
Mon père ne m’a pas reconnu, je ne l’ai ni connu, ni rencontré. La photo ci-dessus m’a été donnée par ma demi-sœur, Jacqueline, dite « Choute ».
Je dispose de peu d’informations sur mon père.
On trouvera ci-après la copie de son acte de décès ainsi que celle de son acte de naissance.


Ma demi-sœur m’a dit qu’il travaillait dans une pharmacie à Paris, mais qu’il avait eu une « triste vie » et qu’il aurait ainsi « payé ses erreurs ».
J’aurais pu attendre dans la bouche de Maman quelques rancœurs à son égard. Il n’en a jamais rien été. Je me rappelle que vers l’âge de 15 ans, alors que je le critiquais, Maman m’avait joliment taclé : « S’il n’avait pas été là, tu ne serais pas là pour me le reprocher ». Cela m’avait profondément marqué.
Je ne me souviens pas que Maman m’ait beaucoup parlé des conditions dans lesquelles j’avais été conçu. Elle travaillait alors aux Ateliers de broderie Boulard de Bourg le Roi et y habitait. Mon Père lui avait « promis le mariage », mais la sœur de mon père lui avouera plus tard qu’il avait été « déboussolé par la guerre ».
Le hasard voulut que je rencontre Yvonne Bohic le 20 Août 2001. Le musée de la Broderie de Bourg le Roi faisait une journée « portes ouvertes ». Je ne sais pas pourquoi, j’y partis subitement avec mon épouse Hélène. Yvonne Bohic s’y trouvait. Étant donné son âge, je lui demandai si elle n’avait pas connu Maman (Marcelle Duval). Je la vis blêmir : « Oh, si j’avais pensé revoir un jour le fils de Marcelle ! ». Et après s’être reprise, elle me raconta qu’elle se souvenait très bien d’elle et que son travail était très apprécié au point qu’on l’isolait au premier étage de l’atelier pour que les modèles qu’elle créait ne puissent pas être copiés.
Nous fîmes ensuite le tour du bourg, promenade au demeurant très agréable.
Mais étant donné l’émoi que le fait de me voir lui avait causé, je retournai lui parler avant de partir et m’isolai avec elle pour qu’elle me dise tout ce qu’elle savait. « Oh, vous savez, si vous êtes en vie, c’est un peu grâce à moi ! » D’après ce qu’elle me dit, mon père aurait essayé d’inciter Maman à ne pas me garder. Son propre père étant médecin, la chose aurait pu se faire. Maman se confia à Yvonne Bohic qui lui conseilla de n’en rien faire et d’aller voir la patronne de l’Atelier, Madeleine Boulard. Celle-ci lui tint le même langage. Et je me souviens très bien que Maman m’a toujours dit que cette patronne avait été particulièrement bonne pour elle.
J’aurais voulu inviter Yvonne Bohic à Laval où nous habitions à l’époque pour lui remettre ce qui me restait d’outils, d’échantillons et de calques de broderie de Maman. Mais sa santé ne lui permettait déjà plus ce déplacement.
Je lui ai téléphoné quelque temps plus tard, quand je remarquai le long délai entre ma naissance et mon ondoiement, et ensuite mon baptême. Elle me confirma de la façon la plus catégorique que Maman n’avait jamais pensé m’abandonner ou me confier à l’Assistance publique.
Yvonne Bohic mourut le 2 Juin 2012 à 93 ans. Les obsèques de Madeleine Boulard avaient lieu le 3 Janvier précédent. Je m’étais rendu à son inhumation à l’hôpital d’Alençon. Sa fille Dominique qui m’avait repéré dans l’assistance me téléphona. Je lui racontai bien volontiers les raisons de ma présence.

Et je fis don au Musée de la broderie de Bourg le Roi de ce qui me restait comme souvenirs de Maman brodeuse. Pour découvrir le musée de la broderie, faire https://musee-du-point-de-beauvais.fr/
Je dois à la vérité de préciser que ma demi-sœur Jacqueline est complètement révulsée en imaginant que mon père ait pu vouloir faire avorter Maman. Pour elle, c’était une famille très croyante et qui ne se serait jamais prêtée à ce genre de chose. J’ai pu constater moi-même l’intensité extraordinaire de la foi chrétienne de sa tante adoptive.
De toute façon, ne soyons pas plus royalistes que le roi. À supposer même que cette pensée ait pu traverser l’esprit de mon père, elle ne fut pas menée à son terme. Et Maman n’ayant jamais manifesté la moindre rancœur vis-à-vis de mon père, je ne vois pas de quel droit je m’érigerais en juge plus impitoyable qu’elle. Elle a assumé sa vie au point d’y perdre sa santé psychique. Laissons lui le dernier mot.
J’ai évoqué ma demi-sœur Jacqueline, dite « Choute ». Vous la voyez sur le cliché ci-contre pris lorsque nous lui avions rendu visite avec ma fille Françoise et son fils Pierre, dont mon épouse Hélène trouve qu’il ressemble à mon père. Elle est née le 16 Décembre 1943, soit 5 mois et 12 jours après moi (5 Juillet 1943). Sa mère travaillait dans une pharmacie à Paris.

Je suppose que la famille de mon père s’était réfugiée à Bourg le Roi (Sarthe), où ma mère travaillait comme brodeuse, fin 1942, et avait réintégré Paris courant 1943. Sa mère ne pouvant pas s’en occuper à l’époque, Choute fut recueillie, puis adoptée par la sœur de mon père, qu’on appelait « Mami » ou « Madame Pointier », du nom de son mari.
Ayant appris mon existence, cette dernière réussit à nous retrouver. C’était une sainte femme très pénétrée de religion et sensible à ma qualité de séminariste. Elle m’invita plusieurs fois à aller les voir au « Petit Moulin » à Bléré (Indre et Loire) et c’est ainsi que je pus faire la connaissance de ma demi-sœur.
Je conserve religieusement, c’est le cas de le dire, les ouvrages que m’offrit cette pieuse femme :
- Le Dialogue des Carmélites de Bernanos, dans une édition illustrée par Lapoujade et numérotée 13503,
- Les Méditations sur l’Évangile de Bossuet, dans une édition de 1903 reliée à l’ancienne,
- L’Esprit de St François de Sales de Mgr Camus dans un livre de 1904 signé « Marg. Marie Puche ».
Malheureusement, cette femme de bien mourut en 1976 et ma demi-sœur ne s’en remit jamais. Elle s’enfermera chez elle et sera mise en invalidité. De plus, Mr Pointier qu’elle appelait « Papi » décédera en 1983.
Sa mère biologique, qui s’appelait Thiell, était toujours de ce monde. Elle vint rejoindre Choute à Tours, avec son frère pendant quelque temps. Mais celui-ci mourut peu après. Il fallait voir cette petite bonne femme, maigre comme un clou, et qui manifestement s’efforçait de rester en vie pour aider sa fille.
Sauf erreur, elle était née en 1902. Lorsqu’elle mourut et que ses obsèques furent célébrées à Tours le 27 Novembre 2002, par un simple diacre au grand dam de Choute, mais avec communion quand même, elle devait avoir une centaine d’années, après une fin de vie souffrante et respectable.