C’est à St Maximin la Sainte Baume que je participai à ma première Académie du 15 au 27 Juillet 1963.

J’ai déjà raconté, je crois, que pour limiter les frais de trajet, le Père Queïnnec m’avait prêté une soutane bien utile pour faire du stop. Au hasard des conducteurs, je m’étais arrêté à la périphérie de Lyon dans un hôtel situé près d’un grand parking routier. J’étais entré dans un hôtel où j’avais été accueilli par des cris de corbeaux. Et m’étais aperçu dans la nuit qu’il s’agissait d’un hôtel de passe ! J’arrivai néanmoins à bon port à St Maximin et déposai la soutane pour la durée du stage, non sans avoir été repéré par quelques stagiaires féminines pour qui le prestige de l’uniforme n’était pas un vain mot ! Mais arrêtons ces confidences. Cela ne nous regarde pas !

Grotte de la Sainte Baume

St Maximin, qui doit sa célébrité aux tombeaux de St Maximin et de Ste Marie Madeleine qui y furent découverts au 13ème siècle, n’était à l’époque qu’une bourgade de 3000 habitants. Aujourd’hui, c’est une ville qui en compte presque 15000. La Basilique Sainte Marie Madeleine s’honore d’un orgue de 4 claviers et pédalier construit par le frère Isnard de 1772 à 1774. Il fut modifié au cours du temps. Dès 1954, Pierre Chéron entreprit sa remise en état et André Marchal y donna un concert. Mais il faudra attendre l’intervention d’Yves Cabourdin de 1986 à 1991 pour qu’une restauration très méticuleuse intervienne.

Pierre Cochereau y organisa en 1962 la première Académie d’orgue classique français qui contribua grandement à donner à l’instrument une renommée internationale.

Je fus inscrit à la seconde. Je me souviens que Cochereau me fit jouer un verset de Titelouze. Il me dit que cela se voyait que j’avais fait du piano. Je ne crois pas que c’était par moquerie. Même s’il m’arrivait de temps en temps de tapoter du piano – j’aime beaucoup le rythme et le jazz – je crois tout simplement que le clavier étant un peu dur, je n’ai sûrement pas ce jour-là joué comme sur un harmonium, mais au contraire fait des efforts pour bien enfoncer les touches. Je dois par ailleurs à la vérité de dire que ce qui m’a le plus épaté chez Cochereau, en dehors de sa générosité, c’était la capacité qu’il avait d’ingurgiter des doses de whisky improbables. Je me suis trouvé par hasard deux ou trois fois à boire l’apéritif avec lui et je ne sais plus qui (le docteur Rochas ou René Saorgin ?). Il m’a complètement sidéré, presque autant que par la qualité surnaturelle de ses improvisations à Notre Dame. La photo s de Pierre Cochereau n’est évidemment pas prise à Saint Maximin.

Avant de continuer le récit de mes lointains souvenirs (50 ans cette année 2013), voici le dépliant de l’Académie à laquelle j’ai participé.

Marcel Prévot nous enseignait également l’orgue classique français. J’avoue à ma grande honte que je ne me rappelle plus ce que je lui avais joué, sans doute du Couperin ou du Dandrieu. À l’époque, je n’étais pas encore un mordu de Grigny. Mais je me souviens très bien qu’il se moquait gentiment de moi en me donnant du « Mr le chanoine ». A cause de la soutane, bien sûr, dont il avait du entendre parler. Mais aussi parce que, comme il nous l’avait complaisamment expliqué, on appelle ainsi les tuyaux qui sont disposés en façade de l’orgue pour le décorum, mais ne jouent pas vraiment. Ce n’était quand même pas une prémonition sur l’évolution de l’Église et le rôle des clercs ?

Marcel Prévot

Ce fut René Saorgin qui me fit véritablement découvrir l’ensemble des approches de l’interprétation de la musique baroque française. Je ne vais pas développer ici ce qui a été publié de façon beaucoup plus exhaustive depuis, mais je découvrais que :

  • L’orgue français se caractérise par ses 3 plans bien définis et en principe non mélangeables : les pleins jeux, les anches et les cornets composés ou décomposés,
  • Au contraire des répertoires des autres contrées européennes, tous les auteurs indiquent plus ou moins succinctement la registration à utiliser,
  • Il y a beaucoup de façons de toucher les notes, on peut les détacher, les lourer, les piquer … ; a priori, on fait « inégales » les notes de moindre valeur que le dénominateur du chiffre de la mesure, mais il y a des exceptions,
  • Tous les auteurs s’accordent pour dire que le bon goût reste le seul juge. Et René Saorgin de nous renvoyer aux ouvrages de Borrel et Geoffroy-Dechaume.

Tout ceci paraît maintenant bien simpliste. Je dois avouer qu’affecté au retour du Tchad au secrétariat du Commandant du 1er RIMA à la caserne du Roc à Granville, et n’étant pas vraiment débordé de travail, je passai le plus clair de mon temps à mettre au propre religieusement ce que j’avais retenu des enseignements de ce stage à St Maximin. Je ne crois pas avoir failli gravement à la nation.

De toute façon, cela ne dura pas longtemps. Remarqué sans doute pour mon sérieux, je fus détaché à la chancellerie de l’État Major de la 2ème Brigade de Saint Malo. Ma mission de confiance consistait à plastifier les couvertures des dossiers des Officiers. Mais je travaillais dans le bureau de l’Officier supérieur responsable de la Chancellerie. Même si celui-ci prenait le temps de me raconter ses malheurs auxquels je compatissais, – il avait perdu un fils dans des conditions pénibles et sa femme et lui étaient logés dans une maison ayant directement vue sur le cimetière de Rocabey où ce fils était enterré -, je ne pouvais pas décemment m’occuper d’orgue au bureau.

Construit de 1772 à 1774 par le frère dominicain Jean Esprit Isnard, l’orgue de la Basilique Sainte Marie Madeleine de St Maximin la Sainte Baume avait été modifié entre autres par Mader. Le concert donné par André Marchal le 17 Juillet 1954 permit d’entreprendre une première restauration qui fut menée à bien par Pierre Chéron.

Mais il fallu attendre la fin des années 1980 pour qu’une nouvelle restauration fût décidée. Son but initial était modeste : restaurer des sommiers, remplacer les soufflets et les sommiers de Mader… Mais avec l’accord de Pierre Chéron, Yves Cabourdin envisagea rapidement un objectif plus ambitieux : se rapprocher le plus possible de ce que devait être l’orgue d’Isnard. Il y travailla de 1987 à 1991. Il révisa l’ensemble de l’instrument, remplaça les postages et les machines pneumatiques de Chéron, adopta un tempérament se rapprochant au mieux des longueurs des tuyaux d’Isnard et inventa pour le pédalier un système à contretouches permettant d’interchanger un pédalier de 31 notes et un autre, à la française, de 23 notes. Malheureusement, ce dernier semble très peu utilisé.

Jean Claude Duval – 31 Mars 2013

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Publié dans Vie