Monsieur André PINÇON, Maire de Laval, me nomma donc Directeur des Services Administratifs de cette ville à compter du 1er Novembre 1983.

Vous trouverez quelques renseignements sur lui sur les sites suivants :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pin%C3%A7on
http://suite101.fr/article/laval-sous-andre-pinon–la-salle-polyvalente-le-tgv-a13615
Le second, plus détaillé, est dû à Jean Christophe Gruau.

André Pinçon fut Maire de Laval pendant plus de 20 ans de 1973, après le décès de Robert Buron, à 1994, année où il laissa sa place à Yves Patoux, son Adjoint aux Finances.
Pour se cantonner au domaine des équipements et de l’urbanisme, on lui doit une série impressionnante de réalisations et d’interventions qui façonnèrent la ville de Laval pour des générations :

  • Ouverture du nouvel hôpital dans le quartier des Fourches,
  • Destruction du Grand Séminaire et construction des immeubles des Horizons, rue Jean Macé,
  • Construction d’un nouveau quartier de plusieurs milliers d’habitants au
  • Soutien du « Stade Lavallois » qui passe en première division pendant 13 ans de 1976 à 1989,
  • Modification du plan de circulation en centre ville et aménagement de la place principale devant la mairie autour d’une fontaine fort irrévérencieusement surnommée la « pissette à Pinçon », en remplacement des « fesses à Gonnet » qu’évoquait la configuration précédente de la place,
  • Construction d’une vaste Salle polyvalente à la place de l’ancien Palais de l’Industrie,
  • Également place de Hercé, réalisation d’une nouvelle Bibliothèque municipale,
  • Ouverture d’un Centre de droit et d’économie à la Maillarderie, prémices de la Fac de droit,
  • Aménagement de la gare pour l’accueil en 1989 du premier TGV qui met Paris à 1 h ½ de trajet,
  • Aménagement des Allées de la Résistance,
  • Restructuration des anciennes Halles place du 11 Novembre pour l’accueil du nouveau bureau de poste, de l’Office de Tourisme et d’un bureau des « Transports Urbains Lavallois »,
  • Aménagement dans l’ancienne poste de la place du 11 Novembre de bureaux administratifs pour l’accueil des services municipaux, l’Hôtel de Ville étant réservé aux salles du Conseil municipal et des Mariages, ainsi qu’aux bureaux des élus,
  • Acquisition d’immeubles rue Souchu-Servinière pour dégager la vue sur les remparts et permettre la remise en valeur de ces vestiges historiques du vieux Laval,
  • Et beaucoup d’autres que j’oublie forcément … ,

Des quatre postes de Directeur de Services Administratifs créés par la Ville de Laval, celui de l’Administration générale et du Personnel me fut dévolu.
J’eus ainsi la chance de travailler de 1983 à 1989 en liaison étroite avec Mr Victor Robin, adjoint au Maire, syndicaliste FO et attaché administratif à l’Équipement, et Mr Francis Malle, Secrétaire Général, ancien fonctionnaire préfectoral, tous deux très humanistes et familiers du statut des fonctionnaires et des négociations salariales.

On doit à la municipalité d’André Pinçon, soutenu par son Adjoint et son Secrétaire général :

  • La signature et la mise en oeuvre d’un contrat de solidarité qui permit la réduction à 35 heures au 1er Janvier 1984 de la durée hebdomadaire de travail du personnel communal, des départs en retraite anticipée, des créations de postes de fonctionnaires et l’embauche de « TUC »,
  • Une concertation soutenue avec les organisations syndicales et la création d’un Comité Technique Paritaire régulièrement consulté,
  • La consolidation d’un système de recrutements, examens et concours d’une impartialité absolue ainsi que d’avancements à l’ancienneté quasiment automatiques et de « coups de chapeau » avant le départ en retraite,
  • L’accentuation de la politique de formation pour les personnels afin de leur permettre d’améliorer leurs connaissances professionnelles et leur culture générale,
  • Une politique généreuse au profit des œuvres sociales du personnel communal …

Mr Victor Robin ne se représenta pas aux élections municipales de 1989 et Mr Francis Malle cessa ses fonctions à Laval pour aller siéger à la Chambre Régionale des Comptes de Caen (Bénouville).

Un journal interne fut créé en Octobre 1988.
Il vivra quelques 10 années jusqu’à ce que « Services compris » le remplace.

SOUVENIRS, SOUVENIRS … LA DRH EN NOVEMBRE 1988

Avec une pensée émue pour Josiane ROUX et nos amitiés aux anciens …

Après le départ de Francis Malle, ce fut Pierre Triquet, ancien Directeur financier, qui fut chargé de le remplacer. Pour ma part, je serai nommé Secrétaire Général Adjoint avec effet du 15 Avril 1989.
Les élections municipales ayant eu lieu les 12 et 19 Mars 1989, le Maire et les adjoints furent élus le 11 Avril. Sans surprise, Mr André Pinçon, tête de liste, fut réélu Maire.

Pierre TRIQUET qui avait remplacé Francis MALLE
comme Secrétaire Général

En tant que responsables de l’Administration générale, furent désignés :

  • Mr Roland Dumet, adjoint au Personnel, ancien gendarme en Outre-mer, grand boxeur et arbitre dans ce sport, Inspecteur principal des permis de conduire, Président de la CAF,
  • Mr Robert Le Gallic, conseiller municipal délégué, ancien chef de gare à la SNCF, Président du Comité Hygiène et Sécurité, chargé des locaux aux associations et de la Salle Polyvalente.

Roland DUMET, élu en
1989, Adjoint au personnel

Robert LE GALLIC, élu en
1989, Conseiller délégué à
l’Hygiène et la Sécurité

De cette période, je me souviens de la réorganisation de la DRH en 1990 : poursuite de l’informatisation, fusion gestion et paye, service concours, formation et sécurité …

Des séminaires furent organisés pour les cadres :

  • En Octobre 1990, au « Bas Mont » près de Moulay, autour de MM Dumet et Le Gallic, pour réfléchir au fonctionnement des services municipaux Lavallois,
  • En Avril 1991, à La Pommeraye, avec le concours du CNFPT, autour de Mr André Pinçon, Maire, et de dix de ses adjoints, pour rechercher une meilleure coordination entre les élus et les fonctionnaires.

C’est de cette époque aussi que date la mise en oeuvre et la montée en puissance des « CES » (20 heures/semaine payées au SMIC pour les jeunes, certains demandeurs d’emploi et les personnes en grande difficulté).

Événement important le 1er Novembre 1991 : le départ de Pierre Triquet, Secrétaire Général.

Dans une interview accordée à « Mairie Info » en Janvier 1992, Mr André Pinçon, Maire, explique en toute transparence la procédure adoptée pour son remplacement.
Il attend du nouveau Secrétaire Général qu’il soit le seul responsable du personnel et des chefs de services. Il devra « diriger l’entreprise Mairie, s’appuyant en cela sur un solide staff d’encadrement » et « appliquer la politique votée par le Conseil Municipal ».

L’heureux élu sera Patrick Ayache, Administrateur, précédemment Secrétaire Général Adjoint de la ville d’Argenteuil depuis 1987, après avoir été enseignant, puis Directeur administratif à Franconville en 1978 et Secrétaire Général à St Maur des Fossés en 1983.

Dans l’interview qu’il accorde à « Mairie Info » en Avril 1992, il annonce une nouvelle organisation des services, une réorganisation des structures et la création d’une direction générale.

NOUVEL ORGANIGRAMME DES SERVICES

Ce nouvel organigramme présenté à l’automne 1992 vise des objectifs de développement de services et des objectifs de gestion : faire mieux avec moins, produire plus et moins cher, mieux gérer les ressources humaines, augmenter les marges de manœuvre budgétaire, mieux répondre aux besoins des usagers, mieux conseiller les élus.
Pour maîtriser la masse salariale, la DRH doit s’organiser : freiner l’évolution des effectifs, améliorer les reclassements, optimiser l’outil informatique, développer des tableaux de bord. Il en résulte pour la DRH un nouveau projet d’organigramme. On commence à parler gestion prévisionnelle.

La manifestation des vœux du Maire de Janvier 1993 fut déstabilisée par une manifestation syndicale contre la privatisation du service de l’eau et de l’assainissement. Cette hypothèque sera complètement levée par la municipalité au printemps suivant.

Dans des réunions de chefs de service organisées à l’époque, on aborde la question de la gestion prévisionnelle des ressources humaines dans un climat oscillant entre l’indifférence et la méfiance.
On fait appel à un cabinet privé qui propose une méthodologie assez complexe à base de grilles et de questionnaires mettant en rapport les prestations effectuées, les ressources humaines mobilisées, les dépenses gérées et les bénéficiaires et d’analyser la qualité du service assuré et les possibilités de son amélioration. Les chefs de services sont parfois sceptiques sur la méthodologie appliquée. Ils se plaignent de n’avoir pas été assistés par le cabinet conseil et de se trouver pris dans une usine à gaz aux résultats hétéroclites qu’il sera bien difficile de consolider. Ils reconnaissent que le fait d’avoir été obligés de réfléchir à leur fonctionnement a déjà été utile en soi et les aide à tout moment à réorganiser leur service et à optimiser ses prestations.
Du côté de la DRH, il apparaît rapidement que les moyens sont insuffisants pour constituer une base de données informatique homogène. Au début de l’année 1995, il est décidé de créer un poste d’attaché qui ne sera recruté qu’au printemps. Mais il aurait fallu remettre sur le métier tout le travail réalisé en 1993. Entre temps, d’autres événements étaient intervenus.

A la suite de la démission prévue de Mr André Pinçon, Mr Yves Patoux, ancien adjoint aux finances, est élu Maire de Laval le 28 Janvier 1994.
Il entend bien « mener à terme les grands chantiers en cours » (l’aménagement de la poste et de la rue Souchu Servinière par exemple) et « engager de nouveaux projets ».

Il réaffirme son « attachement au Service public » et considère que « celui de Laval est de qualité ». S’il a « la volonté d’être un homme de terrain et d’aller à la rencontre des Lavalloises et des Lavallois », il « restera aussi disponible pour travailler avec (les personnels municipaux) ».

Les plans d’installation des services municipaux dans l’ancienne poste sont publiés dans le « Services compris » de Septembre 1994. La DRH n’y figure pas. Et pour cause, elle doit émigrer place St Tugal. Le déménagement interviendra en Juin 1995.

La gestion administrative, paye comprise, accapare presque tout le rez de chaussée des deux bâtiments. L’assistante sociale y loge aussi son bureau.
L’étage du bâtiment plus récent (grandes baies vitrées) est dévolu à mon bureau et à ceux de la gestion financière.
Le 1er étage du bâtiment ancien (fenêtres traditionnelles) loge le service « Recrutement, formation et sécurité ».
Quant au 2ème étage du même bâtiment, il accueille une grande salle de formation tout à fait bienvenue et le bureau de l’attachée recrutée pour superviser la « gestion prévisionnelle ».
Les personnels sont satisfaits de pouvoir stationner les voitures.
Mais les contacts avec les services ne sont pas facilités. Les allées et venues entre la place St Tugal et le Centre administratif sont fréquentes.

Aux élections municipales des 11 et 18 Juin 1995, la liste conduite par l’UDF François d’Aubert devance celle menée par le socialiste Yves Patoux.
Magistrat à la Cour des Comptes, ENA, député, Conseiller Régional et à l’époque
Secrétaire d’État au Budget, François d’Aubert est aussi l’auteur de plusieurs livres (lutte contre les paradis fiscaux, Colbert …).

Vous trouverez son parcours : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_d’Aubert

Dans la lettre qu’il adresse aux personnels communaux dans le « Services compris » de Juin 1995, il promeut :

  • Une gestion transparente pour l’ensemble des élus, la population et le personnel communal,
  • Une municipalité impartiale sans parti pris, préférence partisane ni règlements de comptes,
  • Le respect permanent de la moralité publique, notamment dans la gestion des deniers publics,
  • Le maintien intégral des situations et des droits acquis de l’ensemble du personnel communal.

Conseiller municipal d’opposition depuis 1983, Roger Grandière, ancien responsable administratif des Nouvelles Galeries, membre du Conseil des Prud’hommes, devient Adjoint au personnel.
Il se dit très attaché au respect des droits acquis et manifeste sa volonté d’écoute à l’égard de toutes les catégories de personnel. Il souhaite porter une attention plus grande aux organisations syndicales et milite pour une communication interne où les agents soient davantage associés.

On apprend que Patrick Ayache, Secrétaire Général, va quitter Laval pour Arles le 28 Octobre 1995. Sa plus grande satisfaction est d’avoir piloté avec André Pinçon la mise en place de la communauté de communes. Il s’honore aussi de la réorganisation des services municipaux (séparation services techniques et urbanisme, regroupement des ateliers au CTM, développement culturel, direction des SIC, nouveau centre administratif), mais ne s’est pas suffisamment impliqué dans la communication interne. Pour lui, le taux d’encadrement des services municipaux est encore trop faible et il conseille à son successeur de travailler sur le secteur Jeunesse et Vie de Quartier.

Son successeur, ce sera Jean Pierre Bonet, nommé le 1er Décembre 1995.
J’avais fait le Centre Supérieur de Fontainebleau dans la même promotion que lui, la troisième, Nous n’avions ni sympathisé, ni travaillé sur le même projet en fin de formation (pour moi, il s’était agi de l’organisation des services municipaux d’Orléans).
Il se présente longuement dans le « Services compris » de Décembre 1995.

Je dois avouer que je n’ai jamais eu affaire de ma vie à quelqu’un d’aussi loquace, que ce soit en réunion officielle ou informelle, ou en entretien privé. Certains se demandent si c’est une tactique pour lasser son monde et finir par avoir raison. D’autres supposent que c’est sa petite taille qui l’aurait formaté dans sa jeunesse à s’imposer par la parole faute d’autres atouts. Je ne suis pas qualifié pour me prononcer sur le pourquoi. Mais le résultat est là. Et je peux témoigner qu’il n’est vraiment pas facile de travailler efficacement avec un tel chef !

Jean Pierre Bonet n’aimait pas la contradiction orale incisive de certains syndicalistes. Il semble qu’il ne l’aimait pas non plus écrite. Il avait, a-t-on dit, « censuré » un article du syndicat FO dans le « Services compris » N° 31 de Mars 1996 en raison d’une mise en cause nominative. Le N° 32 d’Avril 1996 sera le dernier. Jean Christophe Gruau, journaliste, y espère encore « Que vive Services Compris » et relate la dernière réunion du comité de rédaction. Mais il n’y aura pas de N° 33. Un « Vecteur libre et indépendant » sera créé et diffusé par le syndicat FO.

Pour ce qui la concerne, la DRH joindra des informations aux bulletins de salaire de Février à Octobre 1997 : le congé de fin d’activité, le rapport du groupe de travail constitué par le Secrétaire Général pour réfléchir au journal interne, la médecine du travail, le plan de titularisation, la création d’une filière animation, les avantages sociaux, la formation et le plan de formation.

En Novembre 1997, Jean Pierre Bonet fait paraître son nouveau journal interne.
La présentation graphique du titre prête aux quolibets syndicaux. Le « vague à L’AMe », le « caLAMiteux », « LA M ». Le « LAM », comme on l’appelle en abrégé, sort habillé pour l’hiver.

Au printemps 1998, vient l’éclosion du grand oeuvre de Jean Pierre Bonet, l’organigramme des services municipaux. Le Maire François d’Aubert veut démanteler l' »armée mexicaine » de l’organigramme de 1992. Il faut reconnaître que ce document fournissait des armes pour se faire battre, avec sa profusion de directions rattachées directement (ou via le DGST) au Secrétaire général des services. Mais beaucoup de Lavallois ont supposé qu’on en a profité pour supprimer au passage quelques Directeurs gênants.

Ce furent en effet les suppressions (ou décharges) de postes qui mirent le feu aux poudres avec les organisations syndicales et le personnel lui –même. Plusieurs manifestations rassemblèrent de 150 à 400 personnes. 4 Secrétaires généraux adjoints étaient « déchargés de fonction ». 2 avaient senti le vent venir et étaient partis avant. Les 2 autres, dont votre serviteur, furent réintégrés dans le grade de Directeur.

Trop âgé pour rechercher une mutation et n’ayant pas les moyens de démissionner, j’essayai de prendre les choses avec humour et philosophie.

Mais le pire, et de loin, concernait les suppressions de postes, avec « mises en surnombre » à la clé : un Attaché principal, un Directeur et deux Ingénieurs en chef. Parmi les quatre agents visés, on compte deux élus du personnel, dont l’un est par ailleurs Secrétaire Départemental du RPR. (Les mânes d’Alfred Jarry et du Père Ubu ne sont pas loin) ! Si le projet avait été mené à bonne fin, quel gâchis ! Heureusement, on s’y est pris de telle façon que la manœuvre a échoué. Le Conseil municipal n’est pas informé de l’avis du CTP. On modifie la délibération après coup ! Les intéressés sont priés de quitter leurs lieux de travail. La Préfecture demande au Maire de convoquer à nouveau le Conseil Municipal.

Il y a aussi du rififi au sein de la municipalité. Le 21 Avril 1998, Roger Grandière se voit retirer sa délégation au personnel et à la communication interne. Il avait osé reprocher au Maire son soutien aux Présidents de région élus avec les voix d’extrême droite. Il ne retrouvera sa délégation que le 18 Janvier 2000.

Quand le « nouvel organigramme » fut rendu public, Jean Pierre Bonet m’avait dit : « Je n’avais pas pu t’en parler puisque tu étais concerné ! » Dieu, merci. Je ne peux pas imaginer comment j’aurais pu appliquer une telle politique !
Le 10 Septembre 1998, après avoir saisi le Maire antérieurement, j’adresse une lettre aux Conseillers Municipaux de la majorité pour attirer leur attention sur les irrégularités commises et le risque de détournement de procédure.
Jean Pierre Bonet se fait menaçant. Parmi les reproches qu’il formule, j’avoue me souvenir seulement que je n’aurais pas dû utiliser les enveloppes à entête de la Mairie de Laval. Comme si ce n’était pas en tant que fonctionnaire de la Ville de Laval que j’écrivais !

Cette lettre me valut les honneurs du « Vecteur Libre et Indépendant » (FO) en un ton grave peu commun. Après les jugements du Tribunal Administratif, on parlera encore de moi, mais sur un ton blagueur plus habituel.

Après la lettre du 10 Septembre 1998 :

C’est dans l’adversité et les situations exceptionnelles que se révèlent le plus souvent les hommes de conviction qui ne transigent pas avec leur éthique professionnelle et personnelle.
C’est le cas pour Jean Claude Duval, Secrétaire Général Adjoint et Directeur des Ressources Humaines.

Jean Claude Duval vient d’accomplir un acte exceptionnel qui l’honore et qui témoigne d’un grand courage face au système qui se met en place depuis le mois de juin 1998.

Le 10 septembre 1998, Jean Claude Duval prenait sa plume en sa qualité de Directeur des Ressources Humaines et adressait un document de 11 pages à l’ensemble des Conseillers Municipaux de la majorité municipale.

Son propos porte sur la réorganisation entreprise par le Maire; il vise à informer les Conseillers Municipaux sur la réalité des objectifs de cette opération et la légalité des moyens mis en oeuvre.

Il précise sa démarche en ces termes en se fondant sur son devoir de fonctionnaire

Il indique qu’il a averti à deux reprises le Maire, les 7 août et 10 septembre, sur la méthode employée et ses objectifs.

Il résume les arguments qu’il a produit en 4 points

Voilà une attitude claire, exemplaire et sans équivoque qui devrait interpeller et susciter la réflexion de l’ensemble des fonctionnaires de la Mairie de Laval.

N’en jetez plus ! La cour est pleine.

Après les jugements du Tribunal Administratif :

Je préfère ce style satirique !

Nous en étions donc au 10 Septembre 1998. Je ne suis pas capable de relater ici tous les errements qui furent commis en matière d’organisation des services pendant les années qui suivirent. Je suis parti en cessation anticipée d’activité en Août 2002. Le dernier organigramme général que j’ai conservé est daté du 1er Mars 2001. Sauf erreur, ce devait être le 6ème depuis 1995.

On ne compte pas le nombre de réunions de CTP et de CAP qui furent organisées sur le sujet, le nombre de délibérations qui furent prises, le nombre d’arrêtés qui furent signés (et parfois, qui plus est, sans concordance avec la délibération votée par le Conseil Municipal, ou un jour férié), le nombre des jugements désavouant la Ville de Laval qui furent prononcés par le Tribunal administratif …

Même le successeur de Jean Pierre Bonet, Jean Jacques Delory aura à en subir les conséquences. Ainsi le 7 Février 2002, le Tribunal administratif accordera réparation financière à un Directeur mis en surnombre. Le 7 Février 2003, il
annulera une note de service relative aux fonctions d’un Ingénieur en chef. Le 21 Juillet 2004, l’organigramme des Services techniques sera annulé pour détournement de pouvoir concernant les fonctions du même Ingénieur en chef …

Comment un organisme comme la Ville de Laval a-t-il pu continuer à fonctionner dans une telle ambiance de désorganisation, pour ne pas dire plus ? Ce n’est que grâce à l’expérience et à la conscience professionnelle des personnels que les services purent continuer à donner malgré tout satisfaction à la population.

A compter du 1er Décembre 1998, il fut donc mis fin à mon détachement sur l’emploi fonctionnel de Secrétaire Général Adjoint chargé des Ressources Humaines et je fus réintégré dans l’emploi de Directeur, tout en conservant les
fonctions de Directeur des Ressources Humaines. Il est bien évident que je fus encore moins qu’avant informé des orientations ou des décisions importantes relatives au personnel.

En fait, je restai le coordonnateur des services de la DRH, transmettant les instructions du Secrétaire Général, organisant des réunions régulières avec l’Adjoint au personnel et faisant moi-même les comptes-rendus de ces réunions
pour en décharger Sylvie, la secrétaire, qui avait beaucoup d’autres tâches à assumer.

Je ne m’en souvenais plus, mais en feuilletant le LAM je vois que je rédigeais des articles de fond sur les grands principes ou les institutions de la Fonction publique territoriale. De certains d’entre eux, je ne rougis pas aujourd’hui.
Mais je dois avouer que j’en trouve plusieurs autres beaucoup trop compliqués. Je m’étais laissé embarquer dans le plaisir de la recherche jurisprudentielle, inintéressante pour le plus grand nombre. J’en demande pardon.

Bien entendu, je m’entretenais aussi autant qu’ils (ou elles) le voulaient avec les chefs de service de la DRH. Combien de fois ai-je remarqué qu’il suffisait de les écouter et de les encourager dans leur réflexion pour qu’ils trouvent eux mêmes les solutions à leurs interrogations ?
Il m’arrivait également de recevoir d’autres chefs de service (qui parfois étaient pris d’un long fou rire quand ils voyaient sur la table à côté les « trophées confisqués à l’armée mexicaine ») ou des représentants syndicaux qui me demandaient mon avis sur tel ou tel point. Je reconnais avoir quelquefois fait monter des larmes aux yeux de certaines représentantes syndicales, mais c’étaient des larmes de compassion dans un cas, de joie dans l’autre.

Aux élections municipales des 11 et 18 Mars 2001, la liste de François d’Aubert l’emporta.
André Troadec devint Adjoint au personnel. Je lui demandai un entretien et lui expliquai l’état d’esprit qui était le mien compte tenu des circonstances. Il fut tout à fait correct avec moi. Je travaillai avec lui en toute loyauté, sans pour autant constituer une force de proposition sur les grandes orientations concernant la politique du personnel. Telle était bien, sauf erreur, l’esprit et l’objet de ma décharge de fonction.

Un recrutement décisif intervient le 1er Juin 2001 : Catherine Delage, détachée de Météo
France, devient chargée de mission Communication Interne à la Ville de Laval. Arrivée en Mayenne en 2000, elle n’y a pas fait « la pluie et le beau temps » et n’entend pas les faire non plus à la Ville de Laval. Elle ne dépend pas de moi, mais j’ai grand plaisir à travailler avec elle.
Je trouve ses jugements très pertinents et fins. Je ne connais pas sa marge de manœuvre sur
la communication interne, mais les articles de la DRH deviennent lisibles ! Et puis elle fera un reportage taquin mais amical sur mon pot de départ ! (voir plus loin)

Jean Pierre Bonet étant parti à la Communauté d’Agglomération de Laval, Jean Jacques Delory le remplace à la Ville de Laval le 1er Juin 2002. Agé de 45 ans et père de trois enfants, il a fait carrière à Albert (Somme), Champagne sur Oise, Soisy sous Montmorency, Saint Chamond et Saint Etienne. Il a obtenu une Licence en Droit et
un DESS en administration et gestion des Collectivités Locales. Dans le LAM de Mai
2002, Jean Pierre Bonet lui souhaite la bienvenue.

L’année 2002 fut pour la DRH une année de changement. Après avoir été brinqueballée en maints lieux divers, elle est enfin jugée digne d’être intégrée au Centre Administratif Municipal (ancienne Poste).

LAM de Mai 2002
LAM de Juillet Août 2002
L’organigramme de la DRH fut actualisé. Je reçus mon exemplaire le 10 Juillet 2002.
Il était temps.

En effet, je fus placé à ma demande en congé de fin d’activité à partir du 1er Août 2002 avant d’être admis à la retraite un an plus tard, premier jour du mois suivant mes 60 ans.
Mes collègues, chefs de service de la DRH, vinrent me dire au revoir dans mon nouveau et beau bureau du Centre administratif. Il y eut quelque gorge nouée, quelques yeux humides, y compris chez moi.
Les deux collègues représentants syndicaux mis en surnombre en 1998, et dont j’avais, il faut bien le reconnaître, défendu la cause, vinrent sympathiquement sabler le champagne sous l’objectif malin de Catherine Delage.

Je ne me rappelle pas que la Ville m’ait proposé d’organiser un pot pour mon départ. Grand bien me fit. De toute façon, la période n’était pas vraiment favorable.
Mais des amis m’avaient prévenu. Une collecte était organisée parmi le personnel pour m’offrir un cadeau. Je décidai de programmer une petite cérémonie d’au revoir le 26 Septembre 2002 à la maison de quartier du Pavement. J’avais bien l’intention de payer la location de la salle, mais Melle Cécile Guineheux m’en offrit la gratuité. Merci à elle.

Catherine Delage avait préparé un petit discours.
J’en ai pris pour mon compte !

« Mon révérend comme se plaisent à vous saluer quelques collègues.
Il m’a été donné de me pencher sur votre carrière, mot d’origine italienne carriera « chemin de chars », qui vient du latin populaire carraria, de carras. Tantôt char de la renommée, tantôt chemin semé d’embûches …0ui mais le problème avec vous c’est que pour faire votre portrait il faut faire attention à tout, aux mots, au style, à l’orthographe… et non vous n’aurez pas mon papier !
Le latin et le grec, comme Obélix, vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit. Tout comme lui, de votre enfance rien ! Vos collègues ne vous connaissent que « grand ». Dans tous les sens du terme, vos balbutiements dans la fonction publique territoriale, vous les avez effectués ailleurs. Successivement, vous avez gravi les marches. La première a été franchie à Paramé près de St Malo, puis à St Malo, à Senonches en Eure et Loir, à Ballancourt dans l’Essonne et enfin à Couéron en Loire-Atlantique. Comme l’araignée qui tisse sa toile; Jean-Claude a tourné pendant seize ans autour de Laval. Il faut dire que la dentelle, il connaît, il est né à Alençon !

De vaillant capitaine du navire « mairie de Laval », vous êtes devenu en 1998 flibustier. C’est peut être Surcouf le fameux pirate malouin qui vous a inspiré le vent de la révolte. Pour faire ce papier, j’en ai appris de belles sur vous…
Vous avez été fumeur de pipe sous la gauche et peut être sous l’influence de Jean- Pierre qui sait ? Vous avez goûté du Havane. Enfin le temps de la disette étant venu en 1996, vous avez décidé d’arrêter de fumer.
Quelle idée ! votre tempérament bouillonnant, devient colérique. Il paraît qu’on vous entendait hurler, et pester sur vos collaborateurs de l’autre bout du bâtiment.

Certaines ont même versé quelques larmes… Vous semiez la terreur dans les rangs de la DRH. J’ose à peine y croire, je vous pensais plutôt prévenant et protecteur.
C’est là que je pense qu’un homme peut en cacher un autre tel Dr Jekyll et M. Hyde.
Vous êtes un véritable kaléidoscope, ou plutôt homme orchestre, le terme conviendrait mieux ici. Parce que la musique et vous ne faites qu’un. Eh ! Oui pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Jean-Claude est titulaire …encore le statut …de l’orgue de Bagnoles de l’Orne. Et votre dernier dada, l’informatique, y est intimement lié. C’est que des partitions, il en a … des centaines, les placards en sont pleins. Maintenant, Word, Excel… n’ont plus de secret pour vous. Il paraît que vous êtes une vraie petite secrétaire… Alors il faudra voir avec le prochain DRH de la Ville de Laval, s’il n’y aurait pas un poste de secrétaire à pourvoir ?
En tout cas, merci pour votre écoute, pour votre soutien et bonne installation au pays natal et profitez bien de votre temps pour vous et votre famille. »

Si j’avais été en état de prendre la parole ensuite, je ne me serais pas contenté de souhaiter, comme je l’ai fait, « bon courage » à ceux qui restaient. J’aurais essayé de dire que :

  • J’avais commencé ma carrière par le bas de l’échelle et je me rappelais l’époque où, secrétaire général à Senonches, je regardais le tableau des indices dans le statut en pensant ne jamais arriver en haut,
  • La formation professionnelle et les concours restent la clé de toute progression, même si les emplois de direction sont de plus en plus politisés dans les villes importantes,
  • J’étais arrivé à la Ville de Laval dans des conditions très satisfaisantes et les choses s’étaient progressivement détériorées ensuite pour des raisons soi disant managériales, mais sans doute surtout politiques,
  • Le coup de masse que j’avais reçu sur la tête en 1998 m’avait profondément déstabilisé parce qu’injuste, même si je restais conscient d’où venaient les coups,
  • Je m’étais senti déshonoré de n’accomplir plus guère ensuite que des tâches subalternes, alors que mes collègue se donnaient tant de mal à la DRH pour faire tourner la boutique jusqu’à mettre en cause leur santé,
  • Je demandais pardon aux femmes que j’avais pu faire pleurer dans mon bureau, sauf si c’était pour la bonne cause, ce qui était quand même le cas souvent,
  • J’avais toujours été hypersensible au bruit (raisons physiques ? ou psychologiques ? ou peut-être les deux ?) et j’étais profondément désolé d’avoir été si intolérant avec mes collègues, et notamment Sylvie, à ce sujet,
  • J’étais véritablement convaincu que si les services de la Ville de Laval continuaient à fonctionner dans des conditions satisfaisantes pour la population, c’était grâce à son personnel et ses chefs de service,
  • Je leur souhaitais à tous des jours meilleurs et un véritable épanouissement dans leur travail qui ressemble fort à un perpétuel dévouement.

On me remit mon cadeau, un superbe appareil photo numérique dont je fis grand usage, et on passa aux réjouissances

A qui doivent aller les droits d’auteur ?

Mon épouse avait préparé des amuse-gueules pour l’occasion. Ils furent bien appréciés.
Je lui dois un grand merci, non seulement pour ces amuse-gueules, mais surtout pour le soutien qu’elle m’a apporté dans mes années professionnelles difficiles.

Le bouquet était pour elle, elle l’avait bien mérité !

Jean Claude Duval – 17 Novembre 2013

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