regroupements intercommunaux. Le Senonches d’aujourd’hui lui doit certainement beaucoup. Aucun des domaines d’intervention de la municipalité dans une commune de 3466 habitants ne lui était étranger. Urbanisme, développement économique, culture et tourisme, jumelages, enseignement … Il savait ouvrir les portes, débloquer les procédures, obtenir les subventions, faire avancer les dossiers … Il n’était que dévouement et altruisme.

Conseil municipal de Senonches dans les années 1970
avec une pensée émue pour tous ceux qui ne sont plus là

Mais pour progresser dans la carrière, il me fallait partir dans une ville de plus de 5000 habitants. L’opportunité de Ballancourt sur Essonne (5025 habitants) se présenta. Je sollicitai ma mutation que Mr Jean GRANDON m’accorda pour le 1er Mars 1977.

Il me dit que je regretterais peut-être mon choix. Il n’avait pas complètement tort. Bien entendu, ma carrière put se poursuivre à un niveau plus élevé. Mais je ne retrouverai des conditions de travail aussi motivantes que bien des années plus tard.

Ville de Ballancourt-sur-Essonne

Nomination par Mr Jean BOULLE, Maire, Secrétaire général de la Ville de Ballancourt sur Essonne (classée 5 à 10000 habitants) à compter du 1er Mars 1977.

Les services municipaux, peu nombreux, étaient installés
au rez de chaussée du bâtiment.
La salle du Conseil municipal avait été construite au-delà.
Le 1er étage était réservé au logement de fonction du
Secrétaire général.

Ballancourt sur Essonne est un peu le prototype de la ville à la campagne, bordée à l’Ouest par la rivière Essonne (plus de 5 kilomètres de berges) et à l’Est par les coteaux séparant les plateaux de la Brie et de la Beauce. Non loin de la ville, se trouve le Château du Saussay occupé par la famille du Comte Jacques de Bourbon Busset, célèbre diplomate, écrivain et Académicien, dont l’un des fils, le Comte Charles, est, au moment ou ces lignes sont écrites, Maire de la Ville

L’appel de la carrière ne fut pas long à se faire réentendre. Mr Jean BOULLE, Maire, autorisa ma mutation dans une collectivité de catégorie démographique supérieure à compter du 16 Février 1980.

Ville de Couëron

J’avais jeté mon dévolu sur la ville de Couëron qui avait créé un poste de Secrétaire général adjoint surclassé dans la catégorie des villes de 20 à 40000 habitants, chargé des finances, du personnel et de l’informatique.

Mr Jean René MORANDEAU, maire, me nomma sur ce poste avec effet du 16 Février 1980, avec attribution d’un « logement d’instituteur » à La Chabossière. Le Secrétaire général était Alain Pascaud.

Les villes se suivent et ne se ressemblent pas. Avec ses 44 km2 de superficie, Couëron constitue la pointe Nord Ouest de la Communauté urbaine de Nantes métropole. Point de transbordement des armateurs Nantais (Port Launay à gauche), une usine métallurgique y prospéra jusqu’en 1988 (photo de la « Tour à plomb » au milieu). Dans les années 1920, un afflux de travailleurs étrangers, notamment polonais, entraîna la création de cités plus proches de Nantes, La Chabossière par exemple. Un bac (photo de droite) permet la traversée de la Loire jusqu’au Pellerin et aux forges d’Indre, ce qui évite le détour par les ponts de Nantes.

Les souvenirs de mon travail à Couëron sont assez limités. Je me rappelle avoir travaillé à la mairie jusqu’à 3 h du matin pour boucler un budget et avoir été l’objet d’attaques et de manigances malveillantes.
Il faut dire aussi que la commune de Couëron « constitue un secteur difficile où les influences politiques, pourtant à l’intérieur d’un même groupe, ont toujours été discordantes » (dixit un collègue du coin).

Je préfère me rappeler du personnel municipal avec lequel je travaillais. Les intéressés savaient que j’étais en procédure de séparation et de divorce d’avec ma
première épouse et se moquaient gentiment de moi

Photo du service de la comptabilité. Le moustachu du milieu était l’informaticien de la bande. Il se bagarrait avec l’adjoint qui « faisait une fixation sur la climat ».

La séparation étant prononcée et le divorce approchant, je choisis de m’éloigner de Nantes où restaient mon ex-femme et mes deux filles. Le pot de départ de Couëron fut un moment intense grâce à l’intelligence de Robert Morin, le nouveau Maire, et à l’amitié de quasiment tous mes collègues.

Sérieux pendant le discours
Détendu pendant le pot
La carte d’adieu d’une collègue qui se reconnaîtra

Avec les pensions alimentaires et autres joyeusetés de ce genre, je devais viser une grille indiciaire supérieure à celle que j’avais à Couëron.

Il fallait donc chercher soit un poste de Secrétaire général de 20 à 40000 habitants avec avantages annexes, soit un poste de Directeur dans une ville de plus de 40000 habitants.

La Ville de Laval venait de créer d’un coup quatre postes de Directeur. Je tentai ma chance et fus retenu. Mr Robert Morin, maire de Couëron, voulut bien autoriser ma mutation au 1er Novembre 1983.

17 Novembre 2013 et 2 Septembre 2020

La suite de la saga dans la rubrique dans Ma vie professionnelle à la Ville de Laval (1983 – 2002)

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1985 – 2020

Malgré la peine du départ de Maman, il fallut bien que la vie continuât. C’est le 8-8-88 (moyen mnémotechnique involontaire) que je rencontrai Hélène Lemesnager qui allait devenir mon épouse. Elle travaillait à Caen et y habitait. Nous fîmes connaissance à l’Abbatiale Saint Etienne de Caen, quasiment sous la tribune du grand orgue. Hélène n’est pas vraiment musicienne. C’est le hasard qui voulut qu’il en soit ainsi. Je connais quelqu’un qui parlerait du Saint Esprit. Mon regret fut qu’Hélène ne connût pas Maman. Elles se seraient appréciées.

Hélène était native du Teilleul dans la Manche. Ses parents, aujourd’hui décédés, travaillaient dans l’agriculture et avaient fondé une famille nombreuse. Hélène était l’aînée de sept frères et sœurs et comme sa Maman avait été frappée par une grave maladie, elle jouera un peu le rôle de seconde mère.

Lorsque je l’ai rencontrée, Hélène travaillait à France Telecom. Elle avait fait toute sa carrière dans les Postes et Télécommunications. Débutant comme postière, elle gravit les échelons, devint chef de section et, à la faveur des réorganisations de l’époque, fut affectée à la direction régionale des télécommunications de Caen, sur un emploi administratif. J’oeuvrais à la Ville de Laval et ne pouvais pas quitter mon emploi. Pendant un an et demi, nous fîmes le trajet entre Caen et Laval. Nous nous retrouvions aussi bien entendu pendant les vacances. Hélène sut tout de suite se faire adopter par les filles et réciproquement. De toute façon, nées en 1967 et 1969, ces dernières volaient déjà de leurs propres ailes.

Ayant fait rapidement une demande de mutation, Hélène put l’obtenir pour Laval en Décembre 1990. Il était impossible de loger tous nos meubles dans mon appartement de la rue du Britais. Nous avions pris nos précautions et loué une petite maison impasse des rosiers à L’Huisserie à partir de Juin 1990. C’était un quartier calme près du terrain de foot. Marc, le jeune frère d’Hélène, se dévoua pour me déménager de la rue du Britais à L’Huisserie le 3 Août 1990. Sa camionnette avait bien du mal à monter la côte. Merci à Marc et à son fils Lionel.

La nouvelle maison était prête pour accueillir Hélène qui arriva effectivement en Décembre 1990 avec ses camions de déménageurs. Elle sera affectée dans des bureaux d’abord rue de Paradis, puis près de la gare. C’était loin pour elle. Nous achetâmes une maison à Laval, rue Faidherbe.

Nous y emménagerons en Juin 1993 et y resterons jusqu’à la retraite. Le quartier était moins calme qu’à L’Huisserie, mais nous n’eûmes quand même pas à souffrir le martyr, d’autant que nous étions au fond d’une impasse avec des voisins agréables.

Mais entre temps vint le jour du mariage, le 29 Juin 1992. Puisque l’église ne voulait pas de nous, nous nous contentâmes d’un mariage civil dans l’intimité à L’Huisserie. Par contre, le repas de famille fut organisé à Ambrières le Dimanche 5 Juillet, jour de mon anniversaire. Pardon pour ceux qui ne sont pas sur les photos.

Les deux photos prises par un professionnel :

Notre voyage de noces en Crête nous laissa un souvenir impérissable. Vous allez encore subir une galerie de photos. La publicité touristique est entièrement gratuite.

Histoire de la Crète

Selon la légende, Zeus est né en Crète où naquirent ses trois fils dont le roi Minos, fondateur de la Crète. La Crète subit différentes invasions et finalement fut annexée par la Grèce. Elle subit l’occupation allemande. Maintenant les Crétois sont libres. Depuis 40 ans seulement, ils vivent en paix après des siècles d’occupation et de guerre. « Notre terre est rouge de sang. Imprégnée par la souffrance des Crétois qui se sont battus pour leur liberté. La liberté nous est plus chère que la vie  » (Nikos Kanzantzakis).

Géographie

La Crète s’étire d’est en ouest (entre 250 km sur 60 au plus). D’une superficie de 8 400 km² pour plus de 600 000 habitants, c’est la cinquième île de Méditerranée après la Sicile, la Sardaigne, la Corse et Chypre. Son point culminant est le mont Psiloritis (2456 m). Le cap Tripiti sur l’île de Gavdos est le point le plus au sud de l’Europe. Elle compte officiellement 35 000 000 d’oliviers. Elle abrite plusieurs espèces d’animaux uniques au monde et une flore très variée. Le climat de l’île est méditerranéen, l’été chaud et sec, et l’hiver doux. Les lieux touristiques y sont à profusion.

Héraklion était la capitale de l’île depuis l’époque byzantine jusqu’en 1898 et le redevint en 1971. Elle compte actuellement 137 000 habitants. De 1898 à 1971, c’était La Canée qui était la capitale. Nos deux lieux d’hébergement successifs : à gauche, l’hôtel Eliros à Georgioupoli, dans la partie nord-ouest de l’ile, à droite, l’hôtel Elounda Palm à Elounda, dans la partie nord-est de l’île.

Visite de La Canée (55 000 habitants) qui fut pendant 73 ans la capitale de l’île.

Aptera est une ancienne cité de Crête, proche de La Aptera Canée. Fondée vers le 7ème siècle av. J.-C. la ville atteint son apogée à l’époque hellénistique. Elle prospéra pendant les périodes romaine, puis byzantine, mais fut détruite par 2 tremblements de terre, aux 4ème et 7eme siècles, puis par les guerres. La position stratégique du site fut exploitée par les allemands qui se positionnèrent sur le plateau de l’ancienne cité lors de la 2nde guerre mondiale.

Non loin de La Canée et d’Aptéra, à Kiriakosélia, se trouve une magnifique église Agios Nikolaos. Il faut monter à Samonas, s’y renseigner sur l’ouverture de l’église et descendre une piste caillouteuse. L’édifice byzantin, prolongé d’une seconde église, est surélevée d’une coupole et décorée de fresques restaurées.

Le monastère d’Arkadi est un haut lieu du patriotisme Crétois et le symbole du refus de toute ingérence étrangère. L’église à deux nefs, au milieu d’une grande cour, surprend par l’élégance de sa façade Renaissance. Un petit musée remémore l’histoire d’Arkadi. Les moines vaquent aux travaux des champs et vous montreront peut-être le réfectoire, le four et l’emplacement des poudrières dans le monastère.

Matala est une station balnéaire située sur la côte sud non loin de Phaistos. C’est à l’époque néolithique que des grottes furent creusées dans la falaise de la baie. Dans les années 1960, elles servirent de repère aux hippies.

Quelques sites de la côte sud de l’île.

Située sur la côte nord de l’île, entre Heraklion et La Canée, Réthimnon est avec ses 32 000 habitants la 3ème ville de Crête. Elle est le siège d’un évêché orthodoxe et de la faculté de philosophie de l’Université de Crête. Bâtie dans l’Antiquité, elle frappa sa propre monnaie qui figure encore aujourd’hui sur ses armoiries. C’est probablement la ville de Crête qui a le mieux conservé son caractère ancien avec ses vestiges vénitiens et turcs.

A 5 kilomètres d’Heraklion, le site de Knossos accueille le plus important des palais minoens connus. Composé de plus de 1400 constructions dont certaines à étages, il comprenait des habitations, des bâtiments royaux, des sanctuaires, des ateliers, des entrepôts. Son aspect et sa taille en font un endroit incontournable des civilisations européennes archaïques. Mais il semble que sa restauration n’ait pas été un modèle de fidélité.

Quelques souvenirs de la partie est de l’île, autour de la ville d’Agios Nikolaos (20.000 habitants).

Dernière destination de notre périple en Crête : un site dénommé Vaï célèbre pour sa superbe plage bordée de la seule palmeraie naturelle d’Europe. On dit que c’est la plus grande palmeraie de ce continent.

Nous voici de retour en France. Nous allons bientôt déménager rue Faidherbe. Hélène sera en cessation progressive d’activité en Juin 1999, puis en retraite en Septembre 2002. Pour moi, ce sera la cessation anticipée d’activité le 1er Août 2002 et la retraite le 1er Août 2003. Après la vente de notre maison de Laval et l’achat d’une maison à Juvigny sous Andaine proche de Bagnoles de l’Orne et de son orgue, le déménagement intervint en Décembre 2003.

Depuis qu’Hélène et moi nous connaissions, nous avions toujours pris des vacances :

  • 1999 Eygalières,
  • 1990 Font Romeu,
  • 1991 Les Rousses,
  • (1992 La Crête),
  • 1993 Le Cantal,
  • 1994 L’Aude,
  • 1995 Londres et Salies de Béarn,
  • 1996 Alsace,
  • 1997 Saint Bertrand de Comminges,
  • 1998 La Camargue,
  • 1999 et 2000 entre Arles et Nîmes chez le frère d’Élisabeth Guigou,
  • 2001 près d’Aix en Provence.

Depuis que nous sommes arrivée à Juvigny sous Andaine, nous ne nous sommes absentés que trois fois :

  • En 2004, mais ce n’était pas vraiment des vacances pour Hélène puisqu’il s’agissait de l’Académie d’orgue de Romainmôtier (voir dossier « Mes Académies d’Orgue »),
  • En 2009, pour une semaine environ à Marseille,
  • En 2011, pour une semaine à Castillon du Gard. Au reste, nous avons conservé de Marseille, pourtant si décriée, de bons souvenirs et quelques photos.

A Juvigny sous Andaine, Hélène s’occupe sans relâche de la grande maison où nous habitons. L’extérieur est aussi son domaine : la pelouse et le jardin.

Mais autour de la maison, d’autres occupants disputent les lieux, ils ont 4 pattes et sont de la famille des félidés.

Il y en eut trop de chats pour qu’on vous les montre tous. Hélène en prit certains en affection toute particulière. A gauche, un petit tout blanc « Quiquin » que des enfants avaient apporté à Hélène qui l’avait d’abord refusé, ayant déjà à l’époque d’autres chatons. Mais comme par hasard il se retrouva le lendemain à la porte de la maison, tout trempé et ébouriffé. Inutile de vous dire qu’il fut choyé et dorloté. Malheureusement, il se fit écraser sur la route de Bagnoles à Juvigny un an et demi plus tard. A droite, une chatte adorable qui vint à la maison quelques temps après notre arrivée. Elle avait un collier rouge et devait donc avoir des maîtres. Mais nous ne les trouvâmes pas et la chatte adopta la maison. A tel point qu’elle fit 5 adorables petits chatons que nous donnâmes sans difficultés. Elle est partie un soir, fatiguée sans doute par la vie, après être venue dire au revoir à Hélène.

Pour en finir avec les chats sur une note moins triste, voici les 5 chenapans et leur mère.

Le fait d’être une maîtresse de maison parfaite n’empêche pas Hélène de m’aider dans mes activités. Quand je joue de l’orgue à la messe, elle m’est indispensable. Le rétroviseur à disposition de l’organiste ne suffit pas à ma vue basse. Elle me dit ce qui se passe dans le chœur, si le prêtre reste assis ou est à l’autel, si la communion en est à la moitié ou à la fin, si l’animatrice est prête à chanter … Pour les concerts organisés par l’association des Amis de l’Orgue, elle met en place avec le concours de la Ville les affiches les annonçant et vend souvent les programmes ou organise la collecte pendant les concerts.

Quant à moi, je continuerai à peaufiner le site qui n’est pas encore complet et qui, de toute façon, doit toujours être tenu à jour. Mais surtout, j’attaquerai le travail de bénédictin que représente la constitution du fichier informatisé de mes 17 mètres linéaires de partitions de musique d’orgue, sans parler des livres, CD, etc …

Ad multos annos !

JeanClaude Duval, le 29 août 2013 et le 2 Septembre 2020

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1966 – 1985

Pendant mon temps de service à St Malo, je rencontrai à l’orgue de la Cathédrale celle qui allait devenir ma première femme, Nicole Arvoie (au Mont St Michel le 28-1-1966).

Le Père Roullin m’avait trouvé un travail à l’école Bignon de Mortagne au Perche à partir du 1er Janvier 1966. Un prêtre de l’école me prêtait sa 4L, plein fait, tous les 8 ou 15 jours pour faire le trajet Mortagne – Saint Malo. Merci encore à cet homme d’église si généreux.

Ce qui devait arriver arriva. Le mariage eut lieu le 4 Juillet 1966. Après la séparation et le divorce, je ne conservai aucune photographie de la cérémonie. J’ai retrouvé celle-ci, à gauche, dans un album de Maman.

On y voit Maman à côté du père de la mariée et de sa grand-mère. Je suis heureux de rendre hommage au Papy. Il fut toujours pour Maman d’une extrême délicatesse, alla la chercher pour le mariage, nous organisa le voyage de noces à l’île Cézembre …

J’en profite pour remercier aussi Guy Robineau, juste au dessus à une date plus récente. Ce fut un ami fidèle, toujours partant pour servir de témoin au mariage, puis de parrain aux baptêmes qui suivirent.

En effet, deux filles naquirent de ce mariage : Christine née le 4 Février 1967 à Paramé et Françoise née le 17 Octobre 1969 à Saint Malo. Comme je l’ai déjà dit, je ne me sens pas le droit de raconter leurs vies, non plus que celle de mon ex-femme. C’est à elles de le faire si elles le souhaitent. Juste quelques photos souvenirs.

Le mariage avec mon ex-femme et mes filles se poursuivit sur mes périodes professionnelles de St Malo, Senonches, Ballancourt sur Essonne et en partie Couéron (cf. le dossier « Fonctionnaire territorial »). Ce fut là le commencement de la fin. Ma femme qui devait venir en vacances à Font-Romeu se décommanda la veille du départ, et une fois arrivé sur place, je reçus une lettre recommandée demandant le divorce. Heureusement que les filles étaient avec moi, je ne sais pas quelle idée aurait pu me passer par la tête. Et pendant notre mois d’absence, elle avait déménagé tout ce qu’elle avait voulu. Comme par hasard, c’est à ce moment-là que disparut un rasoir doré (en laiton sans doute) qui était le seul souvenir de mon père que m’avait donné Maman.

L’idée du divorce ne figurait pas dans la panoplie de mes considérations mentales. C’était une question de culture. Chez les Duval, on ne divorce pas ! Comme m’écrivait ma pauvre mère :

Le divorce, c’est la misère !

Sur le plan religieux, le Père Alexandre Letellier, qui faisait partie de la commission interrégionale d’annulation des mariages religieux, m’avait assuré qu’il se faisait fort d’obtenir, compte tenu de ce que j’avais vécu, l’annulation du mien. Mais je m’y refusai. J’avais peut-être fait une bêtise qui pouvait être effacée. Mais mes deux filles étaient nées. Je ne voulais absolument pas leur donner l’impression de les abandonner. J’assumai sans regret quelques puissent être les conséquences pour l’avenir.

La séparation de corps fut prononcée par jugement du 7 Septembre 1982 et transformée en divorce par jugement du 25 Mars 1987.

C’est en 1983 que je partis pour Laval, 1 rue du Britais, comme je l’ai raconté dans le dossier « Fonctionnaire territorial ». Je ne saurai jamais assez rendre grâce à Madame Rocher, propriétaire d’un immeuble tout proche du centre ville, de m’avoir accepté avec ma chienne Roxane (qui avait été achetée en cadeau pour une de mes filles, mais dont mon ex-femme ne voulait pas s’encombrer) alors qu’elle s’était jurée de ne jamais louer à quelqu’un qui avait un animal, à cause de la saleté que cela pouvait engendrer.

Comme je l’ai souvent dit, ce n’est pas moi qui promenais Roxane, c’était elle qui me sortait. Nous courions dans les parcs de la périphérie de Nantes. Je faisais alors 40 kilos de moins qu’aujourd’hui. Photos souvenirs.

La petite femelle sable fut adoptée par Christine, mais se fit malheureusement écraser. Les boulevards de Nantes ne sont pas tendres pour ces petits animaux. Le petit mâle noir fut donné à des voisins de Laval qui avaient été séduits par les photos que j’avais mises chez les vétérinaires. Quelque temps après, Christine et moi étions retournés chez ces gens pour le voir. Ils avaient eu peur qu’on vienne le reprendre. Mais apparemment, il se portait bien et avait l’air heureux.

Quant à Roxane, elle finit ses jours quelques années plus tard, victime de grosseurs inopérables aux mamelles. Il fallut la faire piquer. Ce fut un crève-cœur de la voir, le midi, se mettre entre Hélène (ma femme actuelle) et moi. C’était comme pour nous dire « au revoir » et rester avec nous le plus longtemps possible.

Pendant ce temps, Maman était toujours au Centre Psychothérapique d’Alençon. Ceux qui s’occupaient d’elle avaient eu l’intelligence de profiter de ses dons de brodeuse, au titre de l’ergothérapie. Elle put ainsi continuer jusqu’à la fin, ou presque, à faire ce qui avait été toute sa vie. Deux photos d’elle au Centre.

Trois autres photos à son métier de brodeuse de « point de Beauvais »

Mais au fait, savez-vous ce qu’est le point de Beauvais ? C’est un peu technique pour moi. Je vous renvoie au blog très complet :

http://broderie-infinie.blogspot.fr/2008/11/le-point-de-beauvais.html

« Il faut des mois d’exercice pour arriver à manier le crochet à la perfection… Le point de Beauvais est un point de chaînette très petit, plutôt rond, exécuté dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, le crochet étant lui aussi tourné dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Il faut également maîtriser le point d’arrêt du Beauvais qui, pour un bon rendu de la broderie, est constamment utilisé. En fait le point de Beauvais est un simple petit point de chaînette derrière lequel se cache une technique extrêmement codifiée ! »

Ce point connaît une très grande vogue au 18ème siècle. Madame de Pompadour lui donnera même son nom. En 1843, Margueritte Boulard reprend une entreprise de lingerie à Bourg-le-Roi, dans la Sarthe. Une industrie de broderie d’art au crochet voit le jour et contribue pendant 125 ans à la prospérité du lieu. Au début du XXe siècle, cette broderie, sous l’influence des tapissiers parisiens, prend le nom de « point de Beauvais » jugé plus commercial. A Bourg-le-Roi, l’atelier a compté jusqu’à 60 ouvrières. Des dizaines travaillent à domicile. L’Exposition Universelle de 1900 fût un triomphe. L’aventure s’est arrêtée en 1968, faute de repreneur. Aujourd’hui, quelques ouvrières continuent la tradition. Un Musée de la Broderie rappelle le passé.

Comment ne pas vous faire apprécier de visu ce qu’était cette broderie ? Voici quelques pièces de Maman.

Mais Maman nous fit une bien mauvaise surprise le 24 Décembre 1985. Exceptionnellement, les filles étaient avec moi pour Noël. Le 23 Décembre, je décidai tout d’un coup d’aller la voir sans prévenir. Ce n’était absolument pas dans mes habitudes. En principe, je téléphonais toujours avant. Lorsque nous arrivâmes à l’hôpital, on nous fit attendre, ce qui ne m’inquiéta point puisque nous n’avions pas prévenu. Quand Maman arriva, elle s’assit à la place avant droite de la voiture, mais ne voulut pas aller se promener un peu, contrairement à ce que nous faisions d’habitude. L’entrevue fut assez brève, elle nous quitta rapidement, et même en courant. Je mis cela sur le compte d’un embarras gastrique.

Et le lendemain ou le surlendemain, le Directeur général des services de la Ville de Laval et le chef de bureau qui travaillait avec moi dans la Direction des ressources humaines vinrent me prévenir que Maman était décédée le 24 Décembre 1985 à 1 heure. Je ne pus même pas les faire entrer à la maison tant ce devait être un capharnaüm avec les filles et le chien, d’autant que ce n’était pas très grand. Mais je pense qu’ils ne m’en tinrent pas rancune.

Heureusement qu’une fois de plus, les filles étaient avec moi pour me faire passer ce cap oh combien douloureux. Leur seule présence était pour moi d’un grand réconfort.

En y repensant, je suppose que Maman sentait qu’elle allait partir et qu’elle n’avait surtout pas voulu nous en donner le spectacle. Mon impression est qu’il pouvait s’agir d’un problème cardiaque et qu’elle savait bien quand ça n’allait pas.

La messe des obsèques fut célébrée à la chapelle du Centre psychothérapique par le Père Jean du Mesnil du Buisson qui en était devenu l’aumônier après une vie bien remplie. Il a écrit les souvenirs de sa vie. J’essaierai de me les procurer. L’ami Robineau s’était dérangé pour tenir l’harmonium qui ne devait pas si bien résonner d’habitude !

Deux lettres très émouvantes datant des derniers jours de la vie de Maman :

La lettre de voeux que m’envoya Maman le 19 Décembre.
Manifestement, l’écriture est très fébrile et tourmentée.
Et l’insistance à embrasser les enfants et à m’embrasser très fort particulièrement émouvante.
La réponse à ses vœux que le Père Letellier
adressa à Maman en lui souhaitant une grande
paix intérieure. Vœu oh combien exaucé !

La suite de la saga se trouve dans la rubrique Ma vie personnelle et familiale de 1986 à 2020.

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1943-1965

Dans cette rubrique, je parlerai notamment de la vie que j’ai connue avec Maman. J’évoquerai aussi les deux familles que j’ai fondées, mais je resterai discret n’étant plus le seul concerné. Si leurs membres veulent raconter leurs vies, y compris mes filles, ce n’est pas à moi de le faire à leur place.

C’est un besoin pour moi de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis par la vie. Si vous trouvez la chose indécente, je le comprends fort bien et ne vous en tiens aucune rancune. Passez sans état d’âme aux autres rubriques.

Voici tout d’abord mon acte de naissance. Remarquez la signature de la déclarante. Il s’agit de Marie Hamon, sage femme, grand mère de Jacques et Paul Hamon, anciens condiciples. Remarquez aussi l’adresse de Maman : 26 rue de la mairie. Cette rue est maintenant rebaptisée « rue du val noble ». Ils ont dû savoir que j’y avais habité. Suis-je drôle, n’est-il pas ?

5 juillet d’après Wikipédia

5 Juillet 1943 période de guerre

Le 21 Juin 1943, des résistants sont arrêtés à Caluire par la Gestapo. Jean Moulin, torturé lors de ses interrogatoires mourra, probablement le 8 Juillet, pendant son transfert vers Berlin.
La Feldkommandantur d’Alençon fonctionne à peu près comme la justice française jusqu’à ce que la Gestapo arrive au cours de l’été 1943 et fasse exécuter tous les résistants arrêtés. Pendant l’occupation, 38 personnes au moins auront été condamnées à mort.
Les premiers bombardements sur Alençon furent le fait des allemands. Le 14 Juin 1940, la gare est prise pour cible. 12 avions y lâche 60 à 80 bombes qui détruisent le bâtiment et font 31 victimes.
Le 30 Avril 1944, le Préfet de l’Orne note que la recrudescence des bombardements sur les axes de communication laisse augurer d’un débarquement allié. Le 21 Mai quelques avions attaquent la gare.
Du 6 Juin au 11 Août 1944, Alençon subit une vingtaine de bombardements faisant près de 200 victimes. Le centre ville est moins touché que la périphérie : la gare plusieurs fois, Courteille également …
La Croix Rouge et la défense passive jouent un rôle important près des habitants et plusieurs membres sont victimes du devoir.
La ville d’Alençon, libérée par les troupes du Général Leclerc le 12 Août 1944, sera citée à l’ordre de l’Armée avec attribution de la Croix de guerre.

Petite enfance

Ma petite enfance en Alençon, jusque vers mes 12 ans, s’est polarisée autour de deux lieux principaux :

  1. Le 26 rue de la Mairie, en face de la rue des granges, où demeurait alors l’abbé Jean Esnault, et point trop éloigné de l’église Notre Dame,
  2. Place Marguerite de Lorraine, en face de l’église Saint Léonard et surtout très proche du Carmel, qui eut une grande importance pour moi, et tout particulièrement son chapelain de l’époque, le Chanoine Roncin, (voir « Mes professeurs de musique »).

Du 26 rue de la mairie, il ne me reste que des souvenirs épars que je trouve d’autant plus nécessaire de noter.
Nous habitions une petite maisonnette située dans une rangée de constructions d’un même style indéterminable qui a été démolie au profit de la construction des immeubles à balcons verts que vous voyez sur la photo.

Il parait que j’étais un beau bébé. Je vous laisse juge. En tout cas je ne semblais pas mourir de faim. A l’époque, les appareils photo de qualité n’étaient pas encore abordables financièrement. On faisait donc appel aux photographes professionnels.

En voici une autre du même genre de Décembre 1946. J’étais-t-y pas beau avec mes frisettes ? Une vraie fille !

Revenons aux choses sérieuses. Je fus baptisé le 21 Juillet 1945 après avoir été ondoyé le 11 Septembre 1943. Il faut croire que la rue de la mairie faisait partie de la paroisse Saint Léonard.

Maman m’apprit certainement mes prières et m’enrôla pour jeter des fleurs le jour de la Fête-Dieu. Au vu de cette photo, je me souviens qu’en effet la scène se passait non loin de l’église Saint Léonard

Deux chocs émotionnels forts me restent de cette prime enfance, ma mémoire ne les a jamais effacés :

J’étais assis sur un petit banc sur le trottoir de la rue de la mairie. Un coup de tonnerre très fort et très brusque survint alors que rien ne le laissait prévoir. Ni éclair, ni grondement dans le ciel, ni gros nuage noir. Maman accourut pour me rentrer à la maison. J’avais été bien choqué et resterai toute ma vie allergique au bruit (sauf de l’orgue, of course).

A l’époque, je couchais encore dans le même lit que Maman. Un soir, avant de nous endormir, nous nous disions des petits noms d’oiseaux. Sans le savoir, j’en utilisais un dont j’appris par la suite qu’il pouvait avoir une connotation très désobligeante. Maman le prit très mal, me demanda si c’étaient mes camarades qui m’avaient dit cela d’elle et me fit coucher dans la pièce à côté où je ne dormis pas de la nuit. Première expérience des difficultés de communication entre les hommes (?) et les femmes !

Autre souvenir de cette époque, l’église Notre Dame. N’ayant pas encore rencontré le Chanoine Stanislas Roncin et jamais mis les doigts sur un clavier, je ne m’essayais pas alors aux orgues. Mais j’aidais le brave sacristain, Mr Lebrun, à entretenir l’église. J’essuyais souvent les stalles qui formaient l’arrière chœur. Plus tard, il me laissera jouer le petit clavier qui commandait les cloches pour l’Angelus.

Nous voila indirectement revenus à la musique.
Maman fut certainement la première à déceler chez moi une prédilection pour cet art.

Je suis persuadé, mais peut-être affabule-je, qu’elle m’avait emmené écouter Marcel Dupré à l’inauguration de l’orgue de Notre Dame le 23 Avril 1950, après sa réfection (bien incomplète) par la maison Merklin de Lyon. J’ai conservé une brochure publicitaire « La voix des orgues » éditée par cet établissement et qui mentionnait dans ses dernières réalisations l’orgue de la « Cathédrale Notre-Dame » d’Alençon.

Maman chantait parfois des chansons. Je crois me souvenir des « Roses blanches » qui ont du faire pleurer dans bien des chaumières. Évidemment, elle m’apprenait plutôt des chansons enfantines.

Elle m’avait fabriqué un instrument de musique rudimentaire consistant en des élastiques tendus sur un plumier. Peu après, elle m’acheta une cithare où l’on pouvait jouer sans connaître la musique. Vous la voyez sur la photo ci-dessous. Elle m’avait aussi pourvu d’une flûte à bec.

Quand je fus plus grand, elle se priva pour me payer une guitare avec laquelle je m’accompagnais chantant le Père Duval ou des chansons profanes à la mode, voire des negro-spirituals. Mais le public n’était pas là et je reconnais que les cordes pincées pâtirent de ma prédilection pour les tuyaux.

Je dois dire que d’une façon générale Maman m’a quasiment tout appris des matières scolaires de base avant que je n’aille à l’école. Quand j’y suis arrivé, je savais déjà lire et compter. Je n’admettais pas la démonstration du directeur de l’école Poisson sur la façon de se rappeler le nombre de jours des mois. En mettant les mains côte à côte, je voyais toujours un trou entre Juillet et Août. L’expérience avec cet établissement tourna court.

Revers de la médaille, je n’avais pratiquement pas de contact avec des camarades de mon âge. Je me souviens être allé jouer (avec qui ?) chez le Docteur Mutricy, peut-être une ou deux fois. Plusieurs fois, je suis allé aussi chez le Docteur Spillman, rue de Bretagne, non seulement pour soigner mes otites, mais aussi pour jouer avec ses enfants que je rencontrais aussi par ailleurs, me semble-t-il.

Au bout de la rue des granges, il y avait un brocanteur où j’allais emporter des vieux journaux et « Coeurs Vaillants » pour récupérer quelques pièces. Non loin de là demeurait une femme de bien, qui s’appelait Zanotti, et qui proposa à Maman que j’aille jouer avec sa fille « Françoise » (je crois). Je ne sais plus à quelles sortes de jeux nous avons pu nous adonner, mais rien de compromettant en tout cas. Toujours est-il que l’expérience finit aussi assez rapidement.

Inutile de préciser que ce n’est pas quand je serai plus tard aux séminaires de Séez, que je pourrai rattraper mon retard de contacts avec la gent féminine autre que ma mère et les religieuses de La Chapelle près Séez.

Je suis incapable de dater précisément le moment où nous allâmes habiter en face de l’église Saint Léonard, place Marguerite de Lorraine.
Je ne suis pas certain non plus d’identifier sans aucun doute la maison dans laquelle nous demeurions. Il n’y avait pas alors toutes les devantures d’aujourd’hui. J’opterais pour l’immeuble le plus haut, dans l’un de ses trois étages, en tout cas pas le rez de chaussée.

Adolescence

Cette période coïncida vraisemblablement avec celle de mon admission à l’école Saint François de Sales. J’ai conservé 2 photos de classe.

De l’école Saint François de Sales, je ne garde guère que le souvenir des jeux de billes un peu canailles auxquels se livraient certains de mes condisciples pendant les récréations. Il faut dire qu’il ne fallait pas grand-chose en ce temps là pour m’offusquer. Même le jeu préféré qui consistait à répéter le plus vite possible « Pruneaux cuits, pruneaux crus » me scandalisait. Voyez le niveau de candeur !

L’annuaire des anciens élèves publié en mars 1987 ne comprend malheureusement aucun repère quant aux dates de scolarité. Les seuls noms qui me parlent encore : Marc Bernier, Xavier Bidard, Jean-Yves Gaubert, Loïc Gicquel des Touches, Jean-Yves Jego, Mgr Roger Johan, Christian Louatron, Pierre Marpaud, Luc Meyer, Robert Ruffray, Olivier Théon, Guy Villette. Ce n’étaient pas les mêmes générations.

L’été 1953 constitua sûrement un tournant important dans la vie de Maman et dans la mienne. Des prêtres dont je ne suis pas certain de l’identité (mais je pense fortement à Jean Esnault, peut-être Paul Queinnec ?) durent la convaincre qu’il serait bon pour moi que je sorte un peu de ses jupes, pour parler trivialement.

C’est ainsi que je fus inscrit au pré séminaire de La Chapelle près Séez pour les deux années correspondant à la 7ème et la 6ème. Compte tenu de ce que je vais dire ensuite, j’ai presque honte de dire que ce furent pour moi dans cette nouvelle « école » des années heureuses.

Je trouvais des camarades qui, s’ils se moquaient un peu de mes blouses bleues et de mes éternelles culottes courtes, le faisaient gentiment. En Juin, aux jours les plus longs, nous faisions des parties de volley jusqu’à 11 h. du soir. Je m’entendais très bien avec le Père Alexandre Letellier. Et puis, je retrouvais Maman pour toutes les vacances scolaires. Elle venait me voir aussi de temps en temps. Quelques photos souvenirs.

Classes des abbés Albert Lévêque, Directeur, et Alexandre Letellier
Classe de l’abbé Léon Roussel

Le Père Alexandre Letellier nous faisait jouer des petites scènes pieuses.
Je me rappelais celle du martyr de Saint Tarcisius. Mais ma mémoire voulait que ce soit moi qui ai joué le rôle clé. Hélas, cette photo me ramène à la réalité. Je suis désolé d’avoir oublié le nom du camarade qui jouait Tarcisius.

Ci-dessous, l’image rappelant la vie du Père Lévêque.
J’ignorais qu’après La Chapelle près Séez, il avait été Supérieur du petit séminaire de Flers.

Si au pré séminaire tout se passait bien pour moi, j’ai le sentiment qu’à Alençon il n’en était pas de même pour Maman. Nous n’avions jamais été séparés et elle devait se trouver dans une immense solitude.

Elle habitait encore place Marguerite de Lorraine. Je suppose qu’elle se réfugiait chez les sœurs du Carmel tout proche

J’ai déjà raconté qu’elle m’avait fait servir la messe au Chanoine Stanislas Roncin, qui me mit le premier les doigts sur un harmonium (voir « Mes professeurs de musique« ), mais elle m’emmenait aussi chanter des petits Noëls au parloir des religieuses. Je me souviens du « Petit Jésus, Sauveur adorable ». La Sœur Supérieure m’écrivait en 2010 que quelques religieuses âgées se souvenaient encore de moi. Elles sont maintenant parties, mais l’une d’elles me donna une image souvenir du jubilé de rubis du Chanoine.

La lettre que ma grand-mère avait adressée à Maman le 7 Mai 1954 est particulièrement émouvante pour moi. C’est la seule que je retrouvai dans ses affaires après sa mort. Comme si elle voulait rester sûre que sa mère l’aimait et pensait à elle. J’étais parti au pré séminaire en Septembre 1953. Moins d’un an plus tard, elle s’isolait manifestement de plus en plus.

Les sœurs du Carmel la soutinrent le plus possible, allant jusqu’à faire les images de ma communion et organiser le repas, en tout petit comité, le jour de la fête.

Image souvenir de ma communion
Photo de communiant

Mais le plus difficile pour Maman restait malheureusement à venir, la période du petit séminaire de Séez.

On trouvera ici la photo des petits séminaristes de Séez et de leurs professeurs, ma première année, 1955-1956.

Avec l’identification des personnages, due je crois au Père Jean du Mesnil du Buisson, oh combien précieuse !

Je mentionne tout de suite les professeurs que j’ai eus ensuite et qui ne figurent pas sur la photo précédente.

Si ce n’était l’état de santé de Maman, j’y reviendrai par la suite, mes premières années au Petit Séminaire de Séez furent assez heureuses. Les résultats scolaires étaient satisfaisants. En 1958 BEPC, en 1959 3ème mention de version grecque au concours général de l’Institut Catholique de Paris, à tel point que mon front était parfois comme illuminé d’un éclair d’intelligence sous le regard sombre et dubitatif d’un condisciple méfiant (Lucien Gautier, n’est-il pas ?).

Par contre, du côté sportif, c’était beaucoup moins performant. Jamais de ma vie je ne suis arrivé à monter jusqu’en haut d’une corde à nœuds, ni à lancer le poids à plus de 3 mètres … Seule la course de vitesse me convenait. On avait essayé de m’enrôler dans l’équipe de foot qui s’entraînait près du pont de chemin de fer, route d’Argentan, mais n’ayant jamais compris ce qu’était un hors jeu, je me réfugiai vite fait dans un arbre et me laissai aller sans doute à quelques rêveries.

Encore quelques souvenirs de nos chers professeurs, hier ou aujourd’hui.

Le Père Paul Ipcar dirigeant la chorale, mon premier « directeur de conscience »

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du petit séminaire de Sées et aux souvenirs de ses anciens, je signale l’existence de l’Association des « Anciens du Petit Séminaire de Sées ».

Le Président en est Jean-Yves Jégo, 02 33 26 94 03,

dont le mail est jego.jean-yves@wanadoo.fr ,

et la mémoire vivante en était le Père Joseph Courteille qui est décédé le 19 Août 2020 et dont la messe de funérailles a été célébrée à Mantilly par Monseigneur Habert, évêque de Séez, le 24 Août 2020.

A l’occasion du Centenaire (1913 – 2013), un DVD double (de 4 Go chacun environ) a été édité.
Pour se le procurer, contacter Jean-Yves Jégo, Président (coordonnées ci-dessus).

Et pendant ce temps-là, Maman se morfondait à Alençon.

Je m’étais toujours demandé pourquoi lorsque je rencontrais des condisciples du petit séminaire, la plupart me disaient qu’ils se rappelaient quand Maman venait me voir. Et pourquoi, me disais-je, les autres parents ne venaient-ils pas voir leur progéniture ? L’explication pourtant évidente me fut donnée par Paul Moulin.
Nous ne retournions dans nos familles que pendant les vacances scolaires. Je ne sais pas pourquoi ma mémoire avait effacé ce « détail » de l’histoire. Entre Alençon et Séez, il y avait le train alors que les autres familles n’avaient pas cet avantage pour se déplacer. Maman utilisait donc la SNCF pour venir me voir de temps en temps. Elle se trouve sur la photo ci-contre (prise sans doute à une date plus tardive en raison de ma taille et de son expression méfiante et craintive).

À une époque, elle m’avait acheté un solex bleu et je faisais les 23 kilomètres qui séparent les deux villes. Je me rappelle d’un allez Sées/Alençon particulièrement épique. Il avait fortement neigé. La route était complètement verglacée. Heureusement, je ne me souviens pas avoir rencontré un seul véhicule, ce qui d’ailleurs n’était pas forcément rassurant pour le cas où il me serait arrivé quelque chose. Je me rappelle que dans la descente de la côte de Saint Gervais du Perron (alors sans déviation), ça louvoyait grave et je n’en menais pas large. C’est sans doute à la suite de cet épisode que le solex bleu disparut de mon existence.

À partir de 1957 environ, Maman avait commencé une série d’errances répétées.

Elle quitta Alençon pour Écouché. La photo ci-dessous est prise au fond du jardin. Je ne serais pas étonné que ce soit par l’entremise du Père Alexandre Letellier qu’elle ait trouvé cette petite location rue Dodemans. Il avait, je crois, de la famille dans cette cité. Je me rappelle qu’il vint nous voir et que nous prîmes quelques photos. Je me souviens aussi avoir connu dans l’église paroissiale d’Écouché la honte de ma vie. Il y avait des vêpres le Dimanche après midi. Le curé m’avait affublé d’une aube et embauché pour l’assister dans la cérémonie. Je frimais du haut de ma grandeur, jouant quasiment le maître de cérémonie. Mais le veau que Maman avait fait rôtir dans son jus pour le repas du midi se rappela de façon fulgurante à mon intestin et je fus obligé de battre rapidement en retraite. Je ne crois pas avoir eu l’occasion de pavaner à nouveau dans cette église !

Ensuite Maman s’embarqua dans des changements très fréquents de lieux de vie, et toujours autant que je m’en souvienne, dans des presbytères. Faisait-elle fonction d’aide au prêtre pour arrondir ses fins de mois, ou même seulement bénéficier d’un logement gratuit ? L’évêché n’a pas d’archives à ce sujet.

Je peux citer Les Tourailles où il y avait un orgue qui fonctionnait plus ou moins bien, un bourg dans le Houlme, mais je ne sais plus lequel exactement, et aussi la paroisse Sainte Thérèse de Caen, dont le curé était alors l’abbé Ernest Villain, facteur d’orgues amateur, qui laissait traîner des tuyaux à la tribune de son église et qui selon la toile avait construit plusieurs instruments dans la région. A noter que lorsque Emmanuel Foyer avait dit à ses parents qu’il voulait devenir facteur d’orgues, ceux-ci l’avaient envoyé en stage chez l’abbé Villain. Heureusement pour lui, il a fait son chemin depuis et est devenu un facteur d’orgues hautement reconnu et grandement apprécié de tous.

En 1958, je crois, Maman revint habiter à Alençon. Elle loua le premier étage de la maison ci-contre à l’angle Ouest de la rue Cazault et du boulevard Lenoir-Dufresne.

En Juillet 1959, au sortir de la classe de seconde, j’avais été envoyé comme moniteur à la colonie de vacances organisée à Saint Gervais les Bains, au pied du Mont Blanc, par le Chanoine Jehan Revert, maître de chapelle de Notre Dame de Paris et directeur de la Maîtrise et de son école.
Au retour de cette colonie, me réjouissant de revoir Maman, je fus accueilli par la propriétaire de la maison qui me dit en substance : « Mon pauvre petit, votre Maman a essayé de se suicider, elle est montée sur le toit et voulait se lancer dans le vide. Les pompiers ont réussi à l’en empêcher. Elle a été emmenée à l’asile psychiatrique. Vous pouvez aller voir la religieuse directrice de l’établissement ».

Le Centre psychothérapique d’Alençon, comme on dit maintenant, avait été fondé par Soeur Anne Marie Javouhey. Cette sainte femme, née en 1779, s’était consacrée à Dieu lors d’une messe clandestine en pleine révolution. En 1807, elle avait fondé à Chalon sur Saône une congrégation placée sous le patronage de Saint Joseph pour s’occuper des enfants pauvres. Elle s’installa ensuite à Cluny dans un ancien monastère racheté par son père. Avant de partir en Guyane en 1828, elle passa par Alençon et fut frappée par le triste état du « dépôt de mendicité ». Les malheureux privés de l’usage de la raison étaient laissés par leurs concitoyens dans un état d’abjection n’ayant presque plus rien d’humain. Elle réorganisera le « centre de mendicité » qui deviendra le Centre psychothérapique. Elle reviendra en métropole en 1833, mourra à Paris en 1851 et sera béatifiée par Pie XII en 1950. Depuis 1951, une rue d’Alençon porte son nom.

3 000 sœurs de sa congrégation sont encore actives sur les 5 continents.

La Mère Supérieure de l’hôpital psychiatrique me reçut fort gentiment. Elle m’informa sur l’état de santé de Maman. Je n’étais évidemment pas en mesure de bien comprendre et réaliser la situation. Il fut question d’électrochocs et de psychotropes, qu’on devait appeler autrement à l’époque. S’agissant des électrochocs, leur technique s’est beaucoup améliorée depuis quelques années et l’IRM a même permis de constater de visu leurs effets dans le cerveau. Quant aux psychotropes, surtout lorsqu’ils étaient employés à haute dose, ils visaient à modifier l’activité mentale.

Elle m’indiqua aussi les dispositions pratiques qui avaient été prises pour ce qui me concernait personnellement. Je ne suis pas d’accord avec l’église catholique sur certains points, et notamment sur sa rigidité par rapport aux célibataires épousant des hommes divorcés et qui se trouvent manu militari écartées des sacrements. Mais je lui reconnais la richesse de l’éducation que j’ai reçue, même si elle comportait là aussi certaines tares. Cependant les professeurs des séminaires étaient quasiment toujours des gens plus qu’honorables. Par contre, je ne serai jamais assez dithyrambique sur l’humanité, la charité, la bienveillance, la solidarité, dont les représentants de l’église ont fait preuve à mon égard dans les moments difficiles que j’ai connus lors de l’hospitalisation de Maman. Je pense tout d’abord aux sœurs de la congrégation Anne Marie Javouhey et en particulier à leur Supérieure. Lorsqu’il le fallut les meubles de Maman furent entreposés dans un garde-meuble, je crois que c’était rue Eugène Lecointre. Sensation particulière de ne plus avoir ni mère (provisoirement), ni chez soi ! Je pense aussi aux prêtres du séminaire qui s’occupèrent de moi pendant les vacances :

  • Le Père Trottier qui essaya, mais sans grand succès je crois, de me faire nettoyer les vitres du dortoir,
  • Le Père Bignon qui m’emmena à un mariage à Sainte Gauburge pour jouer de l’orgue (le « Carillon » de Vierne !) et à l’inhumation d’un très proche parent du Père Jean du Mesnil du Buisson,
  • Ceux dont je ne connais même pas l’identité qui m’organisèrent des séjours à La Chapelle Montligeon (je me rappelle surtout d’un prêtre savant qui m’initiait au billard) ou au presbytère de La Ferté Macé (je me souviens très bien que j’allais jouer de l’orgue et qu’il y avait à la tribune des partitions d’une dame Graslin).

Pardon pour tous ceux que j’ignore ou que j’oublie. Merci à tous ceux qui m’ont aidé dans ces jours difficiles.

Entrée au Centre Psychothérapique d’Alençon en Juillet 1959, Maman en ressortit en Juin 1960.

En Septembre 1960, j’entrai en classe de terminale avec le Père Michel Davoust en philosophie. Celui-ci décela rapidement que je n’allais pas très bien et conseilla au Père Peigney, Supérieur du séminaire, de me faire rencontrer à Paris un disciple de Jung. Ils tenaient beaucoup apparemment à cette filiation.

Carl Gustav Jung

Malheureusement, cela ne suffira pas pour me faire réussir le baccalauréat où j’échouai lamentablement, même après rattrapage et au grand dam du Père Michel Davoust. A l’époque, je culpabilisais en attribuant cet échec à mon manque d’application ou à mes émois d’adolescent. Ce n’est qu’en écrivant ces lignes que je réalise combien je pouvais aussi être éprouvé par l’adversité qui me tombait sur le dos.

Maman était fondamentalement très croyante. Je suppose que c’est pendant l’été 1960 que nous allâmes faire un pèlerinage à Lourdes. Ce fut évidemment pour moi une découverte, sans pour autant constituer une véritable illumination ! Ce mélange de piété et de fric me révulsait plutôt. Bien entendu, je fis sans doute maintes prières pour que Maman retrouve la santé. Il me semble même qu’elle manifesta l’intention de faire le chemin de croix, mais je ne suis pas certain qu’elle le gravit effectivement.

Les grâces que l’on demande ne sont pas toujours celles qu’on obtient. J’ai l’impression qu’elle retrouva une certaine sérénité. Mais de guérison radicale, malheureusement pas.

Lorsqu’elle était sortie de l’hôpital en Juin 1960, les Sœurs d’Anne Marie Javouhey avaient fait revenir les meubles de Maman dans une maison qui fait l’angle de la rue Jullien et de la rue Anne Marie Javouhey. L’aumônier de l’hôpital occupait le rez de chaussée et nous logions au premier étage. Je me souviens très bien de la disposition du logement, ce qui est loin d’être le cas pour les autres habitations que nous avons eues à Alençon ou ailleurs.
Lorsque Maman dut retourner à l’hôpital, le logement nous fut conservé dans l’espoir sans doute d’une sortie définitive. Je me rappelle très bien que lorsque j’étais seul, je m’endormais le soir en écoutant sur France Inter l’émission tardive de jazz de Frank Ténot et Daniel Filipacchi. Est-ce là que j’ai acquis l’amour du rythme ?

L’aumônier de l’hôpital était un saint prêtre très érudit, Doyen Honoraire, Officier d’Académie, Vice-président de la « Société Historique et Archéologique de l’Orne » : Léon Tabourier. Il écrivit de nombreux ouvrages que vous trouvez sur le site suivant en cliquant sur « French » : http://orlabs.oclc.org/identities/viaf-204027097.

Il me fit cadeau d’une Bible ancienne en six volumes, reliée cuir, datant de 1856, et qui lui venait d’un abbé A L’Héréteyre, qui avait été curé de Bellou sur Huisne, puis de Moulins la Marche, et avait fait partie de la « Société Percheronne d’histoire et d’archéologie » qui fonda en 1901 la « Société Archéologique du Perche ».

Rien que des gens très savants. Le petit séminariste que j’étais était très fier de cet héritage.

Parmi les ouvrages que Léon Tabourier avait écrits, deux m’intéressaient particulièrement. J’en fis l’acquisition récemment sur Internet grâce aux sites vendant des livres rares ou épuisés. Il faut taper le titre exact du livre.

La plaquette sur Notre Dame d’Alençon (1952-1953) est vraiment très intéressante, même si elle n’est pas à jour des travaux qui y furent faits plus tard, ni de son érection en Basilique mineure.

Dans ma jeunesse, j’avais toujours entendu parler de la « Cathédrale » Notre Dame d’Alençon. Léon Tabourier explique très bien que l’édifice ne mérite pas vraiment cette appellation. Il eût fallu qu’elle possédât le siège (ou « cathèdre ») de l’évêque. Par contre, à deux reprises elle joua le rôle de Cathédrale, grâce au sacre de deux évêques : Mgr Léonard de Matignon, évêque de Coutances, le 9 Octobre 1963 par Mgr François de Péricard, et Mgr Marcel Grandin, vicaire apostolique de l’Oubangui-Chari, le 18 Janvier 1938 par Mgr Octave Pasquet. Léon Tabourier résume la construction de l’édifice et détaille ses richesses artistiques : nef, portail, chapelles, chaire, autel principal, buffet d’orgues, vitraux, peintures, statutaires, …

Le livre qu’il intitula « Trois siècles de Vie lévitique – Le Grand Séminaire de Sées » est également instructif. Son objectif vise à rappeler au diocèse les 3 siècles de sacrifices moraux et matériels déjà consentis pour assurer à la famille sagienne « sa cellule vitale, un Grand Séminaire ».

Le livre imprimé en 1953 s’arrête pratiquement à la consécration, le 17 Juillet 1945, par Mgr Octave Pasquet, de la chapelle du nouveau Grand Séminaire que les gens de notre génération ont connu. L’état de l’édifice avant l’occupation allemande est précisément décrit : l’entrée, le cloître, la chapelle avec ses peintures murales, ses verrières, ses stalles, l’autel, le tabernacle, la tribune et son orgue offert par M. Georges Roulleaux-Dugage, ancien député, le musée diocésain, la grande bibliothèque, le grand réfectoire …

En Décembre 1960, Maman dut réintégrer le Centre psychothérapique. Manifestement, elle n’était pas redevenue apte à affronter la vie quotidienne. Elle touchera une pension d’invalidité a/c du 1er Août 1962.

Comme je l’ai déjà dit, j’avais raté lamentablement mon bac en 1960. Je redoublai donc la terminale avec le Père Olivier Théon comme professeur de philosophie. Je n’ai jamais connu une telle intelligence à la fois de finesse et de largeur d’esprit. Ses cours d’histoire de la philosophie, de logique, de morale générale et appliquée, d’esthétique constituent pour moi des condensés de la « culture générale » qu’un « esprit bien né » de notre époque doit connaître pour comprendre le monde. Bien entendu, je ne méconnais pas les découvertes plus récentes qui ont aussi changé le monde, je citerais pèle-mêle : l’informatique, l’Internet, l’école de Palo Alto, les sciences de la communication, tous les domaines scientifiques … et j’ai conscience d’être ridicule en en omettant beaucoup …

Toujours est-il qu’en 1962, je réussis à décrocher le fameux bac. Merci à tous ceux qui se sont donné du mal pour que j’y arrive enfin.

Je ne sais plus du tout ce que je faisais pendant l’été 1962. Mais lorsque ma grand’mère mourut chez les Petites Sœurs des Pauvres d’Alençon le 14 Juillet 1962, Maman ne me prévint pas.
J’ai déjà raconté dans le dossier « Origines » de mes « Rubriques personnelles » que Maman avait tellement peur de ses frères et sœurs qu’elle s’était cachée à la tribune lors de la messe des obsèques.
Je ne peux pas lui en vouloir de ces peurs maladives, sans doute d’ailleurs au moins partiellement justifiées.
En Septembre 1962, je rentrai au Grand Séminaire de Séez.

Le Père Roullin, qui fut mon « directeur de conscience » pendant tout le Grand Séminaire, avait accepté à la demande de ceux qui veillaient sur moi (?) que les meubles de Maman soient entreposés dans les greniers de l’établissement. Sauf erreur, ils y restèrent non seulement pendant tout mon Grand Séminaire et son appendice à La Chapelle près Séez, mais aussi pendant mon voyage en Allemagne ainsi que tout mon service militaire au Tchad et mon temps de travail à l’école Bignon de Mortagne. Je les récupérerai seulement pour mon premier mariage en Juillet 1966. Pratiquement 7 ans de gardiennage gratuit, ce n’est pas fréquent ! Merci encore !

De ma première année de Grand Séminaire, je ne garde que peu de souvenirs. Ce n’est pas bien, mais je me rappelle surtout de l’orgue qui n’était pas d’une qualité extraordinaire. Il était entretenu par Roger Lambert tout à fait conscient qu’il ne pouvait pas faire de miracles. Il y fait allusion au début de ses mémoires « Tournevis et accordoirs ». « La maison Cavaillé était en perdition larvée et avait démarré un système électrique voué aux pannes incessantes ». Son frère Henri lui racontait : « Quand on livrait un de ces malheureux binious, on faisait tout pour qu’il puisse marcher un peu, le temps d’aller à la gare où on se cachait derrière les banquettes, de peur de voir arriver le client ». Mais il faut croire que l’entretien de Roger Lambert servait quand même à quelque chose pour les offices et l’entraînement des apprentis organistes.

Décidément cette période était pour moi définitivement placée sous le signe de l’orgue. Grâce au Père Queinnec qui en eut certainement l’idée, mit en place le financement et me prêta sa soutane (voir « Mes Académies d’orgue »), je pus participer à la deuxième Académie d’Orgue animée en Juillet 1963 par Pierre Cochereau, René Saorgin et Marcel Prévost sur l’orgue baroque français à Saint Maximin de Provence. Ce fut pour moi une chance incroyable. On n’en était qu’au début du renouveau de l’orgue baroque. Monsieur Trouvé m’avait initié comme beaucoup d’autres aux messes de Couperin et aux suites de Clérambault. Mais bénéficier des dernières découvertes en matière d’interprétation de cette musique fut pour moi primordial et ne put que m’inciter à poursuivre dans cette voie de la recherche de l’authenticité de l’interprétation.

Je rentrai en seconde année de Grand Séminaire en Septembre 1963. Mais à la fin du 1er trimestre, le Père Roullin me fit comprendre qu’il ne ressentait pas vraiment chez moi la vocation sacerdotale. Aussi fut-il décidé qu’à partir de Janvier, j’irais faire fonction de surveillant à l’Institut Saint Joseph de La Chapelle près Séez jusqu’en Juin 1964. Des collègues du Grand Séminaire se dévouèrent pour me faire des doubles des cours, mais je leur avoue aujourd’hui à ma grande honte, que je n’en fis pas un usage immodéré. Mille pardons. Mon esprit était ailleurs. Je ne sais pas trop à quoi d’ailleurs. Et de toute façon, la perspective du service militaire approchait.

Mais l’été 1964 fut en bonne partie occupé par une expédition en Allemagne. Je ne sais trop qui avait pris l’initiative, mais l’abbé Bazin, curé de La Chapelle près Séez, avait des amis en Allemagne et il allait les voir régulièrement. Cette année là, il emmena deux (ex ?) séminaristes avec lui, Serge Richer et moi.
Je n’aurais personnellement conservé de la chose qu’un souvenir très vague. Je ne sais pas pourquoi par exemple je m’étais mis en tête que von Papen était un hitlérien, alors qu’il avait en fait été écarté du pouvoir par Hitler.

Heureusement, l’ami Serge Richer, décédé le 14 Juin 2019 et inhumé à St Gervais du Perron le 20 Juin, était un historien dans l’âme et il fit de notre expédition un récit très précis et détaillé, jour par jour.
13 Juillet : parti de La Chapelle près Séez à 2 h 20 du matin, le conducteur, harassé, atteint Strasbourg à 22 h.
14 Juillet : matinée à Strasbourg, passage de la frontière à 16 h 15, arrivée à Rastatt chez Frau Morath à 18 h 30, je logerai chez le Recteur et Serge chez des religieuses.

Le journal de l’expédition fait cinq pages. Encore a-t-il été selon Serge « un peu expurgé ». Un petit résumé :
18 Juillet : promenade en Forêt Noire,
19 Juillet après-midi : nous allons voir le vicaire de Karlsruhe, je me « jette sur l’orgue », quant à Serge « c’est la 1ère fois qu’ (il) touche à un orgue »,
20 et 21 Juillet : promenades dans Rastatt,
23 Juillet : expédition à pied avec Serge vers le « Schloss Favorite », son beau parc, ses cygnes,
24 Juillet : à 7 h 15, Bundesbahn pour Achern, puis bus pour Erlendab, le matin, montée du Hornisgrinde, mais seul Serge ira jusqu’en haut, l’après-midi, visite à Franz von Papen qui nous offre un thé,
25 Juillet : courses à Karlsruhe, le complet acheté par l’abbé Bazin ne lui plaît pas beaucoup,

26 Juillet : Frau Morath est absente, nous faisons de la musique chez elle et mettons son lit en portefeuille,

27 Juillet : on va chercher Frau Morath (ci-contre) à la gare, « temps très lourd, on n’est pas courageux sauf (moi) au piano »,

28 Juillet : le Recteur étant parti, je rejoins Serge chez les religieuses, l’abbé Bazin tombe malade,
30 Juillet : l’abbé Bazin va mieux et donne une ultime leçon de conduite à Frau Morath,
31 Juillet : Frau Morath réussit le permis de conduire, on fête ça l’après midi : chants, discours, « champagne »,
1er Août : Frau Morath nous emmène voir le film « Le Cardinal », à l’apparition de Hitler, gros silence dans la salle, puis gros éclat de rire, (dans la région, Hitler avait été reçu avec des tomates),
2 Août : départ pour Bülhertal,
4 Août : adieux aux soeurs, départ de Rastatt à 11 h, déjeuner à Strasbourg que nous quittons à 16h,
5 Août : toujours sur la route, essai infructueux de repos près de Chartres, arrivée à Alençon à 8 h.
Merci à l’abbé Bazin, à Serge Richer et à tous ceux qui nous ont si bien reçus et accueillis.

Puis vint le temps du service militaire que j’effectuai au Tchad au titre de la Coopération

Ajourné en 1963, incorporé en Septembre 1964
Libéré le 1er Janvier 1966

Ce que ne disent pas les documents ci-dessus, c’est que si je fus « ajourné » en 1963, ce fut pour « insuffisance pondérale ». Aussi incroyable que cela puisse paraître à ceux qui me connaissent aujourd’hui, c’est pourtant vrai. Il suffit d’ailleurs de vérifier sur les pages qui précèdent que j’étais sans conteste beaucoup moins ventru que maintenant.
Après un mois de classes à Vannes (faut c’qui faut, coopération ou pas !), le Ministère de la Coopération à Fort-Lamy prit livraison de moi le 1er Octobre 1964. Je fus hébergé très peu de temps chez les jésuites de cette ville. Mais il me fallut, pour rejoindre Fort- Archambault où j’étais affecté, prendre un affreux coucou qui me brinquebala tant bien que mal jusqu’à bon port.

A Fort-Archambault, je dus enseigner le français et le latin aux petits noirs des 6ème et 5ème du collège/séminaire Charles Lwanga, tenu par des jésuites. Curieuse rencontre du destin, quelques années plus tard, le Père Jean du Mesnil du Buisson fut lui aussi hébergé au même collège, mais je crois que c’était comme prêtre de la paroisse.
Quelques photos du temps que j’ai connu.

Quels souvenirs me restent-ils aujourd’hui de cette période ?

  • La soif d’apprendre des élèves africains, certains étaient très doués, en particulier celui qui m’avait donné lors de mon départ la tête sculptée que j’ai gardée toute ma vie. Je lui avais promis des partitions d’orgue et ne lui ai jamais envoyées. La base de la statue porte le nom de N’GAH. J’ignore si c’était son nom. S’il lit ces lignes et se reconnaît, qu’il n’hésite pas à me contacter.
  • Pour la petite histoire, un autre élève m’avait proposé sa soeur comme cadeau de départ. J’avais décliné l’offre.
  • Le permis de conduire où l’instructeur noir me fit faire quatre marches arrière que je ratai somptueusement et me donna quand même le permis.
  • Les jeunes apprentis jésuites qui faisaient leur noviciat et qui tous étaient super brillants; j’ai en mémoire l’un d’eux qui grattait le sol dans le nord du Tchad.
  • Le frère italien qui faisait la cuisine et qui voulait qu’après le service militaire je parte au Liban comme organiste à l’Université de Beyrouth.

La fin de l’année scolaire 1964-1965 étant finie, je rentrai en métropole et fus affecté à la CA du 1er RIMA, caserne du Roc à Granville.
J’ai déjà avoué que le temps que je passais comme assistant de secrétariat du Capitaine était surtout consacré à la retranscription sommaire de ce que j’avais engrangé à l’Académie d’orgue de St Maximin de Provence.
Je me rappelle avoir touché l’orgue de Notre Dame du Roc, mais il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, et de toute façon, je n’avais pas de partitions à l’époque.

Constatant la quantité et le sérieux du travail fourni, on me détacha à compter du 27 Octobre 1965 à l’état major de la 9ème Brigade de Saint Malo. Affecté à la Chancellerie, ma mission de confiance consistait à plastifier la couverture des dossiers des Officiers.
Enfin, je serai « libéré » du service militaire le 1er Janvier 1966.

Suite de la saga dans la rubrique Vie personnelle et familiale de 1966 à 1985.

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Origines

Cet emplacement était initialement réservé à un arbre généalogique qui serait d’autant plus simple qu’il ne pourrait comprendre que la branche maternelle.

Je suis en effet ce qu’on appelle un « enfant naturel ». Mais que sont donc les autres, me demandai-je, en écrivant ces lignes ? Seraient-ils « surnaturels » ?

Un bon dictionnaire me renseigna. L’enfant naturel est celui « qui a des liens de sang, mais qui se situe en dehors du système institutionnel ». Naturel s’oppose donc à « légitime » ou « putatif ». Légitime, c’est à dire « issu des relations d’un homme et d’une femme unis l’un à l’autre par un mariage ». (Qu’est-ce que cela va devenir avec le « mariage pour tous » ?). Putatif, c’est à dire « qui est supposé être l’enfant de ». (Je ne peux pas utiliser cet adjectif sans que me revienne à l’esprit un Noël ancien -joué à l’orgue en alternance avec le chant de l’ami André de Laval – qui qualifiait ainsi St Joseph : « Ce bon père putatif de Jésus mon maître … »)

Bref, officiellement je n’ai pas de père. Mais « naturellement » si. Grâce à la sœur de mon père, qui était une sainte femme et qui rechercha et retrouva Maman, je pus savoir quelques petites choses sur lui et découvrir l’existence d’une demi-soeur. Grâce à une amie de Maman découverte miraculeusement peu de temps avant sa mort, je pus avoir quelques informations sur les faits qui ont précédé ma naissance.

Je ressens le besoin de rassembler ces souvenirs avant qu’ils ne s’échappent. Et ceux qui le jour du pot de départ de la Mairie de Laval me dirent avec raison : »Personne ne vous a jamais connu que grand ! » trouveront sans doute ici (et dans la rubrique Enfance et Famille) une part d’explication de ce mutisme. Du côté maternel, les choses sont plus simples et je les rassemblerai également ici avant que ma mémoire ne les efface, tout en étant parfaitement conscient qu’ayant perdu la trace de pratiquement tous mes oncles, tantes, cousins et cousines, la réalisation d’un arbre généalogique sera là aussi bien compromise.

PÈRE

Mon père ne m’a pas reconnu, je ne l’ai ni connu, ni rencontré. La photo ci-dessus m’a été donnée par ma demi-soeur, Jacqueline, dite « Choute ».

Si j’ai bien reconstitué des bribes d’informations, il s’appelait Michel Puche. Né en 1915, il était pharmacien et serait mort à 82 ans le 24 Avril 1997. Il aurait eu une « triste vie » et aurait ainsi « payé ses erreurs ». C’est ce que me dit ma demi-soeur.

La soeur de mon père avait dit à Maman, à qui il avait promis le mariage, qu’il avait été déboussolé par la guerre.

Même Maman, dans la bouche de laquelle j’aurais pu attendre quelques rancoeurs, ne disait jamais de mal de lui. Je me rappelle que vers l’âge de 15 ans, alors que je le critiquais, elle m’avait taclé : « S’il n’avait pas été là, tu ne serais pas là pour me le reprocher ». Cela m’avait profondément marqué.

Je ne me souviens pas que Maman m’ait beaucoup parlé des conditions dans lesquelles j’avais été conçu. Elle travaillait alors aux Ateliers de broderie Boulard à Bourg le Roi (Sarthe) et y habitait. Attention ! Les brodeuses y faisaient du « point de Beauvais », et non de la dentelle.

Le hasard voulut que je rencontre Yvonne Bohic le 20 Août 2001. Le musée de la Broderie de Bourg le Roi faisait une journée « portes ouvertes ». Je ne sais pas pourquoi, j’y partis subitement avec mon épouse Hélène. Yvonne Bohic s’y trouvait. Étant donné son âge, je lui demandai si elle n’avait pas connu Maman (Marcelle Duval). Je la vis blêmir : « Oh, si j’avais pensé revoir un jour le fils de Marcelle ! ». Et après s’être reprise, elle me raconta qu’elle se souvenait très bien d’elle et que son travail était très apprécié au point qu’on l’isolait au premier étage de l’atelier pour que les modèles qu’elle créait ne puissent pas être copiés.

Nous fîmes ensuite le tour du bourg, promenade au demeurant très agréable.

Mais étant donné l’émoi que le fait de me voir lui avait causé, je retournai lui parler avant de partir et m’isolai avec elle pour qu’elle me dise tout ce qu’elle savait. « Oh, vous savez, si vous êtes en vie, c’est un peu grâce à moi ! » D’après ce qu’elle me dit, mon père aurait essayé d’inciter Maman à ne pas me garder. Son propre père étant médecin, la chose aurait pu se faire. Maman se confia à Yvonne Bohic qui lui conseilla de n’en rien faire et d’aller voir la patronne de l’Atelier, Madeleine Boulard. Celle-ci lui tint le même langage. Et je me souviens très bien que Maman m’a toujours dit que cette patronne avait été particulièrement bonne pour elle.

J’aurais voulu inviter Yvonne Bohic à Laval où nous habitions à l’époque pour lui remettre ce qui me restait d’outils, d’échantillons et de calques de broderie de Maman. Mais sa santé ne lui permettait déjà plus ce déplacement.

Je lui ai téléphoné quelque temps plus tard, quand je remarquai le long délai entre ma naissance et mon ondoiement, et ensuite mon baptême. Elle me confirma de la façon la plus catégorie que Maman n’avait jamais pensé m’abandonner ou me confier à l’Assistance publique.

Yvonne Bohic mourut le 2 Juin 2012 à 93 ans. Les obsèques de Madeleine Boulard avaient lieu le 3 Janvier précédent. Je m’étais rendu à son inhumation à l’hôpital d’Alençon. Sa fille Dominique qui m’avait repéré dans l’assistance me téléphona. Je lui racontai bien volontiers les raisons de ma présence.

Et je fis don au Musée de la broderie de Bourg le Roi de ce qui me restait comme souvenirs de Maman brodeuse.

Je dois à la vérité de préciser que ma demi-soeur Jacqueline est complètement révulsée en imaginant que mon père ait pu vouloir faire avorter Maman. Pour elle, c’était une famille très croyante et qui ne se serait jamais prêtée à ce genre de chose. J’ai pu constater moi-même l’intensité extraordinaire de la foi chrétienne de sa tante adoptive.

De toute façon, ne soyons pas plus royalistes que le roi. À supposer même que cette pensée ait pu traverser l’esprit de mon père, elle ne fut pas menée à son terme. Et Maman n’ayant jamais manifesté la moindre rancoeur vis-à-vis de mon père, je ne vois pas de quel droit je m’érigerais en juge plus impitoyable qu’elle. Elle a assumé sa vie au point d’y perdre sa santé psychique. Laissons lui le dernier mot.

J’ai évoqué ma demi-soeur Jacqueline, dite « Choute ». Vous la voyez sur le cliché ci-contre pris lorsque nous lui avions rendu visite avec ma fille Françoise et son fils Pierre, dont mon épouse Hélène trouve qu’il ressemble à mon père. Elle est née le 17 Décembre 1943, soit 5 mois et 12 jours après moi (5 Juillet 1943). Sa mère travaillait dans une pharmacie à Paris.

Je suppose que la famille de mon père s’était réfugiée à Bourg le Roi (Sarthe), où ma mère travaillait comme brodeuse, fin 1942, et avait réintégré Paris courant 1943. Sa mère ne pouvant pas s’en occuper à l’époque, Choute fut recueillie, puis adoptée par la soeur de mon père, qu’on appelait « Mami » ou « Madame Pointier », du nom de son mari.

Ayant appris mon existence, cette dernière réussit à nous retrouver. C’était une sainte femme très pénétrée de religion et sensible à ma qualité de séminariste. Elle m’invita plusieurs fois à aller les voir au « Petit Moulin » à Bléré (Indre et Loire) et c’est ainsi que je pus faire la connaissance de ma demi-soeur.

Je conserve religieusement, c’est le cas de le dire, les ouvrages que m’offrit cette pieuse femme :

  • Le Dialogue des Carmélites de Bernanos, dans une édition illustrée par Lapoujade et numérotée 13503,
  • Les Méditations sur l’Évangile de Bossuet, dans une édition de 1903 reliée à l’ancienne,
  • L’Esprit de St François de Sales de Mgr Camus dans un livre de 1904 signé « Marg. Marie Puche ».

Malheureusement, cette femme de bien mourut en 1976 et ma demi-soeur ne s’en remit jamais. Elle s’enfermera chez elle et sera mise en invalidité. De plus, Mr Pointier qu’elle appelait « Papi » décédera en 1983.

Sa mère biologique, qui s’appelait Thiell, était toujours de ce monde. Elle vint rejoindre Choute à Tours, avec son frère pendant quelque temps. Mais celui-ci mourut peu après. Il fallait voir cette petite bonne femme, maigre comme un clou, et qui manifestement s’efforçait de rester en vie pour aider sa fille.

Sauf erreur, elle était née en 1902. Lorsqu’elle mourut et que ses obsèques furent célébrées à Tours le 27 Novembre 2002, par un simple diacre au grand dam de Choute, mais avec communion quand même, elle devait avoir une centaine d’années, après une fin de vie souffrante et respectable.

GRANDS PARENTS MATERNELS, ONCLES & TANTES

Étant donné leurs âges, je reconnais sans mal :

  • Le grand père Eugène Duval, né le 19 Août 1870 à Oisseau le Petit (Sarthe) et décédé le 26 Juin 1945,
  • La grand-mère (Eugénie) Blanche Béasse, épouse Duval, née le 16 Novembre 1879 à Bourg le Roi (Sarthe) et décédée en 1962,
  • La tante Odette, la plus petite au milieu, née le 4 Février 1923 et décédée le 12 Mars 2009,
  • Maman Marcelle, la plus à gauche, née le 21 Juin 1916 et décédée le 24 Décembre 1985.

Pour ceux qui voudraient essayer de remonter plus loin dans le temps, je fais figurer ci-contre l’extrait de naissance de mon grand père.

Que les oncles et tantes que je n’ai pas pu identifier sur la photo me le pardonnent. Il doit d’ailleurs manquer un des enfants, puisqu’ils étaient huit en tout, dont trois garçons. Si j’en crois les notes de Maman, ils étaient encore tous vivants en 1945. Et la photo est de loin plus ancienne. Voici leurs dates de naissance retrouvées dans les rares documents conservés par Maman.

D’après Maman et la tante Odette, le grand père Duval n’était pas facile. Il les punissait parfois sévèrement jusqu’à les faire coucher dehors en hiver. Maman l’appelait « Père » et non « Papa ». Je ne l’ai pas connu.

De la grand-mère, j’ai conservé le souvenir d’une brave femme. Nous allions la voir à Planches où elle habitait une petite maison très modeste dans le bourg. Je me rappelle le trajet à faire depuis la halte ferroviaire.

Je me souviens aussi avoir été frappé par la tendresse avec laquelle elle m’avait regardé quand j’étais tombé en admiration devant les volubilis qui garnissaient un grillage usagé dans son jardin.

Autre genre de souvenir. Maman et moi avions rendu visite à une tante à Forges. Alors que les grands restaient à discuter, une petite cousine et moi avions été invités à aller jouer dans la grange. La cousine voulait jouer aux châteaux de sable. Elle avait rempli un seau de sable et m’avait fait pissé dedans. La grand-mère, fine mouche, était venue voir ce que nous fabriquions et avait senti le contenu du seau. Je ne me rappelle pas s’il y avait eu une punition, mais cela avait été la honte de ma vie !

Voici la petite galerie des photos qui me restent d’elle.

Des oncles et tantes, je n’ai conservé pratiquement aucun souvenir, sauf évidemment celui de la tante Odette avec qui Maman est restée en relation jusqu’à sa mort.

Maman se sentait rejetée par tous ses autres frères et soeurs. A tel point que lors de l’enterrement de la grandmère, elle ne s’était pas installée dans l’assistance, mais s’était réfugiée à la tribune.

Il y avait effectivement de la part de ses autres frères et soeurs une certaine méchanceté. Être « fille mère », c’était la honte de la famille ! Et que dire lorsque Maman sera mise à l’asile des fous ! Sans parler des anticléricaux qui se moquaient de me savoir au séminaire !

La tante Odette s’était mariée avec un paysan nommé André Rault. Ils travaillaient à La Cochère.

Ma cousine Ginette et moi sommes grimés en normands prise à la Cochère

Quand le tonton (photo de droite) fut en retraite, ils s’installèrent à Almenêches. Mais la tante ne s’y plaisait pas. Et ils cherchèrent un pied à terre à Argentan qui est quand même une ville plus importante.

Ils louèrent une petite maison rue Jean Joly. Je crois qu’il y avait trois pièces, et aussi un petit jardin qui leur permit de ne pas perdre leur main verte. Ils s’y plaisaient bien.

Maman allait les voir de temps en temps, quand elle trouvait une infirmière ou une amie qui pouvait l’amener à Argentan et la remmener à Alençon. Elle était toujours bien reçue.

Je me suis fréquemment dit que j’aurais dû les enregistrer, ou même la tante seule, une fois que le tonton et Maman furent décédés. C’eût été un témoignage précieux de la vie en ces temps-là. C’est une fois que les parents sont partis que l’on regrette de ne pas avoir gardé trace de leur vie. (Quand je pense que j’ai gardé toutes les lettres que je recevais, sauf celles de Maman ! Dans mon esprit sans doute, il était impossible qu’elle meure ! Au moins, ceux qui resteront après moi auront les quelques bribes que j’essaie de rassembler ici).

La santé du tonton se détériora inexorablement dans des conditions pénibles. Il mourut en Octobre 1991.

Restée seule dans sa petite maison, la tante Odette cultiva son jardin tant qu’elle le pût. Mais ensuite elle fut obligée de se faire aider par un voisin qui lui donnait, je crois, satisfaction.

Elle s’acheta un petit orgue électrique et elle était contente quand elle retrouvait des airs de chansons ou même des cantiques. Je me souviens qu’un fois, elle nous avait parlé de l’O Salutaris Hostia. Je suppose que c’était celui de Dugué.

Mais ses compagnons de fin de vie furent surtout ses chiens. Elle était très malheureuse quand ils partaient. Ce qui souvent arrivait trop rapidement.

A la fin de sa vie, la santé de la tante Odette s’altéra gravement. Il ne fut plus possible de la laisser vivre seule dans sa maison. Ses enfants se résolurent à la mettre à la maison de retraite de Sées.

Mon épouse Hélène et moi allâmes la voir. Elle était assise près de la porte d’entrée et regardait les allées et venues. Elle avait tellement maigri que je ne la reconnaissais pas. Mais Hélène si.

La tante non plus ne nous reconnaissait pas. En lui disant assez fort dans l’oreille : « C’est Jean Claude, le fils de ta soeur Marcelle », je pense qu’elle retrouva quelque souvenir.

Ma cousine Ginette me rapportait qu’à la fin de sa vie, elle ne pouvait plus parler. Elle réussit quand même à faire comprendre qu’elle voulait revoir son fils Alain avec qui elle était fâchée depuis des années.

La directrice téléphona à Alain qui vint la voir le lendemain. Elle mourut dans les jours qui suivirent comme si elle avait attendu de revoir Alain pour partir.

MAMAN JEUNE FILLE

Nonant le Pin, 29 Juillet 1928 Maman était déjà une artiste !
Opérette « La Farfadette » Mai 1932 Maman est la deuxième à partir de la droite

5 Juillet 1943, l’événement du siècle : ma naissance !

La suite de la saga se trouve dans la rubrique Ma vie personnelle et familiale de 1943 à 1965.

JCD 1er Mars 2013

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