A tout apprenti organiste francophone, les bons professeurs recommandent d’être attentifs aux textes des chants commentés par l’orgue et de s’en imprégner littérairement et musicalement. Il en est ainsi notamment des messes, hymnes et proses latines des catholiques et des chorals allemands des protestants. On sait que la compréhension des textes musicaux est indispensable à une interprétation conforme à la signification spirituelle des dits textes et à leur conformation musicale.

Curieusement, on fait rarement montre d’une préoccupation semblable pour les Noëls français. Certes, il y a peu de problèmes de vocabulaire, mais les paroles de ces Noëls anciens ne nous sont plus connues aujourd’hui. Et le risque existe de contresens musicaux. On a vite fait par exemple de couper un mot en deux sans s’en rendre compte. Indépendamment de ces aspects techniques, le plaisir est véritable de connaître l’histoire racontée par ces chants dont on connaît l’air, mais pas souvent les paroles. Certains sont des petits bijoux de poésie ou d’humour. Souvent écrits dans des tessitures élevées, ils exigent le recours à une voix suffisamment haute.

Les textes anciens des douze Noëls publiés par Louis Claude Daquin en 1757 et principalement destinés à l’orgue sont particulièrement intéressants.

I. Noël sur les jeux d’anches sans tremblant.

Texte : La Grand Bible des Noelz… Rigaud Lyon (1550)

II. Noël en dialogue, duo et tierce, sur le cornet de récit,
les tierces du positif et la pédale de flûte.

Texte : La Grand Bible des Noelz … Rigaud Lyon (1550)

III. Noël en musette, en dialogue et en duo.

Texte : La grande Bible des Noels … Oudot Troyes/Paris 1699

IV. Noël en duo, sur les jeux d’anches sans tremblant.

Texte : La Grand Bible des Noelz … Rigaud Lyon (1550)

V. Noël en duo.

Texte : La Grande Bible des Noels … Oudot Troyes/Paris 1699

VI. Noël sur les jeux d’anches sans tremblant et en duo.

Texte : La Grande Bible des Noels … Oudot Troyes/Paris 1699

VII. Noël en trio et en dialogue, le cornet de récit de la
main droite, la tierce du positif de la main gauche.

Texte : La Grande Bible Renouvelée des Noëls anciens … Pigelet Bourges 1858

VIII. Noël étranger sur les jeux d’anches sans tremblant et en duo.

Texte : néant

Je n’ai pas trouvé de paroles anciennes correspondant à la mélodie de ce Noël qui me donne plutôt le sentiment d’être inspiré d’une pastorale italienne. J’observe d’ailleurs que c’est le plus court du recueil de Daquin. N’aurait-on pas tendance à le jouer trop précipitamment ?

IX. Noël sur les flûtes.

Ce Noël se présente en trois parties : tout d’abord, « très tendrement », le « Noël pour l’amour de Marie », ensuite, « gaîment », le Noël « Chantons, je vous prie », enfin la reprise du premier, « très tendrement ».

Texte : La Grande Bible des Noels … Oudot Troyes/Paris 1699

Texte : Le Belle Bible des Noels … Oudot Troyes 1732

X. Noël grand jeu et duo.

Texte : Noels vieux et nouveaux … Bibliothèque municipale de Laval – sans date

XI. Noël en récit en taille sur la tierce du positif, avec la pédale de flûte et en duo.

Texte : La Grande Bible des Noels … Oudot Troyes 1732

XII. Noël suisse, grand jeu et duo.

Texte : Romancero de Champagne Tome IV, 3ème partie, Chants historiques …Reims 1864

Ce Noël pose un problème d’identification. Balbastre et Beauvarlet-Charpentier mentionnent comme titre « Il est un p’tit l’ange ». Les autres auteurs titrent seulement « Noël suisse » comme Daquin ou n’indiquent aucun titre. Quand on suit l’air du Noël à la trace, on découvre que

  • Dès la fin du 18ème siècle, les maçons l’utilisaient : « Pont jour vénérable » ou « Nous ne craignons guère »…
  • Au 19ème siècle, on trouve « L’estrange déluge » chez Saboly,
  • Ainsi que « O Dieu de clémence » dont le texte moderne fut même enregistré au 20ème siècle par les Petits Chanteurs à la Croix de bois.

L’explication du texte « Il est un p’tit l’ange »est historique.

Le 16ème siècle vit introduire dans les armées françaises des suisses et des reîtres. Le texte originel du Noël n’est qu’une plaisanterie contre les soldats étrangers à l’accent rugueux. Dans un recueil de Châlons-sur-Marne, il figure sous le titre « Le Noël des reîtres (1580-1600) ».

Jean Claude Duval – Mise en page lundi 12 mars 2018

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