Article publié dans le N° 55/4 (2003) de « La Tribune de l’Orgue »

Musique d’Aujourd’hui Pour l’orgue baroque et classique français

Lors de ses pérégrinations à travers le monde, Monsieur Phileas Fogg (alias qui chacun sait) n’a peutêtre pas eu le bonheur de s’arrêter à Bagnoles de l’Orne, charmante petite station thermale et touristique de la Normandie profonde. Elle a cependant tout pour plaire : un casino, un lac, des thés dansants, des cures de jouvence, un site pittoresque, une vaste forêt…. Mais surtout, pour les organistes sérieux que nous sommes, son église Sainte Madeleine est dotée d’un orgue superbe dont l’origine remonte à 1856, avec sans doute récupération de tuyaux plus anciens, mais qui fut totalement repensé par Jean François Dupont en 1996, grâce à l’aide du Conseil Général et de la Municipalité, dans le sens d’une « esthétique orientée vers l’orgue classique français ». Cet instrument compte 24 jeux répartis sur deux claviers ½ et un pédalier standard actuel, avec mécanique suspendue, accouplements à tiroirs et un tempérament très légèrement inégal.

L’heureux titulaire de cet instrument y joue avec délices tout ce qu’il peut de la littérature baroque et classique. Des œuvres des 19ème et 20ème siècles, judicieusement choisies, peuvent également y être interprétées. Mais en poussant un peu plus loin ses recherches, il s’est aperçu qu’aux 20ème et 21ème siècles, plus de compositeurs qu’on ne pourrait a priori le supposer avaient spécifiquement écrit pour des orgues d’esthétique baroque et classique française et qu’ils méritaient d’être plus reconnus et remerciés. Il nous fait partager le résultat de ses recherches.

Il faudrait faire de même sans doute pour les styles baroques et classiques allemand (l’hommage à Buxtehude de P. Eben…), espagnol (les tangos ecclesiasticos de G. Bovet…), anglais, italien…Ce seraient d’autres recherches et un autre article.

1938 – Un précurseur français : Charles TOURNEMIRE

De 1898 à 1910, Alexandre Guilmant et André Pirro avaient publié les œuvres complètes d’une dizaine de Maîtres anciens français de l’orgue. En 1934, Eugène Borel publiera son célèbre ouvrage sur l’interprétation de la musique française de Lully à la Révolution. Charles Tournemire (1870 – 1939) s’intéressait à la musique ancienne ; il jouait et faisait jouer Frescobaldi, Grigny, Buxtehude, Bach…. En 1933, il avait orienté la restauration de son orgue de Sainte Clotilde à Paris vers une esthétique plus classique. En 1938, un an avant sa mort, il publie chez Bornemann une « Suite évocatrice » qu’il dédie « à son cher ami et confrère » Paul Brunold, titulaire de l’orgue de Saint Gervais à Paris, l’orgue des Couperin. Cinq pièces composent cette suite :

  • Un « grave » qui mélange les fonds de 8 du GO et le cornet décomposé du positif,
  • Une « tierce en taille » qui s’enchaîne avec un « récit de cromorne »,
  • Une « flûte d’écho »,
  • Un « jeu doux et voix humaine » (en fait un dialogue sur la voix humaine),un « caprice » d’abord sur les pleins jeux, puis en récit de cornet et enfin sur les fonds, les pleins jeux et les anches du GO, du positif et de la pédale.

Les puristes critiqueront les registrations pas toujours orthodoxes, mais l’évocation du monde classique est bien là, séduisante par son élégance, sa poésie et son originalité.

1962 – Une grande dame française : Marie Louise GIROD

Quoi qu’en dise son immense modestie, Madame Marie Louise Girod n’a pas seulement initié dans sa jeunesse un certain Pierre Cochereau au monde de l’orgue et formé d’autres élèves prestigieux ; elle a aussi écrit nombre d’œuvres pour orgue remarquables, malheureusement trop peu jouées en France.

En 1962, elle compose pour le nouvel orgue de l’Oratoire du Louvre dont elle est titulaire une « Suite sur le psaume 23 : l’Éternel est mon berger » (mélodie de Loys Bourgeois et paroles de Clément Marot) qui sera publiée aux éditions de la Schola Cantorum.

Comme elle l’indique dans son introduction, cette suite emprunte « les titres et la forme du livre d’orgue en honneur en France aux 17ème et 18ème siècles » :

  • « plein jeu » avec exposition initiale du thème à la trompette du positif,
  • « duo » en canon sur des petits jeux,
  • « récit de tierce » alternant sur une basse obstinée le jeu de tierce du positif et le cornet du GO,
  • « basse et dessus de trompette »,
  • « trio » en canon sur le cromorne et le clairon, avec contrechant sur le bourdon,
  • « grand jeu », d’abord sur les pleins jeux, puis avec les anches de pédale et enfin avec les anches manuelles.

Du grand art, qui parle tout de suite à l’âme et au cœur.

1973 – Un baroqueux français malicieux : Jean LANGLAIS

On ne présente plus Jean Langlais (1907-1991), l’un des plus grands compositeurs pour orgue du 20ème siècle, qui succéda d’ailleurs à Charles Tournemire à la tribune de Sainte Clotilde à Paris. A la différence de ce dernier, le retour au baroquisme ne lui plaisait pas vraiment ; il y voyait une régression et en fustigeait les puristes.

Mais, invité à donner un concert sur l’orgue Silbermann du temple Saint Jean de Mulhouse, il conçut pour cet instrument une « Suite baroque » qui sera publiée en 1973 chez Philippo/Combre. On ne peut pas dire que toutes les registrations soient du pur Dom Bedos. Mais, si l’inégalité du tempérament le permettait, l’œuvre serait intégralement jouable sur un orgue historique du 17ème siècle, y compris avec petit pédalier à la française.

Sept pièces composent cette suite :

  • « plein jeu » avec alternance entre le grand et le petit plein jeu,
  • « trémolo en taille » sur le cromorne du positif avec le tremblant,
  • « dialogue » entre le cornet du récit et la trompette du GO,
  • « flûtes » en écho,
  • « dialogues entre le hautbois, le bourdon et le nazard »,
  • « voix humaine » en dialogue traditionnel, mais avec 16 pieds à la pédale,
  • « grand jeu » comme au 17ème siècle, mais avec les fonds, y compris de 16 pieds, aux claviers manuels et à la pédale.

Marie Louise Jacquet ne pouvait mieux écrire :

Comme un Grigny ou un du Mage, mais avec quelques clins d’œil malicieux, Jean Langlais bâtit une suite classique tout en gardant son langage propre.

1981 – Un innovateur suédois : Bengt HAMBRAEUS

Tous les compositeurs sont par définition des créateurs. Mais le qualificatif d’innovateur s’applique de façon évidente à Bengt Hambreus (1928 – 2000), musicologue suédois devenu professeur à l’Université McGill de Montréal et titulaire d’un grand orgue pastiche de Dom Bedos.

Son « Livre d’orgue » publié en 1981 chez Ostiguy tend à prouver qu’un orgue de type classique peut stimuler la création contemporaine.

L’auteur écrit dans sa préface que « l’orgue à transmission mécanique qui, à l’instar de celui de Dom Bédos, présente une composition riche en jeux de mixtures et de mutations, apparaît plus apte encore que les instruments faisant appel aux systèmes pneumatique, électrique ou même ceux commandés par ordinateur, à la recherche multiforme de sonorités nouvelles .

Il cite par exemple la « microtonalité aléatoire » que l’on peut obtenir en tirant à demi les registres ou la diminution de l’alimentation en air de la tuyauterie lorsqu’une pression moindre est exercée sur la touche.

La plupart des 50 pièces constituant les quatre volumes de l’œuvre évoquent la manière française ancienne :

Grand jeu, plein jeu, trio, duo,

Récit de cornet, récit de voix humaine, récit de nazard,

Cromorne en taille, tierce en taille,

Basse de cromorne, basse et dessus de trompette…


D’autres traduisent des inspirations différentes :

Agilité, alternances, transition, vibrations,

Répercussions, timbres irisés, statifications, etc.

Le langage est toujours résolument contemporain, voire d’avant-garde :

  • On y trouve des clusters,
  • Il faut parfois réduire graduellement la pression de l’air en coupant ou en
    poussant très lentement les registres,
  • Dans d’autres cas, les registres ne sont tirés qu’à moitié pour produire une
    sonorité presque sifflante,
  • Ou bien il faut tirer la tierce et pousser le nazard très lentement pour produire des microtons glissants, etc.

Le recours à un assistant est parfois nécessaire, mais l’édition, bien que d’écriture manuscrite, est parfaitement lisible.

1986 – Un créateur français : Xavier DARASSE

Xavier Darasse (1934-1992), organiste Toulousain, militant bien connu de la cause de l’orgue et lui aussi pionnier de la musique contemporaine, assurait avoir écrit en 1986 un « Organum VI » comprenant six petites pièces faciles pour orgue classique :

  • grand jeu avec récitatif,
  • plein jeu (avec tierce),
  • jeu de tierce,
  • récitatif avec échos,
  • prélude non mesuré,
  • toccata sur les jeux d’anches.

Malheureusement, cette œuvre semble introuvable, en tout cas pour le grand public. Dieu veuille qu’elle ne soit pas perdue. Un appel est lancé à ceux qui pourraient la posséder ou la retrouver et la faire publier. Tous les organistes leur en seraient infiniment reconnaissants.

1986- – Un norvégien perspicace : Jon LAUKVIK

Jon Laukvik, jeune compositeur norvégien de talent, est le premier, semble-t-il, à remarquer les parallèles frappants existant entre le baroque et le blues (ou le jazz), ces deux mondes pourtant si éloignés l’un de l’autre : inégalité des notes, harmonies singulières, pulsations de la basse, enjolivures ornementales, par exemple.

Sa « Suite » publiée en 1986 chez Norsk Musikforlag combine les formes et les sonorités de l’orgue baroque français avec des éléments tirés du jazz et du blues. Elle comporte 5 pièces :

  • « plein jeu » (continu),
  • « fugue » à 5 (alla Grigny),
  • « duo » sur le cornet et le grand jeu de tierce,
  • « récit »,
  • « grand jeu ».

Certains crieront peut-être au scandale au nom de la déférence due aux lieux saints; d’autres peuvent apprécier au nom de la coexistence, voire du rapprochement des cultures, et tout simplement de l’universalité de la musique et du « Beau ».

1987 – Un fin « pasticheur » français : François SABATIER

Monsieur François Sabatier, musicologue averti, éminent défenseur de l’orgue, pilier de la principale revue française sur « L’Orgue », publie en 1987 aux éditions Combre un « Premier livre d’orgue » consistant en deux suites françaises à la manière des organistes du grand siècle. Il l’annonce d’emblée et avec la plus grande simplicité : c’est un pastiche et une gageure. Il faut bien élargir le répertoire des titulaires d’instruments historiques. Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que c’est un pastiche de talent qui vaudra toujours mieux que des improvisations médiocres.

La suite du 1er ton comprend six pièces : prélude, duo, trio, basse de trompette, récit de tierce en taille et dialogue à 3 chœurs. Celle du 2ème ton en compte sept : prélude à 2 chœurs, fugue, duo, trio, basse de trompette et dessus de cornet, concert pour les flûtes et dialogue sur les grands jeux. Beaucoup de compositeurs des 17ème et 18ème siècles se sont arrêtés à un unique « premier » livre d’orgue. Monsieur Sabatier s’arrêtera-t-il lui aussi en chemin ?

1990 – Un compositeur français raffiné : Joseph REVEYRON

En 1990, Joseph Reveyron, successeur d’Edouard Commette à la Primatiale Saint Jean de Lyon, publie aus éditions Universal 5 « Versets pour un orgue ancien » composés en 1956. Ce n’est plus un pastiche. Comme l’écrit Thomas Daniel Schlee, son éditeur, ces versets « empruntent le ton et la démarche des maîtres des 17ème et 18ème siècles sans s’assujettir à une imitation servile. La liberté thématique est entière….. Ces pièces sont avant tout un salut respectueux aux merveilleux musiciens d’autrefois » :

  • « basse de trompette »,
  • « duo sur le chromhorne et le cornet »,
  • « plein jeu et bourdon de 16 pieds »,
  • « récit de tierce »,
  • « grand jeu en taille et dialogue ».

1994 – Un grand improvisateur français : Pierre COCHEREAU

Artiste dans l’âme, virtuose et interprète de grande classe, prestigieux titulaire de Notre Dame de Paris, Pierre Cochereau (1924 – 1984) fut mondialement reconnu comme l’un des plus grands improvisateurs de notre temps. Certaines de ses improvisations, enregistrées sur disque avec les risques que cela comporte, ont été reconstituées par ses admirateurs.

On peut remercier Madame Jeanne Joulain de s’être astreinte à retranscrire « Neuf pièces improvisées en forme de suite française » gravées dans la cire en 1977 et publiées aux éditions Chantraine en 1994. Successivement :

  • « Kyrie » (plein jeu avec pédale de trompette),
  • « petit plein jeu »,
  • « offertoire » (sur les grands jeux),
  • « tierce en taille »,
  • « voix humaine »,
  • « cromorne en taille »,
  • « flûtes »,
  • « basse et dessus de trompette »,
  • « grand plein jeu » (avec pédale de trompette).

1996 – Un célèbre maître suisse : Lionel ROGG

Concertiste international, compositeur consacré, pédagogue averti, l’organiste suisse Lionel Rogg publie en 1996 aux éditions Lemoine un « Livre d’orgue : Suite pour l’orgue français », œuvre dédiée à Jean Boyer et ne présentant pas de difficultés majeures, dans lequel il veut à la fois « rendre hommage à la beauté et à la richesse de timbres de l’orgue classique français » et proposer des pièces relativement faciles à jouer tant au culte qu’au concert :

  • « plain chant en taille » (majestueux),
  • « duo » en canon sur les tierces (vif),
  • « trio » sur le nazard et la voix humaine (délicatement),
  • « récit en taille » de tierce ou de cromorne (grave),
  • « fugue sur les jeux d’anches » (hardiment),
  • « récit de nazard » (modéré, librement),
  • « grand jeu » où l’on peut à la fin ajouter les fournitures et les chamades.

1998 – Un Noëliste suisse distingué : François DELOR

Ces Helvètes vont finir par devenir agaçants. Au moment où les Français composent peu d’œuvres nouvelles pour l’orgue classique, les Suisses se mettent à publier des recueils passionnants, parfois dans le genre le plus français qui soit, comme les Noëls. Ainsi François Delor, co-titulaire de la Cathédrale de Genève et sans doute inspiré en 1990 (date d’origine de l’œuvre) par l’orgue Quoirin du Temple de la Fusterie, fait éditer en 1998 par la Schola Cantorum « Douze Noëls sur d’anciennes mélodies populaires » dont les thèmes lui ont été fournis par son père à la mémoire de qui le recueil est dédié.

C’est un chef d’œuvre d’élégance, de distinction, mais aussi d’invention. En effet, si les formes restent toujours inspirées des Noëls français anciens, François Delor en invente aussi des nouvelles, tout en restant dans le même esprit. De plus, il n’y a pas de difficultés techniques majeures. Voici ces douze Noëls :

  • 1 :« À la minuit de Noël : prélude sur le plein jeu » (thème en pédale d’anches),
  • 2 :« Les pastoureaux : musette et trio »,
  • 3 :« Nous étions trois bergerettes : basse de trompette et dessus de cornet »,
  • 4 :« Quand la bergère va aux champs : cromorne en taille, trio et quatuor »,
  • 5 :« Joseph, tu es bien joyeux : sur les flûtes »,
  • 6 :« Noël auxois : dialogue sur les grands jeux »,
  • 7 :« À minuit fut fait un réveil : fond d’orgue » (avec pédale de trompette),
  • 8 :« Noël provençal : tambourin, grands jeux, musette »,
  • 9 :« Bergers, écoutez la musique : cromorne ou tierce en taille »,
  • 10 :« J’entends un grand bruit : duo sur les tierces »,
  • 11 :« C’est le jour de la Noël : récit de hautbois et écho » (avec double pédale),
  • 12 :« Promptement levez vous mon voisin ! : pleins jeux » (avec pédale d’anches).

1999 – Un grandissime maître suisse : Guy BOVET

Guy Bovet, compositeur suisse éminent, connu dans le monde entier, mais malheureusement trop peu joué en France, n’est plus à présenter aux lecteurs de la « Tribune de l’Orgue » dont il est le rédacteur en chef.

La « Suite pour Souvigny » qu’il compose pour l’orgue historique de cette petite commune de l’Allier et enregistrée en 1995, a été publiée en 1999 par la Schola Cantorum. Elle contient, nous dit l’auteur, « l’évocation de Monsieur François-Henri Clicquot, facteur d’orgues du Roy, l’histoire de St Mayeul et de St Odilon et des miracles qu’ils suscitèrent, ainsi que plusieurs chants du Bourbonnais, accommodés à l’Orgue Classique en général et celui de Souvigny en particulier, mais propres à être jouées sur toute belle et bonne Orgue à deux ou trois claviers .

L’Avertissement précise que cette suite s’inspire de la musique française des 17ème et 18ème siècles, mais que certaines pièces sont d’un style tout différent. L’interprète pourra décider de jouer (ou non) selon la pratique de l’époque : ornements ajoutés, rythmes inégaux, etc. Certaines choses indispensables ont été notées, mais la liberté reste grande et il n’y a rien de systématique dans la notation….. Il n’est pas nécessaire de jouer toute la suite. Il est par contre recommandé, dans le cas d’une exécution en public, de lire ou de distribuer les textes qui ont inspiré ces pièces. Ils le méritent effectivement. Même si certains pédants font la fine bouche, je maintiens que pour moi cette œuvre est un joyau de respect du passé et d’inventivité, de poésie et d’humour, d’harmonie et de diversité.

Arriver à mêler ainsi autour d’un orgue et d’une histoire légendaire, des textes poétiques ou humoristiques, les commenter par des pièces d’orgue classiques ou modernes, mais toujours évidentes et naturelles, c’est vraiment du très grand art. Fin des éloges et table des matières :

  • « grand et petit pleins-jeux, entremeslés de trompettes »,
  • « le sanctuaire féerique : fluttes »,
  • « récits de cromorne et de tierce en taille : St Mayeul et St Odilon »,
  • « le font Saint-Mayeul » (sur les petits jeux),
  • « pastourelle : voix humaine »,
  • « basse de trompette : la béquille de St Mayeul »,
  • « duo sur les tierces : le péché de Dame Ermengarde »,
  • « récit : Blanche biche »,
  • « fond d’orgue : les âmes maudites et la fête de la Toussaint »,
  • « la colonne aux monstres et le tombeau miraculeux »,
  • « Noël de Moulins » : dialogue sur les grands jeux, basse de trompette, musette, récit tendre, tambourin, final sur les grands jeux.

1986 / 2001 : Un français trop rare : Vincent PAULET

D’abord organiste et concertiste, élève de Litaize, Vincent Paulet décide ensuite de se consacrer exclusivement à l’écriture musicale qu’il apprend pendant neuf ans au CNSM de Paris et enseigne ensuite au Conservatoire de Lille.

La liste de ses compositions est déjà imposante ; trois pièces pour orgue ou orgue et chant sont manifestement orientées vers l’orgue baroque, voire pré-baroque français :

  1. un « Récit de nazard » publié chez Combre en 1986, mais que le compositeur
    très exigeant avec lui-même ne compte pas dans son catalogue officiel,
  2. une élégie publiée chez Lemoine en 1989 et intitulée « Pour en revenir à l’orgue français », cromorne en taille à deux voix alla Grigny, puis trio assez vif avec le larigot du positif et les 8’ et 2’ du grand orgue et brève conclusion rappelant le premier mouvement,
  3. une « Messe pour soprano, baryton et orgue » publiée chez Jobert en 2001, comprenant à la fois des pièces pour orgue solo et des pièces pour orgue et chant, composée pour l’orgue Renaissance – accordé au tempérament mésotonique – de l’église Notre Dame d’Étampes, mais cependant conçue pour être jouable sur des instruments au tempérament moins inégal. Il y a sept pièces pour soprano, baryton et orgue (Introït, Kyrie, Gloria, Alleluia, Sanctus, Anamnèse et Agnus Dei). La Communion est quasiment pour orgue solo, mais le baryton y chante cinq mesures. Les pièces pour orgue seul sont les suivantes :
EntréePlein jeu / fonds 8, 4 / plein jeu.
CommentaireBourdon / flûte 8’ et/ou 4’.
OffertoireFonds 8’ en alternance, puis solo 8’, Appassionato fonds 8’/4’ et anches 8’, Puis ôter des jeux ►fonds 8’.
ÉpiclèsesFonds doux 8’ ou4’.
SortieGrand jeu (3 claviers).

Des variantes en fonction du tempérament ou des claviers restreints sont proposées. Souhaitons que le catalogue des œuvres pour orgue baroque ou pré-baroque français de Vincent Paulet ne soit pas clos.

2001 – Un français injustement méconnu : Michel TRIQUE

Michel Trique est organiste à la Cathédrale de Laval, préfecture du département de la Mayenne, depuis 1957. Organiste vraiment peu commun : il a été l’un des pionniers du retour au baroque, il a donné plus de 525 concerts, il a fait construire des petits orgues démontables et transportables pour permettre à plus de 50000 enfants de découvrir l’orgue de visu, ces mêmes instruments ont aussi servi pour des concerts à 2 ou 3 orgues….

C’est également un compositeur peu connu : il en est à son opus 17 et la plupart d’entre eux comprend plusieurs pièces, mais seule sa première œuvre, une fugue, a été publiée à la Schola Cantorum à la demande de J. J. Grunenwald.. Ceux qui voudraient mieux le connaître peuvent le découvrir dans le reportage publié dans le bulletin n° 53 (Juin 2003) de l’Association des Amis de l’Orgue de Versailles.

En 2000/2001, il compose à ma demande un « Livre d’orgue dans la tradition classique française » (opus 15) destiné à l’orgue de l’église Sainte Madeleine de Bagnoles de l’Orne où j’ai eu l’honneur de le jouer en première audition en Juin 2001. Les formes traditionnelles de la suite baroque sont respectées, mais elles sont sublimées au moins de deux façons :

  • Ce ne sont pas les tons du plain chant qui sont utilisés, mais un langage résolument plus moderne : 2ème mode à transposition limitée de Messiaen et techniques répétitives, notamment,
  • De plus, les sept pièces ne sont pas conçues pour être jouées séparément :
    chaque verset s’achève dans l’attente, dans l’appel du verset suivant, jusqu’à
    l’accord final du postlude qui proclame d’un coup toutes les notes du mode
    utilisé.

Liste des pièces constituant le Livre :

  • « prélude »,
  • « fugue »,
  • « récit de cornet »,
  • « basse et dessus de trompette »,
  • « fond d’orgue »,
  • « récit de tierce en taille »,
  • « postlude ».

On comprendra qu’en tant que dédicataire je m’abstienne de dire tout le bien que je pense de cette œuvre. Je la recommande néanmoins très chaudement.

Ceux qui veulent se procurer ce Livre d’orgue, (ainsi que ses autres œuvres), peuvent lui écrire : Michel TRIQUE, organiste à la Cathédrale, F 53000. LAVAL.

1983/2002 – Un français prolifique: Jean Luc PERROT

Musicologue enseignant à Lyon et Saint Etienne, Jean Luc Perrot est titulaire des orgues historiques Callinet de Notre Dame de Saint Etienne. Il compose plusieurs œuvres pour orgue classique, qui n’ont pas été publiées, mais que l’on peut se procurer en lui écrivant à l’adresse suivante : Jean Luc PERROT, Domaine de La Rochebrune, F.42140 FONTANES.

La liste des œuvres est déjà imposante. Je commenterai celles dont je possède la partition. Les autres renseignements m’ont été communiqués par l’auteur.

  • Octobre 1983 : Variations sur un chant breton (à 2 mains),
  • Janvier 1995 : Praeludium in D (à 2 mains),
  • Août 1995 : « Suite à quatre mains dans le style français » créée par Michel Chapuis et Henri Delorme. Jean Luc Perrot souhaite à la fois y tester la capacité de l’instrument de La Chaise Dieu, lui donner un supplément de grandeur et proposer des combinaisons inédites :
    • « plein jeu »sur le positif et le grand clavier, avec pédale de trompette,
    • « grand sextuor » sur 3 claviers et la pédale,
    • « basse de trompette » à 4 claviers,
    • « tierce en taille » en hommage au pianiste Georges Cziffra,
    • « musette » à 4 claviers et pédale,
    • « grands jeux ».
  • Septembre 1996 : Miroir en écho (à 4 mains),
  • Août 1997 : « Versets alternés » (à 2 mains). Jean Luc Perrot souhaite « essayer une nouvelle forme d’alternance liturgique entre l’orgue et la foule chantante d’une église » (en l’occurrence la messe « Orbis factor ») et montrer que les orgues anciens peuvent susciter la création d’œuvres nouvelles :
    • « plain chant en taille du Kyrie »,
    • « fugue à 4 sur le chant du Christe »,
    • « dialogue de voix humaine »,
    • « plein jeu grave » pour le Gloria,
    • « dialogue sur les grands jeux » pour la fin du Gloria,
    • « plein jeu » du Sanctus,
    • « récit en dialogue et en trio » pour la fin du Sanctus,
    • « fond d’orgue grave » pour l’Agnus,
    • « récit de nazard tendrement avec le tremblant »,
    • « cromorne en taille » pour la communion.
  • Novembre 2001 : Arabesca & Quinque (à 4 mains),
  • Mai 2002 : Tryptinium (à 2 mains) proposé au concours Dom Bedos,
  • Octobre 2002 : 2ème Suite à 4 mains (commande du Canada).

Cet inventaire à la Prévert est forcément incomplet. Plusieurs pastiches ou plagiats ont été publiés aux Etats-Unis. On peut citer par exemple : 4 couplets façon Couperin ou Grigny de L. Visser sur « Les anges dans nos campagnes » (ed. Leupold) ou la « Baroque suite » avec force crescendos ou decrescendos de G. Young (ed. Willemsen). Je demande pardon d’avance aux oubliés. N’hésitez pas à écrire à la revue pour signaler les omissions.

Beaucoup d’autres œuvres du 20ème siècle peuvent évidemment être interprétées aussi sur un orgue d’esthétique baroque ou classique française. Je rappelle que mon propos ne visait qu’à répertorier celles qui m’ont paru avoir été conçues spécialement pour ces orgues baroques et classiques, même si cela n’empêche pas bien entendu de les jouer aussi sur d’autres instruments.

Merci à tous les compositeurs qui nous permettent de ne pas nous limiter aux répertoires, –même s’ils sont magnifiques -, des 17ème et 18ème siècles et qui savent encore au 21ème siècle développer, transposer, exalter les possibilités uniques en leur genre de l’orgue baroque et classique français.

Jean Claude DUVAL, titulaire de Sainte Madeleine de Bagnoles de l’Orne (F)

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