Article publié dans le n°60 – Janvier 2007 du Bulletin des Amis de l’orgue de Versailles

magnificat du 1er ton attribue à j.N. GEOFFROY

Proposition de plain chant

Les spécialistes, et notamment les davecinistes qui ne voient aucune comparaison possible avec le Livre de clavecin dont il est l’auteur, considèrent que le « Livre d’Orgue attribué à Jean-Nicolas GEOFFROY » (1633 – 1694) n’est certainement pas de lui, mais plutôt l’oeuvre anonyme d’un disciple ou d’un proche de Guillaume Gabriel NIVERS (1632 – 1714).

Même anonyme, ce Livre d’Orgue n’en présente pas moins un intérêt considérable dans la mesure où des versets à chanter y figurent dans le psaume « Memento, Domine, David » et pour le « Magnificat du 1er ton ».

Mais ces deux cas paraissent de nature différente, ne serait-ce qu’en raison de leur tessiture. Autant le « Memento » évoque bien l’hypothèse d’un plain-chant harmonisé, autant le « Magnificat » semble plutôt correspondre à la réalisation d’un continuo dont le plain-chant n’est pas noté sur la partition.

Si l’évolution obligée de la teneur du plain chant manquant évoque bien d’emblée le ton « pérégrin », celui proposé par l’édition vaticane ne convient pas. Après la médiante, la mélodie repart sur un « sol » incompatible avec un accord de fa majeur.

Ton pérégrin de l’édition vaticane

Les traités du 18ème siècle proposent d’autres versions (même si la mélodie est peut-être beaucoup plus ancienne). A ma connaissance, aucune de correspond très exactement aux continuos du pseudo Geoffroy, bien que la parenté soit évidente.

En voici trois exemples :

« In exitu » de Hardouin (Reims – 1760)
« Magnificat » de Oudoux (Paris – 1776)
« Laudate Dominum » de Lebeuf (Paris – 1741)

Il existe par contre une autre hypothèse que je n’as entendue proposée jusqu’ici. Il s’agit du « Magnificat » allemand, d’auteur anonyme, tel qu’il fut utilisé par Bach dans sa Cantate 10, le verset 10 de son Magnificat BWV 733.

Soit directement, soit au prix de quelques extrapolations, cette mélodie peut être décalquée (ou développée, si nécessaire) dans les versets chantés du pseudo Geoffroy et s’adapte sans grande difficulté aux continuos correspondants.

Pourquoi un verset sur deux suit-il d’assez près la mélodie du « Magnificat » allemand tandis que les autres se prêtent à des répétitions et à des développements ? On peut se demander s’il n’y avait pas en l’occurrence alternance entres chantres habitués à une mélodie traditionnelle et un chœur plus apte à s’adapter à un plain-chant musical légèrement plus varié. Pure hypothèse !

Pourquoi ce thème, s’il est bien d’origine allemand, aurait-il été utilisé en France ? D’un côté, il y avait beaucoup de différences entre les plains-chants suivant les régions françaises et on est loin de les connaître tous. D’un autre côté, on sait qu’à cette époque plusieurs musiciens allemands sont venus travaillés en France. Peut-être l’un d’eux l’aurait-il fait avec Nivers ?

Quoiqu’il en soit, l’hypothèse que je formule ma parait assez intéressante du point de vue musical. De plus, ce plain chant reconstitué et les continuos du supposé Geoffroy peuvent être utilisés en alternance avec les versets d’orgue pour tous les Magnificat du 1er ton de l’époque baroque française qui ne citent pas d’autres plains chants.

Jean-Claude DUVAL, Organiste titulaire de l’église de Sainte Madeleine de Bagnoles de l’Orne (F – 61140)

N.B. Cette version chantée du Magnificat du 1er ton attribué à J. N. Geoffroy a été enregistré avec ses versets d’orgue sur un CD de découverte de l’orgue de l’église de Sainte Madeleine de Bagnoles de l’Orne. S’adresser à Jean-Claude DUVAL :

Addenda du 1er janvier 2012

Coordonnées du Bulletin d’information de l’Association « Les Amis de l’Orgue de Versailles et de sa Région »

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