Étant donné leurs âges, je reconnais sans mal :

  • Le grand père Eugène Duval, né le 19 Août 1870 à Oisseau le Petit (Sarthe) et décédé le 26 Juin 1945,
  • La grand-mère (Eugénie) Blanche Béasse, épouse Duval, née le 16 Novembre 1879 à Bourg le Roi (Sarthe) et décédée en 1962,
  • La tante Odette, la plus petite au milieu, née le 4 Février 1923 et décédée le 12 Mars 2009,
  • Maman Marcelle, la plus à gauche, née le 21 Juin 1916 et décédée le 24 Décembre 1985.

Pour ceux qui voudraient essayer de remonter plus loin dans le temps, je fais figurer ci-contre l’extrait de naissance de mon grand-père.

Que les oncles et tantes que je n’ai pas pu identifier sur la photo me le pardonnent. Il doit d’ailleurs manquer un des enfants, puisqu’ils étaient huit en tout, dont trois garçons. Si j’en crois les notes de Maman, ils étaient encore tous vivants en 1945. Et la photo est de loin plus ancienne. Voici leurs dates de naissance retrouvées dans les rares documents conservés par Maman.

D’après Maman et la tante Odette, le grand père Duval n’était pas facile. Il les punissait parfois sévèrement jusqu’à les faire coucher dehors en hiver. Maman l’appelait « Père » et non « Papa ». Je ne l’ai pas connu.

De la grand-mère, j’ai conservé le souvenir d’une brave femme. Nous allions la voir à Planches où elle habitait une petite maison très modeste dans le bourg. Je me rappelle le trajet à faire depuis la halte ferroviaire.

Je me souviens aussi avoir été frappé par la tendresse avec laquelle elle m’avait regardé quand j’étais tombé en admiration devant les volubilis qui garnissaient un grillage usagé dans son jardin.

Autre genre de souvenir. Maman et moi avions rendu visite à une tante à Forges. Alors que les grands restaient à discuter, une petite cousine et moi avions été invités à aller jouer dans la grange. La cousine voulait jouer aux châteaux de sable. Elle avait rempli un seau de sable et m’avait fait pissé dedans. La grand-mère, fine mouche, était venue voir ce que nous fabriquions et avait senti le contenu du seau. Je ne me rappelle pas s’il y avait eu une punition, mais cela avait été la honte de ma vie !

Voici la petite galerie des photos qui me restent d’elle.

Des oncles et tantes, je n’ai conservé pratiquement aucun souvenir, sauf évidemment celui de la tante Odette avec qui Maman était restée en relation jusqu’à sa mort.

Maman se sentait rejetée par tous ses autres frères et sœurs. A tel point que lors de l’enterrement de la grand-mère, elle ne s’était pas installée dans l’assistance, mais s’était réfugiée à la tribune.

Il y avait effectivement de la part de ses autres frères et sœurs une certaine méchanceté. Être « fille mère », c’était la honte de la famille ! Et que dire lorsque Maman sera mise à l’asile des fous ! Sans parler des anticléricaux qui se moquaient de me savoir au séminaire !

La tante Odette s’était mariée avec un paysan nommé André Rault. Ils travaillaient à La Cochère.

Ma cousine Ginette et moi sommes grimés en normands prise à la Cochère

Quand le tonton (photo de droite) fut en retraite, ils s’installèrent à Almenêches. Mais la tante ne s’y plaisait pas. Et ils cherchèrent un pied à terre à Argentan qui est quand même une ville plus importante.

Ils louèrent une petite maison rue Jean Joly. Je crois qu’il y avait trois pièces, et aussi un petit jardin qui leur permit de ne pas perdre leur main verte. Ils s’y plaisaient bien.

Maman allait les voir de temps en temps, quand elle trouvait une infirmière ou une amie qui pouvait l’amener à Argentan et la remmener à Alençon. Elle était toujours bien reçue.

Je me suis fréquemment dit que j’aurais dû les enregistrer, ou même la tante seule, une fois que le tonton et Maman furent décédés. C’eût été un témoignage précieux de la vie en ces temps-là. C’est une fois que les parents sont partis que l’on regrette de ne pas avoir gardé trace de leur vie. (Quand je pense que j’ai gardé toutes les lettres que je recevais, sauf celles de Maman ! Dans mon esprit sans doute, il était impossible qu’elle meure ! Au moins, ceux qui resteront après moi auront les quelques bribes que j’essaie de rassembler ici).

La santé du tonton se détériora inexorablement dans des conditions pénibles. Il mourut en Octobre 1991.

Restée seule dans sa petite maison, la tante Odette cultiva son jardin tant qu’elle le pût. Mais ensuite elle fut obligée de se faire aider par un voisin qui lui donnait, je crois, satisfaction.

Elle s’acheta un petit orgue électrique et elle était contente quand elle retrouvait des airs de chansons ou même des cantiques. Je me souviens qu’un fois, elle nous avait parlé de l’O Salutaris Hostia. Je suppose que c’était celui de Dugué.

Mais ses compagnons de fin de vie furent surtout ses chiens. Elle était très malheureuse quand ils partaient. Ce qui souvent arrivait trop rapidement.

A la fin de sa vie, la santé de la tante Odette s’altéra gravement. Il ne fut plus possible de la laisser vivre seule dans sa maison. Ses enfants se résolurent à la mettre à la maison de retraite de Sées.

Mon épouse Hélène et moi allâmes la voir. Elle était assise près de la porte d’entrée et regardait les allées et venues. Elle avait tellement maigri que je ne la reconnaissais pas. Mais Hélène si.

La tante non plus ne nous reconnaissait pas. En lui disant assez fort dans l’oreille : « C’est Jean Claude, le fils de ta sœur Marcelle », je pense qu’elle retrouva quelque souvenir.

Ma cousine Ginette me rapportait qu’à la fin de sa vie, elle ne pouvait plus parler. Elle réussit quand même à faire comprendre qu’elle voulait revoir son fils Alain avec qui elle était fâchée depuis des années.

La directrice téléphona à Alain qui vint la voir le lendemain. Elle mourut dans les jours qui suivirent comme si elle avait attendu de revoir Alain pour partir.

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