Pendant mon temps de service à St Malo, je rencontrai à l’orgue de la Cathédrale celle qui allait devenir ma première femme, Nicole Arvoie (au Mont St Michel le 28-1-1966).

Le Père Roullin m’avait trouvé un travail à l’école Bignon de Mortagne au Perche à partir du 1er Janvier 1966. Un prêtre de l’école me prêtait sa 4L, plein fait, tous les 8 ou 15 jours pour faire le trajet Mortagne – Saint Malo. Merci encore à cet homme d’église si généreux.

Ce qui devait arriver arriva. Le mariage eut lieu le 4 Juillet 1966. Après la séparation et le divorce, je ne conservai aucune photographie de la cérémonie. J’ai retrouvé celle-ci, à gauche, dans un album de Maman.

On y voit Maman à côté du père de la mariée et de sa grand-mère. Je suis heureux de rendre hommage au Papy. Il fut toujours pour Maman d’une extrême délicatesse, alla la chercher pour le mariage, nous organisa le voyage de noces à l’île Cézembre …

J’en profite pour remercier aussi Guy Robineau, juste au dessus à une date plus récente. Ce fut un ami fidèle, toujours partant pour servir de témoin au mariage, puis de parrain aux baptêmes qui suivirent.

En effet, deux filles naquirent de ce mariage : Christine née le 4 Février 1967 à Paramé et Françoise née le 17 Octobre 1969 à Saint Malo. Comme je l’ai déjà dit, je ne me sens pas le droit de raconter leurs vies, non plus que celle de mon ex-femme. C’est à elles de le faire si elles le souhaitent. Juste quelques photos souvenirs.

Le mariage avec mon ex-femme et mes filles se poursuivit sur mes périodes professionnelles de St Malo, Senonches, Ballancourt sur Essonne et en partie Couéron (cf. le dossier « Fonctionnaire territorial »). Ce fut là le commencement de la fin. Ma femme qui devait venir en vacances à Font-Romeu se décommanda la veille du départ, et une fois arrivé sur place, je reçus une lettre recommandée demandant le divorce. Heureusement que les filles étaient avec moi, je ne sais pas quelle idée aurait pu me passer par la tête. Et pendant notre mois d’absence, elle avait déménagé tout ce qu’elle avait voulu. Comme par hasard, c’est à ce moment-là que disparut un rasoir doré (en laiton sans doute) qui était le seul souvenir de mon père que m’avait donné Maman.

L’idée du divorce ne figurait pas dans la panoplie de mes considérations mentales. C’était une question de culture. Chez les Duval, on ne divorce pas ! Comme m’écrivait ma pauvre mère :

Le divorce, c’est la misère !

Sur le plan religieux, le Père Alexandre Letellier, qui faisait partie de la commission interrégionale d’annulation des mariages religieux, m’avait assuré qu’il se faisait fort d’obtenir, compte tenu de ce que j’avais vécu, l’annulation du mien. Mais je m’y refusai. J’avais peut-être fait une bêtise qui pouvait être effacée. Mais mes deux filles étaient nées. Je ne voulais absolument pas leur donner l’impression de les abandonner. J’assumai sans regret quelques puissent être les conséquences pour l’avenir.

La séparation de corps fut prononcée par jugement du 7 Septembre 1982 et transformée en divorce par jugement du 25 Mars 1987.

C’est en 1983 que je partis pour Laval, 1 rue du Britais, comme je l’ai raconté dans le dossier « Fonctionnaire territorial ». Je ne saurai jamais assez rendre grâce à Madame Rocher, propriétaire d’un immeuble tout proche du centre ville, de m’avoir accepté avec ma chienne Roxane (qui avait été achetée en cadeau pour une de mes filles, mais dont mon ex-femme ne voulait pas s’encombrer) alors qu’elle s’était jurée de ne jamais louer à quelqu’un qui avait un animal, à cause de la saleté que cela pouvait engendrer.

Comme je l’ai souvent dit, ce n’est pas moi qui promenais Roxane, c’était elle qui me sortait. Nous courions dans les parcs de la périphérie de Nantes. Je faisais alors 40 kilos de moins qu’aujourd’hui. Photos souvenirs.

La petite femelle sable fut adoptée par Christine, mais se fit malheureusement écraser. Les boulevards de Nantes ne sont pas tendres pour ces petits animaux. Le petit mâle noir fut donné à des voisins de Laval qui avaient été séduits par les photos que j’avais mises chez les vétérinaires. Quelque temps après, Christine et moi étions retournés chez ces gens pour le voir. Ils avaient eu peur qu’on vienne le reprendre. Mais apparemment, il se portait bien et avait l’air heureux.

Quant à Roxane, elle finit ses jours quelques années plus tard, victime de grosseurs inopérables aux mamelles. Il fallut la faire piquer. Ce fut un crève-cœur de la voir, le midi, se mettre entre Hélène (ma femme actuelle) et moi. C’était comme pour nous dire « au revoir » et rester avec nous le plus longtemps possible.

Pendant ce temps, Maman était toujours au Centre Psychothérapique d’Alençon. Ceux qui s’occupaient d’elle avaient eu l’intelligence de profiter de ses dons de brodeuse, au titre de l’ergothérapie. Elle put ainsi continuer jusqu’à la fin, ou presque, à faire ce qui avait été toute sa vie. Deux photos d’elle au Centre.

Trois autres photos à son métier de brodeuse de « point de Beauvais »

Mais au fait, savez-vous ce qu’est le point de Beauvais ? C’est un peu technique pour moi. Je vous renvoie au blog très complet :

http://broderie-infinie.blogspot.fr/2008/11/le-point-de-beauvais.html

« Il faut des mois d’exercice pour arriver à manier le crochet à la perfection… Le point de Beauvais est un point de chaînette très petit, plutôt rond, exécuté dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, le crochet étant lui aussi tourné dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Il faut également maîtriser le point d’arrêt du Beauvais qui, pour un bon rendu de la broderie, est constamment utilisé. En fait le point de Beauvais est un simple petit point de chaînette derrière lequel se cache une technique extrêmement codifiée ! »

Ce point connaît une très grande vogue au 18ème siècle. Madame de Pompadour lui donnera même son nom. En 1843, Margueritte Boulard reprend une entreprise de lingerie à Bourg-le-Roi, dans la Sarthe. Une industrie de broderie d’art au crochet voit le jour et contribue pendant 125 ans à la prospérité du lieu. Au début du XXe siècle, cette broderie, sous l’influence des tapissiers parisiens, prend le nom de « point de Beauvais » jugé plus commercial. A Bourg-le-Roi, l’atelier a compté jusqu’à 60 ouvrières. Des dizaines travaillent à domicile. L’Exposition Universelle de 1900 fût un triomphe. L’aventure s’est arrêtée en 1968, faute de repreneur. Aujourd’hui, quelques ouvrières continuent la tradition. Un Musée de la Broderie rappelle le passé.

Comment ne pas vous faire apprécier de visu ce qu’était cette broderie ? Voici quelques pièces de Maman.

Mais Maman nous fit une bien mauvaise surprise le 24 Décembre 1985. Exceptionnellement, les filles étaient avec moi pour Noël. Le 23 Décembre, je décidai tout d’un coup d’aller la voir sans prévenir. Ce n’était absolument pas dans mes habitudes. En principe, je téléphonais toujours avant. Lorsque nous arrivâmes à l’hôpital, on nous fit attendre, ce qui ne m’inquiéta point puisque nous n’avions pas prévenu. Quand Maman arriva, elle s’assit à la place avant droite de la voiture, mais ne voulut pas aller se promener un peu, contrairement à ce que nous faisions d’habitude. L’entrevue fut assez brève, elle nous quitta rapidement, et même en courant. Je mis cela sur le compte d’un embarras gastrique.

Et le lendemain ou le surlendemain, le Directeur général des services de la Ville de Laval et le chef de bureau qui travaillait avec moi dans la Direction des ressources humaines vinrent me prévenir que Maman était décédée le 24 Décembre 1985 à 1 heure. Je ne pus même pas les faire entrer à la maison tant ce devait être un capharnaüm avec les filles et le chien, d’autant que ce n’était pas très grand. Mais je pense qu’ils ne m’en tinrent pas rancune.

Heureusement qu’une fois de plus, les filles étaient avec moi pour me faire passer ce cap oh combien douloureux. Leur seule présence était pour moi d’un grand réconfort.

En y repensant, je suppose que Maman savait qu’elle allait partir et qu’elle n’avait surtout pas voulu nous en donner le spectacle. Mon impression est qu’il pouvait s’agir d’un problème cardiaque et qu’elle sentait bien quand ça n’allait pas.

La messe des obsèques fut célébrée à la chapelle du Centre psychothérapique par le Père Jean du Mesnil du Buisson qui en était devenu l’aumônier après une vie bien remplie. Il a écrit les souvenirs de sa vie. J’essaierai de me les procurer. L’ami Robineau s’était dérangé pour tenir l’harmonium qui ne devait pas si bien résonner d’habitude !

Deux lettres très émouvantes datant des derniers jours de la vie de Maman :

La lettre de voeux que m’envoya Maman le 19 Décembre.
Manifestement, l’écriture est très fébrile et tourmentée.
Et l’insistance à embrasser les enfants et à m’embrasser très fort particulièrement émouvante.
La réponse à ses vœux que le Père Letellier
adressa à Maman en lui souhaitant une grande
paix intérieure. Vœu oh combien exaucé !

La suite de la saga se trouve dans la rubrique Ma vie personnelle et familiale de 1896 à 2013.

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Publié dans Vie