Cet article, comme beaucoup d’autres, est d’abord destiné à me rafraîchir la mémoire qui me fait défaut plus souvent qu’à son tour, même si cela n’a heureusement jamais eu de conséquence grave. Ce sont les moments les moins heureux de ma vie, y compris professionnelle, qui se sont effacés de ma mémoire. Besoin de résilience ?

Le titre global « Vous avez dit fonctionnaire territorial ? » est très légèrement approximatif :

  1. Avant de travailler en mairie, j’ai œuvré quelque peu dans le privé
  2. Pendant mes premières années de travail en mairie, les salariés n’étaient pas fonctionnaires, mais « assimilés »; il y avait un « Statut du personnel communal » (ça, c’est juste pour ramener ma science !).

Fonction publique territoriale

Je n’ai comme formation de base que le Baccalauréat obtenu le 30 Juin 1960 pour la première partie et laborieusement le 7 Juillet 1962 (!) pour la deuxième partie avec la mention Passable. C’est grâce à lui que je réussis glorieusement le concours de commis. Les autres candidats n’avaient au plus qu’un niveau BEPC. A l’oral, je n’avais répondu que très lamentablement à une question pourtant des plus basiques sur le rôle du Conseil Municipal ! Mais, s’il vous plait, ne le dites pas à tout le monde !

Après cette entrée acrobatique dans ce qui était à l’époque le « statut du personnel communal », ma carrière se poursuivit heureusement sous des auspices moins indignes, essentiellement à base de concours administratifs, de formation professionnelle, et d’avancements au choix.

  • Centre Universitaire Régional d’Études Administratives Municipales de Rennes : Diplôme d’études administratives municipales, mention Assez bien, 20 Juin 1969.
  • Université de Paris XI et Centre de Formation des Personnels Communaux : Diplôme d’études supérieures d’administration municipales, note moyenne de 14/20, 21 Juin 1979.
  • Centre Supérieur de Fontainebleau (Centre National de la Fonction Publique Territoriale) : Cycle de formation au management public territorial, promotion n°3, 24 Avril 1989.

Sans compter un très grand nombre de formations spécialisées, comme par exemple les sessions de « Formation de formateurs » à Andorre la Vieille.

Villes de Paramé et Saint Malo

20 Décembre 1966 : admission au concours de commis organisé par la ville de Paramé

1er Janvier 1967 : recrutement commis stagiaire à la ville de Paramé (Maire : Georges Coudray, Secrétaire général : Charles Kerguenou). Affectation au service des affaires administratives.

Fusion des villes de Saint Malo, Saint Servan et Paramé par décret ministériel du 26 Octobre 1967.

1er Janvier 1968 : nomination comme commis titulaire à la ville de Saint Malo (Maire : Marcel Planchet, Secrétaire général adjoint : François Le Moigne).

1er Janvier 1968 : affectation au service État civil de la mairie de Saint Malo

23 Décembre 1968 : changement d’affectation : « rédacteur spécialement chargé des problèmes économiques et de la gestion de la zone industrielle dans le Syndicat mixte pour l’expansion et l’industrialisation de l’agglomération malouine INDUSMA ».

4 Novembre 1969 : inscription sur la liste nationale d’aptitude au grade de Secrétaire de mairie

10 Avril 1970 : mutation acceptée par Monsieur le Maire de la Ville de St Malo

L’Hôtel de Ville de Saint-Malo

Ville de Senonches

Dépliant touristique d’époque

Nomination le 10 Avril 1970 par Mr Jean GRANDON, Maire, au poste de Secrétaire général titulaire de Senonches (3000 habitants) avec attribution d’un logement de fonction.

  • Fonctions accessoires : secrétariats de syndicats intercommunaux :
    • 1er Juillet 1970 : regroupement pédagogique et transport scolaire (SIRPTS)
    • 1er Juillet 1972 : ramassage et traitement des ordures ménagères (SIRTOM)
    • 1er Octobre 1975 : distribution d’eau potable (SIDEP)
  • Fonctions bénévoles : secrétariat du Syndicat d’Initiative et du Comité des Fêtes

Je ne dirai jamais assez la chance que j’ai eue de commencer ma carrière dans des postes de direction de la fonction publique territoriale avec un homme comme Jean GRANDON, Conseiller général Maire de Senonches.

Il fut Maire de Senonches pendant 33 ans

Consultez le site sur ses activités de Sénateur et sur sa vie : http://www.senat.fr/senateur/grandon_jean89031p.html

Les mots qui me viennent à l’esprit quand je pense à lui sont ceux :

D’une grande délicatesse naturelle

Pour mon entretien d’embauche, le rendez-vous était à 15 h en mairie de Senonches. J’habitais St Malo et avais calculé un délai très large. Mais je ne savais pas qu’il y avait 10 à 20 centimètres de neige sur la route. Après un magnifique tête-à-queue et une visite à un fossé, j’arrivai vers 16 h. Je fus accueilli avec humour et gentillesse. Il m’avait retenu parce qu’il avait eu de bons renseignements sur moi. (J’ai pensé au Chanoine Aubry de Mortagne ou à Mr Le Moigne de St Malo). Plus tard, lors de l’inauguration des Grandes Orgues de la Cathédrale de Chartres, il m’obtint, grâce à son mandat de Conseiller Général, une invitation fort appréciée.

D’un grand respect des personnes

J’étais logé (et chauffé) par la Ville de Senonches dans une maison Phénix à l’orée du bourg pour un loyer d’un montant vraiment symbolique. On aurait pu penser que le Maire pouvait faire appel à moi à n’importe quel moment de la soirée ou du week-end. Il y avait bien entendu les réunions du Conseil Municipal le soir et du bénévolat certains week-ends. Mais je n’ai pas souvenir que pendant mes 7 ans à Senonches le Maire soit venu à la maison ou m’y ait seulement téléphoné une seule fois pour le travail. Il respectait trop la vie familiale et privée.

D’une compétence, d’une habileté et d’une efficacité sans égales

Il l’était pour sa ville et son canton. Il avait une vision d’avenir. La fusion-association de Senonches, La Ville aux Nonains et Tardais au 1er Janvier 1973 fut son oeuvre ainsi que de nombreux regroupements intercommunaux. Le Senonches d’aujourd’hui lui doit certainement beaucoup. Aucun des domaines d’intervention de la municipalité dans une commune de 3466 habitants ne lui était étranger. Urbanisme, développement économique, culture et tourisme, jumelages, enseignement … Il savait ouvrir les portes, débloquer les procédures, obtenir les subventions, faire avancer les dossiers … Il n’était que dévouement et altruisme.

Conseil municipal de Senonches dans les années 1970
avec une pensée émue pour tous ceux qui ne sont plus là

Mais pour progresser dans la carrière, il me fallait partir dans une ville de plus de 5000 habitants. L’opportunité de Ballancourt sur Essonne (5025 habitants) se présenta. Je sollicitai ma mutation que Mr Jean GRANDON m’accorda pour le 1er Mars 1977.

Il me dit que je regretterais peut-être mon choix. Il n’avait pas complètement tort. Bien entendu, ma carrière put se poursuivre à un niveau plus élevé. Mais je ne retrouverai des conditions de travail aussi motivantes que bien des années plus tard.

Ville de Ballancourt-sur-Essonne

Nomination par Mr Jean BOULLE, Maire, Secrétaire général de la Ville de Ballancourt sur Essonne (5 à 10000 habitants) à compter du 1er Mars 1977.

Les services municipaux, peu nombreux, étaient installés
au rez de chaussée du bâtiment.
La salle du Conseil municipal avait été construite au-delà.
Le 1er étage était réservé au logement de fonction du
Secrétaire général.

Ballancourt sur Essonne est un peu le prototype de la ville à la campagne, bordée à l’Ouest par la rivière Essonne (plus de 5 kilomètres de berges) et à l’Est par les coteaux séparant les plateaux de la Brie et de la Beauce. Non loin de la ville, se trouve le Château du Saussay occupé par la famille du Comte Jacques de Bourbon Busset, célèbre diplomate, écrivain et Académicien, dont l’un des fils, le Comte Charles, est actuellement Maire de la Ville

L’appel de la carrière ne fut pas long à se faire réentendre. Mr Jean BOULLE, Maire, autorisa ma mutation dans une collectivité de catégorie démographique supérieure à compter du 16 Février 1980.

Ville de Couëron

J’avais jeté mon dévolu sur la ville de Couëron qui avait créé un poste de Secrétaire général adjoint surclassé dans la catégorie des villes de 20 à 40000 habitants, chargé des finances, du personnel et de l’informatique.

Mr Jean René MORANDEAU, maire, me nomma sur ce poste avec effet du 16 Février 1980, avec attribution d’un « logement d’instituteur » à La Chabossière. Le Secrétaire général était Alain Pascaud.

Les villes se suivent et ne se ressemblent pas. Avec ses 44 km2 de superficie, Couëron constitue la pointe Nord Ouest de la Communauté urbaine de Nantes métropole. Point de transbordement des armateurs Nantais (Port Launay à gauche), une usine métallurgique y prospéra jusqu’en 1988 (photo de la « Tour à plomb » au milieu). Dans les années 1920, un afflux de travailleurs étrangers, notamment polonais, entraîna la création de cités plus proches de Nantes, La Chabossière par exemple. Un bac (photo de droite) permet la traversée de la Loire jusqu’au Pellerin et aux forges d’Indre, ce qui évite le détour par les ponts de Nantes.

Les souvenirs de mon travail à Couëron sont assez limités. Je me rappelle avoir travaillé à la mairie jusqu’à 3 h du matin pour boucler un budget et avoir été l’objet d’attaques et de manigances malveillantes.
Il faut dire aussi que la commune de Couëron « constitue un secteur difficile où les influences politiques, pourtant à l’intérieur d’un même groupe, ont toujours été discordantes » (dixit un collègue du coin).

Je préfère me rappeler du personnel municipal avec lequel je travaillais. Les intéressés savaient que j’étais en procédure de séparation et de divorce d’avec ma
première épouse et se moquaient gentiment de moi

Photo du service de la comptabilité. Le moustachu du milieu était l’informaticien de la bande. Il se bagarrait avec l’adjoint qui « faisait une fixation sur la climat ».

La séparation étant prononcée et le divorce approchant, je choisis de m’éloigner de Nantes où restaient mon ex-femme et mes deux filles. Le pot de départ de Couëron fut un moment intense grâce à l’intelligence de Robert Morin, le nouveau Maire, et à l’amitié de quasiment tous mes collègues.

Sérieux pendant le discours
Détendu pendant le pot
La carte d’adieu d’une collègue qui se reconnaîtra

Avec les pensions alimentaires et autres joyeusetés de ce genre, je devais viser une grille indiciaire supérieure à celle que j’avais à Couëron.

Il fallait donc chercher soit un poste de Secrétaire général de 20 à 40000 habitants avec avantages annexes, soit un poste de Directeur dans une ville de plus de 40000 habitants.

La Ville de Laval venait de créer d’un coup quatre postes de Directeur. Je tentai ma chance et fus retenu. Mr Robert Morin, maire de Couëron, voulut bien autoriser ma mutation au 1er Novembre 1983.

17 Novembre 2013

La suite de la saga dans la rubrique dans Ma vie professionnelle à la Ville de Laval (1983 – 2002)

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Publié dans Vie