Dans cette rubrique, je parlerai notamment de la vie que j’ai connue avec Maman. J’évoquerai aussi les deux familles que j’ai fondées, mais je resterai discret n’étant plus le seul concerné. Si leurs membres veulent raconter leurs vies, y compris mes filles, ce n’est pas à moi de le faire à leur place.

C’est un besoin pour moi de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis par la vie. Si vous trouvez la chose indécente, je le comprends fort bien et ne vous en tiens aucune rancune. Passez sans état d’âme aux autres rubriques.

Voici tout d’abord mon acte de naissance. Remarquez la signature de la déclarante. Il s’agit de Marie Hamon, sage femme, grand mère de Jacques et Paul Hamon, anciens condiciples. Remarquez aussi l’adresse de Maman : 26 rue de la mairie. Cette rue est maintenant rebaptisée « rue du val noble ». Ils ont dû savoir que j’y avais habité. Suis-je drôle, n’est-il pas ?

5 juillet d’après Wikipédia

5 Juillet 1943 période de guerre

Le 21 Juin 1943, des résistants sont arrêtés à Caluire par la Gestapo. Jean Moulin, torturé lors de ses interrogatoires mourra, probablement le 8 Juillet, pendant son transfert vers Berlin.
La Feldkommandantur d’Alençon fonctionne à peu près comme la justice française jusqu’à ce que la Gestapo arrive au cours de l’été 1943 et fasse exécuter tous les résistants arrêtés. Pendant l’occupation, 38 personnes au moins auront été condamnées à mort.
Les premiers bombardements sur Alençon furent le fait des allemands. Le 14 Juin 1940, la gare est prise pour cible. 12 avions y lâche 60 à 80 bombes qui détruisent le bâtiment et font 31 victimes.
Le 30 Avril 1944, le Préfet de l’Orne note que la recrudescence des bombardements sur les axes de communication laisse augurer d’un débarquement allié. Le 21 Mai quelques avions attaquent la gare.
Du 6 Juin au 11 Août 1944, Alençon subit une vingtaine de bombardements faisant près de 200 victimes. Le centre ville est moins touché que la périphérie : la gare plusieurs fois, Courteille également …
La Croix Rouge et la défense passive jouent un rôle important près des habitants et plusieurs membres sont victimes du devoir.
La ville d’Alençon, libérée par les troupes du Général Leclerc le 12 Août 1944, sera citée à l’ordre de l’Armée avec attribution de la Croix de guerre.

Petite enfance

Ma petite enfance en Alençon, jusque vers mes 12 ans, s’est polarisée autour de deux lieux principaux :

  1. Le 26 rue de la Mairie, en face de la rue des granges, où demeurait alors l’abbé Jean Esnault, et point trop éloigné de l’église Notre Dame,
  2. Place Marguerite de Lorraine, en face de l’église Saint Léonard et surtout très proche du Carmel, qui eut une grande importance pour moi, et tout particulièrement son chapelain de l’époque, le Chanoine Roncin, (voir « Mes professeurs de musique »).

Du 26 rue de la mairie, il ne me reste que des souvenirs épars que je trouve d’autant plus nécessaire de noter.
Nous habitions une petite maisonnette située dans une rangée de constructions d’un même style indéterminable qui a été démolie au profit de la construction des immeubles à balcons verts que vous voyez sur la photo.

Il parait que j’étais un beau bébé. Je vous laisse juge. En tout cas je ne semblais pas mourir de faim. A l’époque, les appareils photo de qualité n’étaient pas encore abordables financièrement. On faisait donc appel aux photographes professionnels.

En voici une autre du même genre de Décembre 1946. J’étais-t-y pas beau avec mes frisettes ? Une vraie fille !

Revenons aux choses sérieuses. Je fus baptisé le 21 Juillet 1945 après avoir été ondoyé le 11 Septembre 1943. Il faut croire que la rue de la mairie faisait partie de la paroisse Saint Léonard.

Maman m’apprit certainement mes prières et m’enrôla pour jeter des fleurs le jour de la Fête-Dieu. Au vu de cette photo, je me souviens qu’en effet la scène se passait non loin de l’église Saint Léonard

Deux chocs émotionnels forts me restent de cette prime enfance, ma mémoire ne les a jamais effacés :

J’étais assis sur un petit banc sur le trottoir de la rue de la mairie. Un coup de tonnerre très fort et très brusque survint alors que rien ne le laissait prévoir. Ni éclair, ni grondement dans le ciel, ni gros nuage noir. Maman accourut pour me rentrer à la maison. J’avais été bien choqué et resterai toute ma vie allergique au bruit (sauf de l’orgue, of course).

A l’époque, je couchais encore dans le même lit que Maman. Un soir, avant de nous endormir, nous nous disions des petits noms d’oiseaux. Sans le savoir, j’en utilisais un dont j’appris par la suite qu’il pouvait avoir une connotation très désobligeante. Maman le prit très mal, me demanda si c’étaient mes camarades qui m’avaient dit cela d’elle et me fit coucher dans la pièce à côté où je ne dormis pas de la nuit. Première expérience des difficultés de communication entre les hommes (?) et les femmes !

Autre souvenir de cette époque, l’église Notre Dame. N’ayant pas encore rencontré le Chanoine Stanislas Roncin et jamais mis les doigts sur un clavier, je ne m’essayais pas alors aux orgues. Mais j’aidais le brave sacristain, Mr Lebrun, à entretenir l’église. J’essuyais souvent les stalles qui fermaient l’arrière choeur. Plus tard, il me laissera jouer le petit clavier qui commandait les cloches pour l’Angelus.

Nous voila indirectement revenus à la musique.
Maman fut certainement la première à déceler chez moi une prédilection pour cet art.

Je suis persuadé, mais peut-être affabule-je, qu’elle m’avait emmené écouter Marcel Dupré à l’inauguration de l’orgue de Notre Dame le 23 Avril 1950, après sa réfection (bien incomplète) par la maison Merklin de Lyon. J’ai conservé une brochure publicitaire « La voix des orgues » éditée par cet établissement et qui mentionnait dans ses dernières réalisations l’orgue de la « Cathédrale Notre-Dame » d’Alençon.

Maman chantait parfois des chansons. Je crois me souvenir des « Roses blanches » qui ont du faire pleurer dans bien des chaumières. Évidemment, elle m’apprenait plutôt des chansons enfantines.

Elle m’avait fabriqué un instrument de musique rudimentaire consistant en des élastiques tendus sur un plumier. Peu après, elle m’acheta une cithare où l’on pouvait jouer sans connaître la musique. Vous la voyez sur la photo ci-dessous. Elle m’avait aussi pourvu d’une flûte à bec.

Quand je fus plus grand, elle se priva pour me payer une guitare avec laquelle je m’accompagnais chantant le Père Duval ou des chansons profanes à la mode, voire des negro-spirituals. Mais le public n’était pas là et je reconnais que les cordes pincées pâtirent de ma prédilection pour les tuyaux.

Je dois dire que d’une façon générale Maman m’a quasiment tout appris des matières scolaires de base avant que je n’aille à l’école. Quand j’y suis arrivé, je savais déjà lire et compter. Je n’admettais pas la démonstration du directeur de l’école Poisson sur la façon de se rappeler le nombre de jours des mois. En mettant les mains côte à côte, je voyais toujours un trou entre Juillet et Août. L’expérience avec cet établissement tourna court.

Revers de la médaille, je n’avais pratiquement pas de contact avec des camarades de mon âge. Je me souviens être allé jouer (avec qui ?) chez le Docteur Mutricy, peut-être une ou deux fois. Plusieurs fois, je suis allé aussi chez le Docteur Spillman, rue de Bretagne, non seulement pour soigner mes otites, mais aussi pour jouer avec ses enfants que je rencontrais aussi par ailleurs, me semble-t-il.

Au bout de la rue des granges, il y avait un brocanteur où j’allais emporter des vieux journaux et « Coeurs Vaillants » pour récupérer quelques pièces. Non loin de là demeurait une femme de bien, qui s’appelait Zanotti, et qui proposa à Maman que j’aille jouer avec sa fille « Françoise » (je crois). Je ne sais plus à quelles sortes de jeux nous avons pu nous adonner, mais rien de compromettant en tout cas. Toujours est-il que l’expérience finit aussi assez rapidement.

Inutile de préciser que ce n’est pas quand je serai plus tard aux séminaires de Séez, que je pourrai rattraper mon retard de contacts avec la gent féminine autre que ma mère et les religieuses de La Chapelle près Séez.

Je suis incapable de dater précisément le moment où nous allâmes habiter en face de l’église Saint Léonard, place Marguerite de Lorraine.
Je ne suis pas certain non plus d’identifier sans aucun doute la maison dans laquelle nous demeurions. Il n’y avait pas alors toutes les devantures d’aujourd’hui. J’opterais pour l’immeuble le plus haut, dans l’un de ses trois étages, en tout cas pas le rez de chaussée.

Adolescence

Cette période coïncida vraisemblablement avec celle de mon admission à l’école Saint François de Sales. J’ai conservé 2 photos de classe.

De l’école Saint François de Sales, je ne garde guère que le souvenir des jeux de billes un peu canailles auxquels se livraient certains de mes condisciples pendant les récréations. Il faut dire qu’il ne fallait pas grand-chose en ce temps là pour m’offusquer. Même le jeu préféré qui consistait à répéter le plus vite possible « Pruneaux cuits, pruneaux crus » me scandalisait. Voyez le niveau de candeur !

L’annuaire des anciens élèves publié en mars 1987 ne comprend malheureusement aucun repère quant aux dates de scolarité. Les seuls noms qui me parlent encore : Marc Bernier, Xavier Bidard, Jean-Yves Gaubert, Loïc Gicquel des Touches, Jean-Yves Jego, Mgr Roger Johan, Christian Louatron, Pierre Marpaud, Luc Meyer, Robert Ruffray, Olivier Théon, Guy Villette. Ce n’étaient pas les mêmes générations.

L’été 1953 constitua sûrement un tournant important dans la vie de Maman et dans la mienne. Des prêtres dont je ne suis pas certain de l’identité (mais je pense fortement à Jean Esnault, peut-être Paul Queinnec ?) durent la convaincre qu’il serait bon pour moi que je sorte un peu de ses jupes, pour parler trivialement.

C’est ainsi que je fus inscrit au pré séminaire de La Chapelle près Séez pour les deux années correspondant à la 7ème et la 6ème. Compte tenu de ce que je vais dire ensuite, j’ai presque honte de dire que ce furent pour moi dans cette nouvelle « école » des années heureuses.

Je trouvais des camarades qui, s’ils se moquaient un peu de mes blouses bleues et de mes éternelles culottes courtes, le faisaient gentiment. En Juin, aux jours les plus longs, nous faisions des parties de volley jusqu’à 11 h. du soir. Je m’entendais très bien avec le Père Alexandre Letellier. Et puis, je retrouvais Maman pour toutes les vacances scolaires. Elle venait me voir aussi de temps en temps. Quelques photos souvenirs.

Classes des abbés Albert Lévêque, Directeur, et Alexandre Letellier
Classe de l’abbé Léon Roussel

Le Père Alexandre Letellier nous faisait jouer des petites scènes pieuses.
Je me rappelais celle du martyr de Saint Tarcisius. Mais ma mémoire voulait que ce soit moi qui ai joué le rôle clé. Hélas, cette photo me ramène à la réalité. Je suis désolé d’avoir oublié le nom du camarade qui jouait Tarcisius.

Ci-dessous, l’image rappelant la vie du Père Lévêque.
J’ignorais qu’après La Chapelle près Séez, il avait été Supérieur du petit séminaire de Flers.

Si au pré séminaire tout se passait bien pour moi, j’ai le sentiment qu’à Alençon il n’en était pas de même pour Maman. Nous n’avions jamais été séparés et elle devait se trouver dans une immense solitude.

Elle habitait encore place Marguerite de Lorraine. Je suppose qu’elle se réfugiait chez les sœurs du Carmel tout proche

J’ai déjà raconté qu’elle m’avait fait servir la messe au Chanoine Stanislas Roncin, qui me mit le premier les doigts sur un harmonium (voir « Mes professeurs de musique« ), mais elle m’emmenait aussi chanter des petits Noëls au parloir des religieuses. Je me souviens du « Petit Jésus, Sauveur adorable ». La Sœur Supérieure m’écrivait en 2010 que quelques religieuses âgées s souvenaient encore de moi. Elles sont maintenant parties, mais l’une d’elles me donna une image souvenir du jubilé de rubis du Chanoine

La lettre que ma grand-mère avait adressée à Maman le 7 Mai 1954 est particulièrement émouvante pour moi. C’est la seule que je retrouvai dans ses affaires après sa mort. Comme si elle voulait rester sûre que sa mère l’aimait et pensait à elle. J’étais parti au pré séminaire en Septembre 1953. Moins d’un an plus tard, elle s’isolait manifestement de plus en plus.

Les sœurs du Carmel la soutinrent le plus possible, allant jusqu’à faire les images de ma communion et organiser le repas, en tout petit comité, le jour de la fête.

Image souvenir de ma communion
Photo de communiant

Mais le plus difficile pour Maman restait malheureusement à venir, la période du petit séminaire de Séez.

On trouvera ici la photo des petits séminaristes de Séez et de leurs professeurs, ma première année, 1955-1956.

Avec l’identification des personnages, due je crois au Père Jean du Mesnil du Buisson et oh combien précieuse !

Je mentionne tout de suite les professeurs que j’ai eus ensuite et qui ne figurent pas sur la photo précédente.

Si ce n’était l’état de santé de Maman, j’y reviendrai par la suite, mes premières années au Petit Séminaire de Séez furent assez heureuses. Les résultats scolaires étaient satisfaisants. En 1958 BEPC, en 1959 3ème mention de version grecque au concours général de l’Institut Catholique de Paris, à tel point que mon front était parfois comme illuminé d’un éclair d’intelligence sous le regard sombre et dubitatif d’un condisciple méfiant (Lucien Gautier, n’est-il pas ?).

Par contre, du côté sportif, c’était beaucoup moins performant. Jamais de ma vie je ne suis arrivé à monte jusqu’en haut d’une corde à nœuds, ni à lancer le poids à plus de 3 mètres … Seule la course de vitesse me convenait. On avait essayé de m’enrôler dans l’équipe de foot qui s’entraînait près du pont de chemin de fer, route d’Argentan, mais n’ayant jamais compris ce qu’était un hors jeu, je me réfugiai vite fait dans un arbre et me laissai aller sans doute à quelques rêveries.

Encore quelques souvenirs de nos chers professeurs, hier ou aujourd’hui.

Le Père Paul Ipcar dirigeant la chorale, mon premier « directeur de conscience »

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du petit séminaire de Sées et aux souvenirs de ses anciens, je signale l’existence de l’Association des « Anciens du Petit Séminaire de Sées ».

Le Président en est Jean-Yves Jégo, 02 33 26 94 03, jego.jean-yves@wanadoo.fr ,
et la mémoire vivante le Père Joseph Courteille, Les Tesnières, 61350 Mantilly, 02 33 38 82 81.

A l’occasion du Centenaire, un DVD double (de 4 Go chacun environ) a été édité.
Pour se le procurer, contacter Jean-Yves Jégo, Président.

Et pendant ce temps-là, Maman se morfondait à Alençon.

Je m’étais toujours demandé pourquoi lorsque je rencontrais des condisciples du petit séminaire, la plupart me disaient qu’ils se rappelaient quand Maman venait me voir. Et pourquoi, me disais-je, les autres parents ne venaient-ils pas voir leur progéniture ? L’explication pourtant évidente me fut donnée par Paul Moulin.
Nous ne retournions dans nos familles que pendant les vacances scolaires. Je ne sais pas pourquoi ma mémoire avait effacé ce « détail » de l’histoire. Entre Alençon et Séez, il y avait le train alors que les autres familles n’avaient pas cet avantage pour se déplacer. Maman utilisait donc la SNCF pour venir me voir de temps en temps. Elle se trouve sur la photo ci-contre (prise sans doute à une date plus tardive en raison de ma taille et de son expression méfiante et craintive).

À une époque, elle m’avait acheté un solex bleu et je faisais les 23 kilomètres qui séparent les deux villes. Je me rappelle d’un allez Sées/Alençon particulièrement épique. Il avait fortement neigé. La route était complètement verglacée. Heureusement, je ne me souviens pas avoir rencontré un seul véhicule, ce qui d’ailleurs n’était pas forcément rassurant pour le cas où il me serait arrivé quelque chose. Je me rappelle que dans la descente de la côte de Saint Gervais du Perron (alors sans déviation), ça louvoyait grave et je n’en menais pas large. C’est sans doute à la suite de cet épisode que le solex bleu disparut de mon existence.

À partir de 1957 environ, Maman avait commencé une série d »errances répétées.

Elle quitta Alençon pour Écouché. La photo ci-dessous est prise au fond du jardin. Je ne serais pas étonné que ce soit par l’entremise du Père Alexandre Letellier qu’elle ait trouvé cette petite location rue Dodemans. Il avait, je crois, de la famille dans cette cité. Je me rappelle qu’il vint nous voir et que nous prîmes quelques photos. Je me souviens aussi avoir connu dans l’église paroissiale d’Écouché la honte de ma vie. Il y avait des vêpres le Dimanche après midi. Le curé m’avait affublé d’une aube et embauché pour l’assister dans la cérémonie. Je frimais du haut de ma grandeur, jouant quasiment le
maître de cérémonie. Mais le veau que Maman avait fait rôtir dans
son jus pour le repas du midi se rappela de façon fulgurante à mon intestin et je fus obligé de battre rapidement en retraite. Je ne crois pas avoir eu l’occasion de pavaner à nouveau dans cette église !

Ensuite Maman s’embarqua dans des changements très fréquents de lieux de vie, et toujours autant que je m’en souvienne, dans des presbytères. Faisait-elle fonction d’aide au prêtre pour arrondir ses fins de mois, ou même seulement bénéficier d’un logement gratuit ? L’évêché n’a pas d’archives à ce sujet.

Je peux citer Les Tourailles où il y avait un orgue qui fonctionnait plus ou moins bien, un bourg dans le Houlme, mais je ne sais plus lequel exactement, et aussi la paroisse Sainte Thérèse de Caen, dont le curé était alors l’abbé Ernest Villain, facteur d’orgues amateur, qui laissait traîner des tuyaux à la tribune de son église et qui selon la toile avait construit plusieurs instruments dans la région. A noter que lorsque Emmanuel Foyer avait dit à ses parents qu’il voulait devenir facteur d’orgues, ceux-ci l’avaient envoyé en stage chez l’abbé Villain.
Heureusement pour lui, il a fait son chemin depuis et est devenu un facteur d’orgues hautement reconnu et grandement apprécié de tous.

En 1958, je crois, Maman revint habiter à Alençon. Elle loua le premier étage de la maison ci-contre à l’angle Ouest de la rue Cazault et du boulevard Lenoir-Dufresne.

En Juillet 1959, au sortir de la classe de seconde, j’avais été envoyé comme moniteur à la colonie de vacances organisée à Saint Gervais les Bains, au pied du Mont Blanc, par le Chanoine Jehan Revert, maître de chapelle de Notre Dame de Paris et directeur de la Maîtrise et de son école.
Au retour de cette colonie, me réjouissant de revoir Maman, je fus accueilli par la propriétaire de la maison qui me dit en substance : « Mon pauvre petit, votre Maman a essayé de se suicider, elle est montée sur le toit et voulait se lancer dans le vide. Les pompiers ont réussi à l’en empêcher. Elle a été emmenée à l’asile psychiatrique. Vous pouvez aller voir la religieuse directrice de l’établissement ».

Le Centre psychothérapique d’Alençon, comme on dit maintenant, avait été fondé par Soeur Anne Marie Javouhey. Cette sainte femme, née en 1779, s’était consacrée à Dieu lors d’une messe clandestine en pleine révolution. En 1807, elle avait fondé à Chalon sur Saône une congrégation placée sous le patronage de Saint Joseph pour s’occuper des enfants pauvres. Elle s’installa ensuite à Cluny dans un ancien monastère racheté par son père. Avant de partir en Guyane en 1828, elle passa par Alençon et fut frappée par le triste état du « dépôt de mendicité ». Les malheureux privés de l’usage de la raison étaient laissés par leurs concitoyens dans un état d’abjection n’ayant presque plus rien d’humain. Elle réorganisera le « centre de mendicité » qui deviendra le Centre psychothérapique. Elle reviendra en métropole en 1833, mourra à Paris en 1851 et sera béatifiée par Pie XII en 1950. Depuis 1951, une rue d’Alençon porte son nom.

3 000 sœurs de sa congrégation sont encore actives sur les 5 continents.

La Mère Supérieure de l’hôpital psychiatrique me reçut fort gentiment. Elle m’informa sur l’état de santé de Maman. Je n’étais évidemment pas en mesure de bien comprendre et réaliser la situation. Il fut question d’électrochocs et de psychotropes, qu’on devait appeler autrement à l’époque. S’agissant des électrochocs, leur technique s’est beaucoup améliorée depuis quelques années et l’IRM a même permis de constater de visu leurs effets dans le cerveau. Quant aux psychotropes, surtout lorsqu’ils étaient employés à haute dose, ils visaient à modifier l’activité mentale.

Elle m’indiqua aussi les dispositions pratiques qui avaient été prises pour ce qui me concernait personnellement. Je ne suis pas d’accord avec l’église catholique sur certains points, et notamment sur sa rigidité par rapport aux célibataires épousant des hommes divorcés et qui se trouvent manu militari écartées des sacrements. Mais je lui reconnais la richesse de l’éducation que j’ai reçue, même si elle comportait là aussi certaines tares. Cependant les professeurs des séminaires étaient quasiment toujours des gens plus qu’honorables. Par contre, je ne serai jamais assez dithyrambique sur l’humanité, la charité, la bienveillance, la solidarité, dont les représentants de l’église ont fait preuve à mon égard dans les moments difficiles que j’ai connus lors de l’hospitalisation de Maman. Je pense tout d’abord aux sœurs de la congrégation Anne Marie Javouhey et en particulier à leur Supérieure. Lorsqu’il le fallut les meubles de Maman furent entreposés dans un garde-meuble, je crois que c’était rue Eugène Lecointre. Sensation particulière de ne plus avoir ni mère (provisoirement), ni chez soi ! Je pense aussi aux prêtres du séminaire qui s’occupèrent de moi pendant les vacances :

  • Le Père Trottier qui essaya, mais sans grand succès je crois, de me faire nettoyer les vitres du dortoir,
  • Le Père Bignon qui m’emmena à un mariage à Sainte Gauburge pour jouer de l’orgue (le Carillon de Vierne !) et à l’inhumation d’un très proche parent du Père Jean du Mesnil du Buisson,
  • Ceux dont je ne connais même pas l’identité qui m’organisèrent des séjours à La Chapelle Montligeon (je me rappelle surtout d’un prêtre savant qui m’initiait au billard) ou au presbytère de La Ferté Macé (je me souviens très bien que j’allais jouer de l’orgue et qu’il y avait à la tribune des partitions d’une dame Graslin).

Pardon pour tous ceux que j’ignore ou que j’oublie. Merci à tous ceux qui m’ont aidé dans ces jours difficiles.

Entrée au Centre Psychothérapique d’Alençon en Juillet 1959, Maman en ressortit en Juin 1960.

En Septembre 1960, j’entrai en classe de terminale avec le Père Michel Davoust en philosophie. Celui-ci décela rapidement que je n’allais pas très bien et conseilla au Père Peigney, Supérieur du séminaire, de me faire rencontrer à Paris un disciple de Jung. Ils tenaient beaucoup apparemment à cette filiation.

Carl Gustav Jung

Malheureusement, cela ne suffira pas pour me faire réussir le baccalauréat où j’échouai lamentablement, même après rattrapage et au grand dam du Père Michel Davoust. A l’époque, je culpabilisais en attribuant cet échec à mon manque d’application ou à mes émois d’adolescent. Ce n’est qu’en écrivant ces lignes que je réalise combien je pouvais aussi être éprouvé par l’adversité qui me tombait sur le dos.

Maman était fondamentalement très croyante. Je suppose que c’est pendant l’été 1960 que nous allâmes faire un pèlerinage à Lourdes. Ce fut évidemment pour moi une découverte, sans pour autant constituer une véritable illumination ! Ce mélange de piété et de fric me révulsait plutôt. Bien entendu, je fis sans doute maintes prières pour que Maman retrouve la santé. Il me semble même qu’elle manifesta l’intention de faire le chemin de croix, mais je ne suis pas certain qu’elle le gravit effectivement.

Les grâces que l’on demande ne sont pas toujours celles qu’on obtient. J’ai l’impression qu’elle retrouva une certaine sérénité.
Mais de guérison radicale, malheureusement pas.

Lorsqu’elle était sortie de l’hôpital en Juin 1960, les Sœurs d’Anne Marie Javouhey avaient fait revenir les meubles de Maman dans une maison qui fait l’angle de la rue Jullien et de la rue Anne Marie Javouhey. L’aumônier de l’hôpital occupait le rez de chaussée et nous logions au premier étage. Je me souviens très bien de la disposition du logement, ce qui est loin d’être le cas pour les autres habitations que nous avons eues à Alençon ou ailleurs.
Lorsque Maman dut retourner à l’hôpital, le logement nous fut conservé dans l’espoir sans doute d’une sortie définitive. Je me rappelle très bien que lorsque j’étais seul, je m’endormais le soir en écoutant sur France Inter l’émission tardive de jazz de Frank Ténot et Daniel Filipacchi. Est-ce là que j’ai acquis l’amour du rythme ?

L’aumônier de l’hôpital était un saint prêtre très érudit, Doyen Honoraire, Officier d’Académie, Vice-président de la « Société Historique et Archéologique de l’Orne » : Léon Tabourier. Il écrivit de nombreux ouvrages que vous trouvez sur le site suivant en cliquant sur « French » : http://orlabs.oclc.org/identities/viaf-204027097.

Il me fit cadeau d’une Bible ancienne en six volumes, reliée cuir, datant de 1856, et qui lui venait d’un abbé A L’Héréteyre, qui avait été curé de Bellou sur Huisne, puis de Moulins la Marche, et avait fait partie de la « Société Percheronne d’histoire et d’archéologie » qui fonda en 1901 la « Société Archéologique du Perche ».

Rien que des gens très savants. Le petit séminariste que j’étais était très fier de cet héritage.

Parmi les ouvrages que Léon Tabourier avait écrits, deux m’intéressaient particulièrement. J’en fis l’acquisition récemment sur Internet grâce aux sites vendant des livres rares ou épuisés. Il faut taper le titre exact du livre.

La plaquette sur Notre Dame d’Alençon (1952-1953) est vraiment très intéressante, même si elle n’est pas à jour des travaux qui y furent faits plus tard, ni de son érection en Basilique mineure.

Dans ma jeunesse, j’avais toujours entendu parler de la « Cathédrale » Notre Dame d’Alençon. Léon Tabourier explique très bien que l’édifice ne mérite pas vraiment cette appellation. Il eût fallu qu’elle possédât le siège (ou « cathèdre ») de l’évêque. Par contre, à deux reprises elle joua le rôle de Cathédrale, grâce au sacre de deux évêques : Mgr Léonard de Matignon, évêque de Coutances, le 9 Octobre 1963 par Mgr François de Péricard, et Mgr Marcel Grandin, vicaire apostolique de l’Oubangui-Chari, le 18 Janvier 1938 par Mgr Octave Pasquet. Léon Tabourier résume la construction de l’édifice et détaille ses richesses artistiques : nef, portail, chapelles, chaire, autel principal, buffet d’orgues, vitraux, peintures, statutaires, …

Le livre qu’il intitula « Trois siècles de Vie lévitique – Le Grand Séminaire de Sées » est également instructif. Son objectif vise à rappeler au diocèse les 3 siècles de sacrifices moraux et matériels déjà consentis pour assurer à la famille sagienne « sa cellule vitale, un Grand Séminaire ».

Le livre imprimé en 1953 s’arrête pratiquement à la consécration, le 17 Juillet
1945, par Mgr Octave Pasquet, de la chapelle du nouveau Grand Séminaire que les gens de notre génération ont connu. L’état de l’édifice avant l’o ccupation allemande est précisémentdécrit : l’entrée, le cloître, la chapelle avec ses peintures murales, ses verrières, ses stalles, l’autel, le tabernacle, la tribune et son orgue offert par M. Georges Roulleaux-Dugage, ancien député, le musée diocésain, la grande bibliothèque, le grand réfectoire …

En Décembre 1960, Maman dut réintégrer le Centre psychothérapique. Manifestement, elle n’était pas redevenue apte à affronter la vie quotidienne. Elle touchera une pension d’invalidité a/c du 1er Août 1962.

Comme je l’ai déjà dit, j’avais raté lamentablement mon bac en 1960. Je redoublai donc la terminale avec le Père Olivier Théon comme professeur de philosophie. Je n’ai jamais connu une telle intelligence à la fois de finesse
et de largeur d’esprit. Ses cours d’histoire de la philosophie, de logique, de morale générale et appliquée, d’esthétique constituent pour moi des condensés de la « culture générale » qu’un « esprit bien né » de notre époque
doit connaître pour comprendre le monde. Bien entendu, je ne méconnais pas les découvertes plus récentes qui ont aussi changé le monde, je citerais pêle-mêle : l’informatique, l’Internet, l’école de Palo Alto, les sciences de la
communication, tous les domaines scientifiques … et j’ai conscience d’être ridicule en en omettant beaucoup …

Toujours est-il qu’en 1962, je réussis à décrocher le fameux bac. Merci à tous ceux qui se sont donné du mal pour que j’y arrive enfin.

Je ne sais plus du tout ce que je faisais pendant l’été 1962. Mais lorsque ma grand’mère mourut chez les Petites Sœurs des Pauvres d’Alençon le 14 Juillet 1962, Maman ne me prévint pas.
J’ai déjà raconté dans le dossier « Origines » de mes « Rubriques personnelles » que Maman avait tellement peur de des frères et sœurs qu’elle s’était cachée à la tribune lors de la messe des obsèques.
Je ne peux pas lui en vouloir de ces peurs maladives, sans doute d’ailleurs au moins partiellement justifiées.
En Septembre 1962, je rentrai au Grand Séminaire de Séez.

Le Père Roullin, qui fut mon « directeur de conscience » pendant tout le Grand Séminaire, avait accepté à la demande de ceux qui veillaient sur moi (?) que les meubles de Maman soient entreposés dans les greniers de l’établissement. Sauf erreur, ils y restèrent non seulement pendant tout mon Grand Séminaire et son appendice à La Chapelle près Séez, mais aussi pendant mon voyage en Allemagne ainsi que tout mon service militaire au Tchad et mon temps de travail à l’école Bignon de Mortagne. Je les récupérerai seulement pour mon premier mariage en Juillet 1966. Pratiquement 7 ans de gardiennage gratuit, ce n’est pas fréquent ! Merci encore !

De ma première année de Grand Séminaire, je ne garde que peu de souvenirs. Ce n’est pas bien, mais je me rappelle surtout de l’orgue qui n’était pas d’une qualité extraordinaire. Il était entretenu par Roger Lambert tout à fait conscient qu’il ne pouvait pas faire de miracles. Il y fait allusion au début de ses mémoires « Tournevis et accordoirs ». « La maison Cavaillé était en perdition larvée et avait démarré un système électrique voué aux pannes incessantes ». Son frère Henri lui racontait : « Quand on livrait un de ces malheureux binious, on faisait tout pour qu’il puisse marcher un peu, le temps d’aller à la gare où on se cachait derrière les banquettes, de peur de voir arriver le client ». Mais il faut croire que l’entretien de Roger Lambert servait quand même à quelque chose pour les offices et l’entraînement des apprentis organistes.

Décidément cette période était pour moi définitivement placée sous le signe de l’orgue. Grâce au Père Queinnec qui en eut certainement l’idée, mit en place le financement et me prêta sa soutane (voir « Mes Académies d’orgue »), je pus participer à la deuxième Académie d’Orgue animée en Juillet 1963 par Pierre Cochereau, René Saorgin et Marcel Prévost sur l’orgue baroque français à Saint Maximin de Provence. Ce fut pour moi une chance incroyable. On n’en était qu’au début du renouveau de l’orgue baroque. Monsieur Trouvé m’avait initié comme beaucoup d’autres aux messes de Couperin et aux suites de Clérambault. Mais bénéficier des dernières découvertes en matière d’interprétation de cette musique fut pour moi primordial et ne put que m’inciter à poursuivre dans cette voie de la recherche de l’authenticité de l’interprétation.

Je rentrai en seconde année de Grand Séminaire en Septembre 1963. Mais à la fin du 1er trimestre, le Père Roullin me fit comprendre qu’il ne ressentait pas vraiment chez moi la vocation sacerdotale. Aussi fut-il décidé qu’à partir de Janvier, j’irais faire fonction de surveillant à l’Institut Saint Joseph de La Chapelle près Séez jusqu’en Juin 1964. Des collègues du Grand Séminaire se dévouèrent pour me faire des doubles des cours, mais je leur avoue aujourd’hui à ma grande honte, que je n’en fis pas un usage immodéré. Mille pardons. Mon esprit était ailleurs. Je ne sais pas trop à quoi d’ailleurs. Et de toute façon, la perspective du service militaire approchait.

Mais l’été 1964 fut en bonne partie occupé par une expédition en Allemagne. Je ne sais trop qui avait pris l’initiative, mais l’abbé Bazin, curé de La Chapelle près Séez, avait des amis en Allemagne et il allait les voir régulièrement. Cette année là, il emmena deux (ex ?) séminaristes avec lui, Serge Richer et moi.
Je n’aurais personnellement conservé de la chose qu’un souvenir très vague. Je ne sais pas pourquoi par exemple je m’étais mis en tête que von Papen était un hitlérien, alors qu’il avait en fait été écarté du pouvoir par Hitler.

Heureusement, l’ami Serge Richer était déjà un historien dans l’âme et il fit de notre expédition un récit très précis et détaillé, jour par jour.
13 Juillet : parti de La Chapelle près Séez à 2 h 20 du matin, le conducteur, harassé, atteint Strasbourg à 22 h.
14 Juillet : matinée à Strasbourg, passage de la frontière à 16 h 15, arrivée à Rastatt chez Frau Morath à 18 h 30, je logerai chez le Recteur et Serge chez des religieuses.

Le journal de l’expédition fait cinq pages. Encore a-t-il été selon Serge « un peu expurgé ». Un petit résumé :
18 Juillet : promenade en Forêt Noire,
19 Juillet après-midi : nous allons voir le vicaire de Karlsruhe, je me « jette sur l’orgue », quant à Serge « c’est la 1ère fois qu’ (il) touche à un orgue »,
20 et 21 Juillet : promenades dans Rastatt,
23 Juillet : expédition à pied avec Serge vers le « Schloss Favorite », son beau parc, ses cygnes,
24 Juillet : à 7 h 15, Bundesbahn pour Achern, puis bus pour Erlendab, le matin, montée du Hornisgrinde, mais seul Serge ira jusqu’en haut, l’après-midi, visite à Franz von Papen qui nous offre un thé,
25 Juillet : courses à Karlsruhe, le complet acheté par l’abbé Bazin ne lui plaît pas beaucoup,

26 Juillet : Frau Morath est absente, nous faisons de la musique chez elle et mettons son lit en portefeuille,

27 Juillet : on va chercher Frau Morath (ci-contre) à la gare, « temps très lourd, on n’est pas courageux sauf (moi) au piano »,

28 Juillet : le Recteur étant parti, je rejoins Serge chez les religieuses, l’abbé Bazin tombe malade,
30 Juillet : l’abbé Bazin va mieux et donne une ultime leçon de conduite à Frau Morath,
31 Juillet : Frau Morath réussit son permis de conduire, on fête ça l’après midi : chants, discours, « champagne » …
1er Août : Frau Morath nous emmène voir le film « Le Cardinal », à l’apparition de Hitler, gros silence dans la salle, puis gros éclat de rire, (dans la région, Hitler avait été reçu avec des tomates),
2 Août : départ pour Bülhertal,
4 Août : adieux aux soeurs, départ de Rastatt à 11 h, déjeuner à Strasbourg que nous quittons à 16h,
5 Août : toujours sur la route, essai infructueux de repos près de Chartres, arrivée à Alençon à 8 h.
Merci à l’abbé Bazin, à Serge Richer et à tous ceux qui nous ont si bien reçus et accueillis.

Puis vint le temps du service militaire que j’effectuai au Tchad au titre de la Coopération

Ajourné en 1963, incorporé en Septembre 1964
Libéré le 1er Janvier 1966

Ce que ne disent pas les documents ci-dessus, c’est que si je fus « ajourné » en 1963, ce fut pour « insuffisance pondérale ». Aussi incroyable que cela puisse paraître à ceux qui me connaissent aujourd’hui, c’est pourtant vrai. Il suffit d’ailleurs de vérifier sur les pages qui précèdent que j’étais sans conteste beaucoup moins ventru que maintenant.
Après un mois de classes à Vannes (faut c’qui faut, coopération ou pas !), le Ministère de la Coopération à Fort-Lamy prit livraison de moi le 1er Octobre 1964. Je fus hébergé très peu de temps chez les jésuites de cette ville. Mais il me fallut, pour rejoindre Fort- Archambault où j’étais affecté, prendre un affreux coucou qui me brinquebala tant bien que mal jusqu’à bon port.

A Fort-Archambault, je dus enseigner le français et le latin aux petits noirs des 6ème et 5ème du collège/séminaire Charles Lwanga, tenu par des jésuites. Curieuse rencontre du destin, quelques années plus tard, le Père Jean du Mesnil du Buisson fut lui aussi hébergé au même collège, mais je crois que c’était comme prêtre de la paroisse.
Quelques photos du temps que j’ai connu.

Quels souvenirs me restent-ils aujourd’hui de cette période ?

  • La soif d’apprendre des élèves africains, certains étaient très doués, en particulier celui qui m’avait donné lors de mon départ la tête sculptée que j’ai gardée toute ma vie. Je lui avais promis des partitions d’orgue et ne lui ai jamais envoyées. La base de la statue porte le nom de N’GAH. J’ignore si c’était son nom. S’il lit ces lignes et se reconnaît, qu’il n’hésite pas à me contacter.
  • Pour la petite histoire, un autre élève m’avait proposé sa soeur comme cadeau de départ. J’avais décliné l’offre.
  • Le permis de conduire où l’instructeur noir me fit faire quatre marches arrière que je ratai somptueusement et me donna quand même le permis.
  • Les jeunes apprentis jésuites qui faisaient leur noviciat et qui tous étaient super brillants; j’ai en mémoire l’un d’eux qui grattait le sol dans le nord du Tchad.
  • Le frère italien qui faisait la cuisine et qui voulait qu’après le service militaire je parte au Liban comme organiste à l’Université de Beyrouth.

La fin de l’année scolaire 1964-1965 étant finie, je rentrai en métropole et fus affecté à la CA du 1er RIMA, caserne du Roc à Granville.
J’ai déjà avoué que le temps que je passais comme assistant de secrétariat du Capitaine était surtout consacré à la retranscription sommaire de ce que j’avais engrangé à l’Académie d’orgue de St Maximin de Provence.
Je me rappelle avoir touché l’orgue de Notre Dame du Roc, mais il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, et de toute façon, je n’avais pas de partitions à l’époque.

Constatant la quantité et le sérieux du travail fourni, on me détacha à compter du 27 Octobre 1965 à l’état major de la 9ème Brigade de Saint Malo. Affecté à la Chancellerie, ma mission de confiance consistait à plastifier la couverture des dossiers des Officiers.
Enfin, je serai « libéré » du service militaire le 1er Janvier 1966.

La suite de la saga se trouve dans la rubrique Ma vie personnelle et familiale de 1966 à 1985.

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